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    Grève étudiante - Faire ses CLASSEs

    Les étudiants n'ont pas cédé aux pièges qu'on leur tendait: ni la guerre sémantique, ni l'autorité déguisée en paternalisme n'auront eu raison des objectifs sous-jacents à cette grève, qui doivent revenir à l'avant-plan avant que cela ne se dégrade davantage. En prime, ils servent une belle leçon de démocratie à une ministre de l'Éducation intransigeante: dans la tourmente, ils resteront unis.

    Comme un débat peut vite s'éloigner de l'essentiel lorsque son coeur est pris en otage! Voici exactement ce qui se joue sous nos regards attentifs, mais sans recul: une discussion collective de plus en plus riche sur l'accessibilité aux études supérieures a dévié sur une pente glissante. Les joutes oratoires sur le thème de la violence sont pénibles. Elles provoquent en outre un affligeant effet secondaire, celui d'enflammer le terrain.

    Il n'est plus possible désormais de faire gober à une population attentive que la violence n'est le lot que d'un camp, celui qui n'a pas encore «condamné», selon la cassette gouvernementale du jour. Gatineau, Limoilou, Montréal: ces endroits ont donné lieu hier à des altercations violentes où des étudiants-passants-manifestants ont été chargés, poussés, poivrés, gazés, malmenés par les autorités policières. Il y eut des blessés. Ce spectacle n'est-il pas aussi vilain que le saccage de bureaux de ministres?

    Dans certains établissements, la pression du temps qui passe mène à des excès de sécurité, très curieusement peu dénoncés ni par ce gouvernement spectateur de ses propres dérives, ni non plus par les directions d'universités ou de cégeps. La violence est condamnable en soi, peu importe son auteur. La brusquerie des policiers sous bénédiction gouvernementale n'est certes pas plus jolie que les égarements citoyens.

    Les deux fédérations étudiantes, FECQ et FEUQ, ont contribué hier à ne pas envenimer les choses en refusant d'aller à la table ministérielle sans la complicité de la CLASSE. Bravo pour cette solidarité, que Québec a tenté de briser, personne n'en fut dupe. Les yeux se tournent maintenant vers le congrès de la CLASSE prévu demain, où l'on espère que les délégués sauront être plus grands que le gouvernement en trouvant une manière de condamner l'inacceptable sans renier leurs principes. Depuis le début de cette grève, les dérapages ont été anecdotiques en comparaison avec le pacifisme, la créativité, la bonne marche de centaines d'actions menées partout. On semble l'avoir oublié.

    La CLASSE exaspère une partie de la population en répétant sur tous les tons n'avoir pas le mandat pour condamner les gestes de violence. Les rouages de la démocratie directe sont efficaces mais lourds en temps de crise... Les coporte-parole omniprésents dans les médias sont sous haute surveillance: leur marge de manoeuvre est fragile face à la force d'une assemblée souveraine. Le moindre dérapage des porte-voix en dehors des «lignes» entendues leur vaut une motion de blâme... Cela, le sait-on?

    Lors du conflit de 2005, combien de plénières de la CASSÉE hautes en couleur ont eu lieu autour de la dénonciation de la violence? Jamais elle ne fut autorisée, le congrès vivant dans la peur bleue de perdre le privilège de la désobéissance civile, celle qui dérange, qui bafoue même des lois, mais qui ne menace pas l'intégrité d'autrui.

    Solidaires, les étudiants sont d'autant plus forts qu'ils auront déjoué les dernières tactiques d'un gouvernement dont la mauvaise foi est inépuisable, et ce, jusque dans son invitation à discuter de tout, sauf de l'essentiel.












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