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    Grève étudiante - Dénoncez la violence, venez négocier!

    Lettre aux membres du congrès de la CLASSE

    18 avril 2012 18h10 |Pier-André Bouchard St-Amant Président de la FEUQ en 2004-2005 au pendant la dernière grève étudiante. | Éducation
    En 2005, le gouvernement coupa 103 millions en bourses. Grâce à un mouvement de grève dont la CASSÉE (l'ancêtre de la CLASSE) faisait partie et des négociations, nous avons obtenu le retour des fonds dans les bourses sur deux années. Ainsi, à compter de l'année 2007-2008, la compression de 103 millions dans les bourses fut intégralement annulée. C'est ce mouvement de grève et ces résultats qui ont fait récemment dire à la CLASSE que «nous avions gagné» en 2005. C'est grâce au rapport de force généré par la grève, sans aucun doute, mais c'est aussi parce que la FEUQ et la FECQ sont allées négocier.

    En 2005, le gouvernement demanda aux organisations étudiantes de dénoncer la violence. La CASSÉE refusa de le faire. Ainsi, la FECQ et la FEUQ allèrent seules aux négociations. Quelques semaines plus tard, le congrès de la FEUQ donna le mandat de recommander une entente a ses membres. L'entente recommandée fut dénoncée par la CASSÉE. Elle fut qualifiée «d'entente à rabais» et certains de vos membres allèrent même jusqu'à me qualifier de «social-traître» et m'ont intimidé, ma présidence personnifiant le travail des fédérations. Une fois la grève terminée, l'ASSÉ usa de cette position de principe contre les fédérations pour affilier davantage de membres à son organisation. Bref, la CASSÉE s'est exclue des négociations et a joué le jeu du membership.

    Solidarité ou négociation?

    Tout ceci n'avait que très peu d'importance pour nous, en grande partie parce que nous l'avions prévu. Nous anticipions que cela se règlerait à travers des négociations et que l'ASSÉ ne se doterait d'aucune marge de manoeuvre pour y aller. Ce faisant, la réflexion des fédérations était de savoir si elles y allaient et prenaient une part du blâme à briser la solidarité où si elles prenaient le risque de ne pas négocier en restant intègre.

    Le raisonnement était plutôt simple: il est préférable que les fédérations étudiantes prennent une part de la critique et que les étudiants s'endettent moins que de risquer de ne rien avoir. Dans une négociation, on peut toujours dire non si ce qui est proposé ne nous convient pas. En dehors des négociations, on ne peut jamais dire oui. En somme, nous préférions obtenir une entente qui permettait de réduire la compression et essuyer des critiques que de voir des étudiants s'endetter et voir l'image des fédérations intactes. La cause avant la corporation.

    Le même dilemme

    Vous devinez probablement pourquoi je vous parle de tout ça: vous faites face au même dilemme. Vous avez fait un travail formidable jusqu'à maintenant. Vous êtes devenu une organisation posée, pragmatique et qui joue bien le jeu des relations publiques. La grève fut en grande partie identifiée à vos porte-parole. Mais aujourd'hui, vous faites face au même dilemme, à savoir si vous devriez dénoncer la violence pour aller négocier.

    Le gouvernement joue la carte de la loi et de l'ordre. Il va aller en élections d'ici quelques semaines. Il veut paraître sans pitié en arrêtant les gens présumés au centre des histoires de corruption. Il veut également montrer qu'il tient tête aux organisations étudiantes présumées violentes. Ce faisant, il séduit un segment de l'électorat plus à droite qui aurait pu voter pour l'ADQ ou aujourd'hui, la CAQ.

    Le jeu électoral

    Si vous refusez de dénoncer la violence, vous jouez ainsi le jeu électoral du gouvernement. Vous restez alors une organisation qui préfère rester en retrait lorsque viennent les moments cruciaux, un peu comme le petit frère qui lance parfois des roches aux voisins pour ensuite se cacher derrière son grand frère quand ces derniers sortent pour se plaindre.

    Vous devenez les artisans de votre propre malheur et vous vous auto-excluez. Vous pourrez alors librement dénoncer ceux qui négocient et ensuite user de la grogne pour fédérer de nouveaux membres. Vous mettez ainsi votre corporation avant les étudiants que vous représentez. L'ennemi devient les fédérations étudiantes. Ce n'est plus le gouvernement. Rappelez-vous: dans une négociation, on peut toujours dire non. Sans négociation, vous ne pouvez jamais dire oui.

    Une décision qui vous appartient

    Si vous dénoncez la violence, vous battez le gouvernement à son propre jeu. Vous devenez une organisation adulte et allez là où les décisions se prennent. Vous enlevez au gouvernement la carte qui lui faut pour vous exclure des rencontres. Vous ne gagnerez probablement pas tout — c'est une négociation — mais vous contribuerez certainement à ce que vos priorités fasse partie d'un règlement.

    Cette décision, elle vous appartient. Elle demande une forme de leadership et exige peut-être de renier certains de vos principes. Alfred De Vigny résumait succinctement ce dilemme: «Qui veut rester pur ne devrait point se mêler des affaires des hommes [et des femmes].» La décision que vous prendrez déterminera ainsi tout le reste de l'histoire: à savoir si vous blâmerez les fédérations, si vous jouerez le jeu du membership, si vous resterez le petit frère.

    J'aimerais que vous fassiez le contraire et changiez l'histoire. Jouez le jeu du gouvernement et battez-le sur son propre terrain. Dénoncez la violence, venez négocier.

    Pier-André Bouchard St-Amant
    Président de la FEUQ en 2004-2005 au pendant la dernière grève étudiante.
     
     
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