Grève étudiante - Le climat demeure toujours aussi tendu

Des étudiants de l’UQAM ont suivi un cours à l’extérieur de leur établissement hier pour la cause étudiante.<br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Des étudiants de l’UQAM ont suivi un cours à l’extérieur de leur établissement hier pour la cause étudiante.

La Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) condamnera-t-elle la violence pour être des négociations entre le gouvernement et les étudiants? La possibilité qu'elle devance son congrès pour reposer la question à ses membres est pour l'instant écartée, mais pas complètement exclue, a appris Le Devoir. Elle y réfléchit actuellement.

Pendant ce temps, alors les deux fédérations étudiantes ont des échanges avec la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, concernant une rencontre prochaine, la mobilisation se poursuit.

À l'Université de Montréal, le climat devient de plus en plus malsain. Depuis lundi, alors que les cours reprenaient à la suite d'une injonction, une vingtaine de nouveaux agents de sécurité armés de matraques des services spéciaux B.E.S.T. ont fait leur apparition sur le campus, pour épauler les agents de l'université non armés.

La tension est montée d'un cran lorsque plus d'une centaine d'étudiants ont occupé le hall de la Faculté d'aménagement. Malgré que le fait que les conditions pour donner les cours n'étaient pas réunies, des enseignants ont été intimidés par des agents de sécurité, ont rapporté des professeurs de l'Institut d'urbanisme.

Le directeur de l'Institut d'urbanisme, Franck Scherrer, a déploré cette altercation qui viole la liberté scolaire des professeurs. «Les agents de sécurité ont posé des gestes maladroits, au-delà de ce qui était envisageable dans leur rôle», a-t-il souligné au Devoir. Déjà dix associations exigent la démission du recteur Guy Breton, de même qu'une pétition signée jusqu'ici par 2300 personnes.

À l'UdeM, on dit avoir eu vent de débordements et de comportements racistes et irrespectueux de certains agents de B.E.S.T. «On leur a rappelé quelles étaient nos attentes», a indiqué Flavie Côté, porte-parole de l'Université. «Tous ces éléments font que le climat à l'Université est difficile et il faut s'ajuster», a-t-elle noté.

Le directeur du Département de science politique, Éric Montpetit, a quant à lui suspendu les cours jusqu'à nouvel ordre. La direction de l'UdeM reconnaît qu'en raison des perturbations, il y a lieu de convoquer la communauté universitaire pour rediscuter des modalités de rattrapage et de la tenue des cours.

Judiciarisation

Autre étape dans la judiciarisation du conflit, un étudiant du cégep de Saint-Laurent a tenté d'obtenir de la Cour supérieure une injonction interlocutoire provisoire forçant son établissement à lui donner ses cours. Une étudiante du collège de Rosemont retournait quant à elle en classe hier également en vertu d'une injonction qu'elle a obtenue.

Des juristes et avocats ont tenu hier une conférence de presse aux côtés de la CLASSE pour dénoncer la «répression judiciarisée» de la grève étudiante. «Cette judiciarisation du mouvement de grève a pour effet de créer un climat de confrontation et s'inscrit en faux avec les votes démocratiques des associations étudiantes», ont-ils déclaré. Ils soulignent que malgré ce que plusieurs laissent entendre, la grève n'est pas un droit conféré aux seuls travailleurs et ne fut pas créée par le Code du travail.

Ils seraient environ 175 000 étudiants en débrayage. Les quelque 2000 étudiants de l'École nationale d'administration publique ont voté pour une grève de trois jours pour tenir un symposium sur la gouvernance et le financement des universités.

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Des sympathies fascistes sanctionnées

Québec — Le ministère des Affaires municipales doit sévir contre un haut fonctionnaire aux sympathies fascistes.

Le directeur de la fiscalité au ministère, Bernard Guay, a écrit récemment une lettre véhémente contre le mouvement de grève étudiant que le quotidien Le Soleil a dû retirer de son site Internet.

Dans la lettre, M. Guay a parlé de mettre fin à «la tyrannie des agitateurs de gauche». Pour contrer les «activistes étudiants» et «reconquérir le terrain», il invite à s'inspirer des «mouvements fascistes» qui, dans les années 1920 et 1930, ont appliqué aux gauchistes «leur propre médecine». «Les opposants aux grèves doivent donc cabaler, s'organiser pour franchir en masse les lignes de piquetage [sic], apostropher les porteurs de carrés rouges où qu'ils les rencontrent, répondre à l'intimidation par le défi», écrit-il.

Hier, le ministre des Affaires municipales, Laurent Lessard, a condamné les propos de son fonctionnaire en les qualifiant d'«inappropriés». Il a indiqué que M. Guay avait été rencontré par le sous-ministre et que des sanctions administratives avaient été appliquées, lesquelles n'ont pas été précisées. (La Presse canadienne)
36 commentaires
  • Yves Claudé - Inscrit 18 avril 2012 00 h 11

    L’“ouverture” du gouvernement au mouvement étudiant : un écran de fumée en attendant une loi spéciale !

    La fausse ouverture offerte par la ministre de l’éducation aux organisations étudiantes sommées de se diviser …, n’est qu’un écran de fumée qui masque provisoirement ce que l’on peut prévoir être le plan B du gouvernement, soit une loi spéciale qui pourrait être présentée au plus tard le lundi 23 avril, sous prétexte d’urgence dans l’organisation scolaire, ainsi que d’“insécurité”, de “violence”, d’“intimidation”, etc.. Le plan A (www.vigile.net/Face-aux-etudiants-un-gouvernement), soit une tentative de coup de force imposant un retour en classe, entre autres par l’intermédiaire des directions scolaires, a échoué.

