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    Pas de rencontre sans la CLASSE

    20 avril 2012 | Lisa-Marie Gervais | Éducation
    Nouvelle manifestation étudiante hier matin, rue Sherbrooke Ouest, à Montréal.<br />
    Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir Nouvelle manifestation étudiante hier matin, rue Sherbrooke Ouest, à Montréal.
    • La FEUQ et la FECQ acceptent sous condition l'invitation de Line Beauchamp
    • La lourde structure de la CLASSE est-elle un handicap à une résolution du conflit?
    Pour la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), c'est un appel à la solidarité réussi. Les deux grandes fédérations étudiantes ont accepté l'invitation de la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, mais lui demandent d'attendre pour laisser le temps à la CLASSE de prendre position sur la question de la violence samedi, lors de son congrès.

    «La ministre disait qu'elle était déçue, mais on n'est pas à 24 heures près de résoudre un conflit comme ça. Qu'on la rencontre demain ou lundi, ça ne change pas grand-chose», a souligné Martine Desjardins, la présidente de la Fédération universitaire étudiante universitaire (FEUQ). Pendant ce temps, les rues et les campus sont le théâtre de confrontations violentes.

    Ainsi, alors qu'elle était la première à se lancer à pleine tête dans le mouvement de grève, la CLASSE traîne maintenant de la patte, retardant le dénouement du conflit. C'est que, aussi démocratique soit-elle, comme le prétendent ses membres, la structure de l'organisme demeure complexe. «C'est une structure basée sur énormément de principes. La gauche, ayant une méfiance systématique envers la représentation de type "libérale" voire envers la notion même de pouvoir, a souvent tenté de trouver des mécanismes institutionnels pour empêcher que "la tête se sépare du corps"», a expliqué Daniel Pierre-Roy, ancien vice-président de la FEUQ, qui a aussi été délégué à l'ASSÉ.

    Le Congrès de la CLASSE, qui se réunit une fois par semaine, ne peut prendre des mandats que si la majorité des assemblées générales de ses membres s'est positionnée sur un enjeu en particulier. «En temps de grève, cette structure est anormalement lourde et de plus, elle laisse passer un nombre d'enjeux importants», note M. Pierre-Roy. Un à trois délégués par association peuvent assister au congrès, mais celle-ci n'a qu'un vote.

    Pour Xavier Lafrance, ancien porte-parole de la CASSEE (la CLASSE de l'époque) lors de la grève de 2005, ce manque de flexibilité est compensé par une unité du groupe et des positions plus claires. «C'est vrai que lorsqu'il faut réagir rapidement, la structure occasionne certains délais, mais on est gagnant à la fin parce que nos positions reflètent vraiment ce qu'on pense», souligne-t-il. Et le point fondamental du mouvement, c'est son caractère démocratique. «Nous ne sommes pas que nos belles idées individuelles, basées sur un travail de recherche, mais des idées à tous, entérinées par les assemblées générales et les congrès. On estime que les autres doivent acquiescer à ça parce qu'on a tout le monde derrière nous. C'est ce qui fait notre rapport de force», avance-t-il.

    Démocratie anarchisante

    Professeur au cégep de Maisonneuve, Benoît Lacoursière a longuement analysé les organisations militantes dans un ouvrage intitulé Le Mouvement étudiant au Québec de 1983 à 2006. Il admet que l'exercice de démocratie directe auquel se livrent les membres de la CLASSE n'est pas chose courante. «C'est une particularité de ce mouvement, une pratique syndicale qui va très loin dans la décentralisation des pouvoirs. C'est inspiré de la démocratie participative anarchisante qui dit que tout le monde est égal et qu'on ne peut conférer à quiconque plus de pouvoir qu'il n'en mérite», a-t-il expliqué.

    Que ce soit pour la gratuité scolaire qu'elle prône, ses décisions prises très près de sa base ou encore le fait qu'elle ait deux porte-parole (homme et femme), la CLASSE possède quelques points en commun avec Québec solidaire (QS). «Mais c'est un organisme totalement non partisan qui ne veut pas du tout être apparenté à quelque parti politique que ce soit», constate Françoise David, porte-parole de QS.

    En plus d'être féministe et égalitaire, la CLASSE demeure une organisation modeste, à petit budget. Aucun des délégués ou membres occupant des fonctions comme porte-parole ou trésorier ne reçoit de salaire. «Pendant la grève de 2005, j'avais le droit à 18 $ par jour pour mes déplacements et mon lunch», se souvient M. Lafrance. Les dépenses autorisées sont aujourd'hui de 24 $.

    La structure disparate va jusqu'à comprendre des «gardiens et des gardiennes du Senti», des gardiens du bon climat lors des congrès et assemblées. Ces gardiens du Senti, dont le rôle ne figure toutefois pas dans les Statuts et règlements de la CLASSE, ont la tâche de «rapporter les malaises, tensions et sentiments généraux de la salle pouvant nuire au débat», peut-on lire dans leur dernier bilan du congrès des 6 et 7 avril derniers. Si certains monopolisent trop le micro, se répètent ou intentent des procès d'intention, ils peuvent être rappelés à l'ordre.

    Quant aux porte-parole de la CLASSE, ils sont en quelque sorte des exécutants qui ne s'expriment qu'en fonction de mandats bien précis. Leur comportement est scruté à la loupe et ils font souvent l'objet de blâme. Ces derniers jours, plusieurs auraient souhaité les voir prendre position. Ils n'ont pas la marge de manoeuvre que les porte-parole de Québec solidaire peuvent avoir, note Mme David. «On est un parti politique qui s'inscrit dans une conjoncture politique qui fonctionne à une rapidité folle. On ne pourrait pas, Amir Khadir et moi, retourner sans cesse à nos congrès», dit-elle.

    Condamnera-t-elle la violence?

    En raison de ses principes tirés de l'anarchisme politique, il se pourrait que la CLASSE ne condamne pas la violence, ce qui la priverait d'un laissez-passer à la table des discussions, analyse Daniel Pierre-Roy. «[La CLASSE] respecte le principe de syndicalisme de combat et de diversité des tactiques. Celle-ci implique que l'on ne peut condamner les actions prises par nos camarades, car nous laissons le choix aux individus de décider eux-mêmes des actions qu'ils prendront, explique-t-il. Les associations les plus radicales membres de l'ASSÉ vont défendre le principe coûte que coûte alors que les associations étudiantes ayant rejoint la CLASSE pour le temps de la grève vont peut-être être tentées par l'approche un peu pragmatique de "dénonçons-la et passons à un autre appel".»

    Xavier Lafrance refuse de pronostiquer. «J'apprends plus de ce mouvement que je ne peux lui en apprendre. Je suis très impressionné de voir combien il a mûri. Cela dit, il faut tout faire pour aller à la rencontre du gouvernement. Pourvu que cela se fasse sur une base d'une union démocratique, combative et qui reconnaît les actions de désobéissance civile.»

    S'il n'y a pas condamnation de la violence à l'issue du congrès demain, la FECQ et la FEUQ referont le point. Et la CLASSE, définitivement écartée des discussions, verra alors se reproduire le redouté scénario de 2005.
     
     
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