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    Les leaders étudiants solidaires contre Line Beauchamp

    Les professeurs d'université dénoncent le retour forcé

    19 avril 2012 17h59 | La Presse canadienne | Éducation
    La rencontre entre la ministre Beauchamp et la FEUQ et la FECQ devrait avoir lieu demain.
    Photo : Clément Allard - Le Devoir La rencontre entre la ministre Beauchamp et la FEUQ et la FECQ devrait avoir lieu demain.
    La ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, a ouvert une porte aux associations étudiantes, qui l’ont rapidement refermée. Dans un point de presse à Québec, ce matin, elle a invité les leaders de la contestation étudiante à une rencontre le plus tôt possible, dès vendredi, mais sans l’association étudiante la plus militante, la Coalition large de l’association pour une solidarité syndicale étudiante (la CLASSE). Elle défiait ainsi le front commun des associations. Les meneurs du mouvement ont toutefois dit non.

    La ministre a pris acte de la condamnation de la violence réitérée par les fédérations étudiantes des cégeps (FECQ) et des universités (FEUQ), mais déplore que la CLASSE refuse toujours d’affirmer clairement qu’elle renonce à la violence.

    «J’ai demandé à mon cabinet d’entrer en contact avec les deux associations étudiantes (FECQ et FEUQ) pour qu’on discute de la tenue d’une rencontre, a-t-elle annoncé avant d’entrer au caucus libéral. (...) Je suis disponible, le plus vite possible, dès demain (vendredi), pour qu’on puisse s’asseoir.»

    La ministre a toutefois réaffirmé qu’il est hors de question de remettre en cause la hausse des droits de scolarité. Elle a d’ailleurs ignoré la recommandation d’un ancien ministre libéral, Claude Castonguay, qui suggère au gouvernement de reporter la hausse prévue cette année et de dialoguer avec les étudiants.

    L’opposition péquiste a pour sa part vertement critiqué l’inflexibilité du gouvernement et de la ministre. En commission parlementaire pour l’étude des crédits du ministère de l’Éducation, la porte-parole péquiste en cette matière, Marie Malavoy, a rappelé que le mouvement de grève dure depuis 66 jours — «du jamais vu» au Québec — et qu’il n’est pas près de s’estomper.

    «La situation est devenue aujourd’hui insoutenable», a-t-elle déclaré à la période de questions à l’Assemblée nationale.

    Du côté des fédérations étudiantes, la FEUQ et la FECQ affirment ne pas comprendre l’empressement de la ministre à tenir une réunion dès vendredi, alors qu’elle refuse de rencontrer les leaders étudiants depuis dix semaines.

    «On lui demande d’attendre que la CLASSE se positionne sur les actes de violence, puisqu’elle sera en congrès cette fin de semaine», a fait valoir la présidente de la FEUQ, Martine Desjardins.

    Le porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois, a confirmé que l’organisation débattra de la question lors de son congrès cette fin de semaine, à Montréal. La CLASSE s’était pour l’instant limitée à se dissocier des actes de violence.

    M. Nadeau-Dubois croit toutefois que la ministre de l’Éducation cherche tout simplement à diviser le mouvement étudiant. «Rien n’indique que Mme Beauchamp ne trouverait pas une autre raison d’exclure la CLASSE, même si nous révisions notre position de dissociation», a-t-il soutenu en entrevue.

    La ministre semble toutefois avoir ouvert une brèche dans la solidarité étudiante, puisque la FECQ a affirmé qu’elle participerait à la réunion même si la CLASSE n’y était pas.

    «Nos membres nous ont dit qu’il fallait profiter d’une rencontre. La crise prend une ampleur sans précédent, c’est important de se mettre en mode solution», a indiqué le président de la FECQ, Léo Bureau-Blouin.

    Il réitère toutefois son souhait de voir la CLASSE à la table de négociation. «Si on veut trouver de manière durable une solution au conflit, il faut que l’ensemble des associations étudiantes soient représentées», a-t-il rappelé.

    Face à l’ampleur de la crise, Martine Desjardins demande l’intervention du premier ministre Jean Charest pour dénouer l’impasse.

    «Si Mme Beauchamp est incapable d’aborder le sujet des droits de scolarité parce que c’est rendu une question d’ego, on pense que le premier ministre devrait reprendre le dossier des mains de la ministre de l’Éducation et s’assoir avec les associations étudiantes, et ce, sans conditions», a soutenu la présidente de la FEUQ, reprenant ainsi la proposition de l’ancien ministre libéral Claude Castonguay.


    Les professeurs d'université dénoncent

    Par ailleurs, la Fédération qui regroupe les syndicats de professeurs d’université s’oppose désormais à un retour forcé en classe et dénonce la judiciarisation du conflit, estimant qu’elle a créé un climat de peur dans lequel il est impossible d’offrir des cours dans une atmosphère sécuritaire et sereine et de respecter les exigences pédagogiques requises.

