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La CLASSE de plus en plus isolée

La FEUQ et la FECQ condamnent désormais clairement les actes de violence

19 avril 2012 | Lisa-Marie Gervais | Éducation
Les étudiants ont entre autres manifesté dans la rue Sainte-Catherine, hier, à Montréal.<br />
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir Les étudiants ont entre autres manifesté dans la rue Sainte-Catherine, hier, à Montréal.
Devant l'ultimatum de la ministre de l'Éducation, le mouvement étudiant se divise: les deux fédérations étudiantes collégiale et universitaire (FECQ et FEUQ) condamnent désormais clairement les actes de violence et de vandalisme attribués au conflit, tandis que la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) s'isole en refusant de les condamner.

«On s'est dissocié plusieurs fois, mais on ne va pas condamner, on n'a pas le mandat», a répété encore hier sur toutes les tribunes Gabriel Nadeau-Dubois, le coporte-parole de la CLASSE, en alléguant qu'il n'en a pas le mandat. Et impossible, pour cette coalition qui représente près de 50 % des grévistes, d'obtenir un tel mandat à 24 heures d'avis. «La ministre demande aux porte-parole étudiants de prendre position en 24 heures, alors que nous sommes en grève depuis neuf semaines, et sans consulter les dizaines de milliers de personnes en grève.»

Cela n'est toutefois pas nouveau que les membres de cette organisation montrent des réticences à condamner la violence. Lors de son dernier congrès, un amendement à une résolution, voulant que la CLASSE souligne qu'«à l'instar des fédérations étudiantes elle n'a jamais appelé à la violence», a même été rejeté à majorité.

Pourtant, même si elle écarte cette option pour l'instant, la CLASSE pourrait, si elle le voulait, convoquer un congrès d'urgence avant samedi pour discuter de la question de la condamnation de la violence. «Le conseil de coordination peut, s'il le désire, convoquer un congrès extraordinaire dans un délai minimum de 72 heures», stipule-t-on à l'article 15.1 du chapitre 3 portant sur le congrès de la CLASSE.

Condamnera? Condamnera pas? L'heure n'est pas à se livrer une guerre de mots pour forcer les uns et les autres à se prononcer sur la question de la violence, estime la présidente de la Fédération étudiante universitaire, Martine Desjardins. «Il va falloir qu'on arrête d'avoir un débat de sémantique et qu'on ait un débat de fond, a-t-elle insisté. Il y a de plus en plus d'étudiants qui se mobilisent et prennent un mandat de grève, même l'École nationale d'administration publique en a pris un. La ministre a un problème sur les bras.»

Le dialogue de sourds se poursuit. «On cherche un terrain d'entente et on n'y arrive pas. On veut s'assurer qu'on va discuter de droits de scolarité, mais on n'a pas de ligne claire de la ministre. C'est une fermeture complète de sa part», a déploré Martine Desjardins.

Même scénario qu'en 2005?

Alors que le temps presse et que la tension monte, le scénario de la grève de 2005 semble vouloir se répéter: la FECQ et la FEUQ pourraient vraisemblablement se retrouver, sans la CLASSE, à la table des discussions avec la ministre. Pier-André Bouchard-St-Amand, qui était président de la FEUQ lors de ce dernier grand débrayage il y a sept ans, exhorte d'ailleurs les membres de cette organisation plus radicale à dénoncer la violence pour enfin dialoguer avec le gouvernement.

«Si vous refusez de dénoncer la violence, vous jouez ainsi le jeu électoral du gouvernement. Vous restez alors une organisation qui préfère rester en retrait lorsque viennent les moments cruciaux, un peu comme le petit frère qui lance parfois des roches aux voisins pour ensuite se cacher derrière son grand frère quand ces derniers sortent pour se plaindre. Vous devenez les artisans de votre propre malheur et vous vous auto-excluez, a-t-il écrit dans une lettre adressée aux étudiants dans son blogue. J'aimerais que vous fassiez le contraire et changiez l'histoire. Jouez le jeu du gouvernement et battez-le sur son propre terrain. Dénoncez la violence, venez négocier.»

Cependant, les signes que les discussions pourraient se mener sans la CLASSE sont de plus en plus évidents. Le président de la FECQ, Léo Bureau-Blouin, reconnaît que les pourparlers pourraient commencer sans elle. «Peu importe le moment que la ministre va choisir pour convoquer une réunion, on va y assister. Mais un des premiers points de discussion sera de voir pourquoi il y a un refus obstiné d'inviter la CLASSE, a-t-il soutenu au Devoir. On espère ne pas avoir à se rendre jusque-là, mais c'est entendu qu'on va participer si elle fait une rencontre. On souhaite que le conflit se règle. À chaque jour qui passe, ça compromet la session.»

La FEUQ exige quant à elle plus fermement la présence de la CLASSE. «On a eu une réunion avec nos membres. Ça commence à urger [les discussions avec la ministre], mais on a toujours le mandat d'exiger que la CLASSE soit présente à la table, a rappelé Mme Desjardins. C'est quand même mieux d'attendre qu'elle se prononce que de bousculer les choses.» Toutefois, la structure de son organisation étant moins contraignante que celle de la CLASSE, rien n'empêche que la FEUQ, qui tient parfois plusieurs fois par jour des rencontres au sommet avec ses délégués via Skype, décide de revoir sa position et de se désolidariser.

Ligne dure et ultimatum

Un point réunit toutefois les trois groupes d'étudiants: l'exigence que Line Beauchamp condamne à son tour les dérapages et la brutalité envers les étudiants sur divers campus. «Oui, on se dissocie et condamne les actes de violence et de vandalisme, mais on demande à la ministre de dénoncer les actes posés par les administrations universitaires à l'égard des étudiants et les actes de violence policière. Il faut faire un appel au calme. Nous, on a pris nos responsabilités. Mais où est la ministre?» a indiqué Martine Desjardins, la présidente de la FEUQ.

Sur ce point, le cabinet de la ministre maintient la ligne dure en refusant de condamner la violence et la brutalité policière. «La gestion de la sécurité appartient aux universités. Pour ce qui est de la brutalité policière, ça relève de la sécurité publique», s'est contenté de répondre Hélène Sauvageau, l'attachée de presse de Mme Beauchamp.

La ministre avait lancé hier matin un ultimatum aux étudiants. «Je vais m'asseoir et je vais discuter avec des gens qui ont clairement condamné le recours à la violence, en date d'aujourd'hui à la fin de la journée. On aura un portrait clair [qui dira] avec qui je peux entamer un dialogue», a indiqué la ministre à des journalistes hier matin. Et comme elle ne condamne pas la violence, la CLASSE n'en fera vraisemblablement pas partie, a confirmé son cabinet.

En Chambre, le gouvernement a également tenté de cerner l'opposition péquiste sur le recours à la violence. Le Parti québécois a condamné l'usage de la violence dans cette crise, mais n'a pas dit si dans le dialogue il exclurait les représentants de la CLASSE.

***

Avec La Presse canadienne


 
 
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