    En conférence de presse à Montréal, le président de la Fédération québécoise des professeurs d’université (FQPPU), Max Roy, a parlé d’une situation intenable pour ses membres.

    «L’obligation d’enseigner, dans les circonstances, favorise la discrimination entre les étudiants. Elle place les professeurs dans une position intenable de devoir arbitrer des conflits d’opinions et de défier les décisions prises démocratiquement par les associations étudiantes dûment constituées. De plus, la situation nécessitera de dédoubler les tâches d’enseignement une fois terminées les grèves étudiantes et au moment de la reprise générale des cours», a-t-il fait valoir.

    M. Roy a également dénoncé avec vigueur le fait que des professeurs aient été intimidés par des agents de sécurité et des policiers, et que certains de ses membres aient été appréhendés de manière «injustifiée».

    «On porte ainsi atteinte aux libertés civiles, dont la liberté d’expression, a poursuivi M. Roy. Un climat de peur s’installe sur les campus universitaires, ce qui était inimaginable et qui est absolument inacceptable.»


    Accusations criminelles

    Sur le terrain, pendant ce temps, les actions étudiantes se sont poursuivies.

    L’Université du Québec en Outaouais (UQO) a de nouveau été le théâtre de confrontations violentes, et la direction a annoncé après dîner que les cours étaient annulés pour la journée dans les pavillons Alexandre-Taché et Lucien-Brault.

    Trois autobus en provenance de Montréal avaient plus tôt emmené des étudiants venus appuyer leurs collègues de Gatineau. Les manifestants ont réussi à pénétrer à des moments différents dans les pavillons, malgré une importante présence policière et en contravention d’une injonction du tribunal.

    Les policiers ont utilisé des gaz irritants pour les disperser à un certain moment, mais les jeunes sont revenus à la charge. Durant les affrontements, au moins quatre étudiants ont été blessés à la tête à coups de matraque.

    Les étudiants qui sont entrés se seraient apparemment livrés à des actes de vandalisme dans l’institution. Les policiers ont procédé à l’arrestation d’environ 150 d’entre eux et des accusations criminelles de méfait seront portées. Il s’agit d’accusations beaucoup plus graves que les constats d’infraction à des règlements municipaux signifiés jusqu’ici et qui pourraient déboucher sur un casier judiciaire.

    En fin d’après-midi, le recteur de l’UQO, Jean Vaillancourt, a annoncé que l’institution demeurerait fermée toute la journée et la soirée de vendredi.

    «Le personnel et les étudiants de l’UQO ont besoin d’une pause. Ils ont besoin d’un moment pour pouvoir assurer une atmosphère de travail paisible et des circonstances, un environnement de formation propices à l’apprentissage et, à ce stade-ci, il est impossible pour moi de vous assurer de la sécurité des gens demain (vendredi)», a-t-il dit.

    Il a soutenu que les méfaits avaient été l’oeuvre de personnes qui n’étaient pas des étudiants de l’institution et qui avaient réussi à semer la pagaille malgré les mesures déployées pour assurer la tenue des cours, comme l’ordonnait une injonction de la Cour supérieure.

    De son côté, l’Université de Sherbrooke, qui prévoyait reprendre les cours dans toutes les facultés touchées par un boycott à compter de midi, comme le lui ordonnait une injonction émise la veille par la Cour supérieure, a renoncé à le faire.

    À Québec, la tentative d’une enseignante en philosophie du cégep de Limoilou de donner un cours dans la rue s’est transformée en manifestation désordonnée à laquelle les policiers ont aussitôt mis un terme sans ménagement. Le tout s’est soldé par quelques dizaines d’arrestations.

    Montréal n’a pas été épargnée alors qu’un affrontement entre policiers et manifestants s’identifiant au mouvement étudiant a éclaté vers 8 h 30, jeudi matin, au centre-ville. Une bousculade s’est produite, des gaz irritants et un engin fumigène ont été lancés par les policiers, forçant les étudiants à se déplacer. Deux personnes ont été arrêtées.

    Les étudiants, dont plusieurs étaient masqués et vêtus de noir, s’étaient d’abord dressés devant l’entrée d’une succursale bancaire. Ils ont quitté le secteur après les affrontements. Un autre groupe s’est manifesté en après-midi en s’allongeant dans la rue à l’angle de deux artères très achalandées du Vieux-Montréal.
    La rencontre entre la ministre Beauchamp et la FEUQ et la FECQ devrait avoir lieu demain. En matinée, les étudiants se sont dressés devant l’entrée d’une succursale de la banque CIBC au centre-ville. Des gaz irritants et un engin fumigène ont été lancés par des agents de police portant des casques et des boucliers forçant les étudiants à se déplacer.
     
     
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