    Un premier élément de cette stratégie a été mis en place le mardi 17 avril à l’Assemblée nationale, dans la tentative de piéger le Parti québécois, opération mise en scène par le ministre de la Sécurité publique. Il s’agit du même piège présenté à la CLASSE, à la FECQ et à la FEUQ : on tente de discréditer la partie la plus militante du mouvement étudiant en agitant quelques faits isolés qui ont été préalablement dramatisés par des médias qui ne sont plus que la “voix de leur maître”, c’est-à-dire l’organe propagandiste de leur propriétaire. Le PQ semble avoir compris la stratégie gouvernementale en soulignant le fait que c’est «le refus du dialogue [qui] mène à la violence».

    Il faut s’attendre à ce que, ayant échoué à contraindre les étudiants dans son plan A, le PLQ prenne en otage les enseignants et leurs syndicats, ainsi que les directions scolaires, avec une loi spéciale prescrivant un retour en classe sous peine de lourdes sanctions, judiciaires et financières.

    Ce plan B risque d’accentuer un chaos déjà avéré … mais c’est sans doute ce que recherche le gouvernement Charest, pour l’instrumentaliser à des fins électorales ! Serait-ce au prix du saccage de l’école que le PLQ tenterait de se faire réélire ?

    Yves Claudé

  • Carole Dionne - Inscrite 18 avril 2012 01 h 10

    Deux poids, deux mesures

    Si c'est pour les étudiants, c'est correct mais si cela leur nuit, bof, cela n,a pas d'allure. L'habit ne fait pas le moine mais le carré rouge fait l'étudiant en boycott.

    • Q1234 - Inscrite 18 avril 2012 07 h 25

      Les étudiants sont en grève, pas en boycott.

    • Ixe Treize - Inscrit 18 avril 2012 10 h 23

      Grève.

    • M. Enseignant - Inscrit 18 avril 2012 11 h 59

      Le mot grève est approprié selon Le dictionnaire Robert depuis minimum 1993. Il faudrait aussi lire l'article lequel stipule que la grève n'est réservé au code du travail. Si vous utilisez le mot boycott s.v.p. argumenter avec des faits.

    • Sebastien Tanguay - Inscrit 18 avril 2012 12 h 19

      Que de bons arguments Mme Dionne!

      Socrate peut dormir en paix, la rigueur et la réflexion sont entre bonnes mains avec vous! Il fait toujours plaisir d'entendre des gens prêts à remettre leurs certitudes en question s'exprimer ici. Je vois que vous êtes allergique aux préjugés, et que votre souci premier est l'objectivité, celle qui prend en compte les arguments venant des deux côtés.

      Avec un tel esprit vous pourriez appliquer au poste de ministre de l'Éducation: semble-t-il qu'il sera vacant, sous peu.

    • Patrick Desrosiers - Inscrit 18 avril 2012 12 h 45

      Félicitations à Carole Dionne pour son utilisation subtile de la novlangue gouvernementale.

  • Patrick Daganaud - Abonné 18 avril 2012 03 h 00

    Le prédateur fait la morale à sa proie!

    La violence de la proie est souvent dénoncée par son prédateur.

    Bien sûr, on aimerait bien que, faisant pousser dans leurs dos de petites ailes angéliques, les étudiants, tous les étudiants, dénoncent la violence telle que la définit, main sur le coeur, notre vertueux et si pacifique Premier.
    Mais ce que j'ai vu, tout au long de ce conflit, de tentatives de muselage des étudiants, d'ignorance intentionnelle, d'infantilisation, de mépris, d'incitation à la désolidarisation a été orchestré par le gouvernement et le prédateur, c'est lui!
    C'est lui le prédateur lorsqu'il laisse détourner (et aide à ce faire) des milliards de notre richesse collective vers les mafias de la construction, vers les abris fiscaux, vers les goussets étrangers de richissimes minières, pillant terres, sous-sols, air et eau pour des générations à venir.

    Enfin, qui, en toute conscience, du monde dit adulte (qui veut « pacifier » les étudiants) peut se lever en tambourinant « Notre démocratie est saine et vouée au mieux-être collectif? »
    Les proies, ce sont les étudiants et nous-mêmes, et nos enfants et nos petits enfants. Qui est assez aveugle ou dans le déni pour prétendre que notre société est en santé?
    Indignés les étudiants? En colère? Révoltés? Il y a de quoi, avouons-le!
    Anesthésiée la partie de la population incapable de percevoir leur mérite, parfois maladroit, mais toujours méritoire, dans une lutte saine pour la justice et l'équité.
    Nous avons, à coup sûr, les moyens d'un système scolaire entièrement gratuit.
    Je m'attends bien sûr aux répliques usuelles dénonçant la gaugauche. Elles sont logeables, sans distinction, au rang des stratégies pour manipuler les masses, amoindrir la libre pensée.


    Parlant libre pensée, les étudiants ont déchaîné la leur comme les esclaves brisent les chaînes à leurs pieds : une université qui se fait complice de remettre des fers aux pieds de nos jeunes cesse d'en être une.
    Le seul m

    • dany tanguay - Inscrit 18 avril 2012 08 h 09

      Patrick, vous avez visé très juste, j'apprécie grandement votre commentaire et j'espère que plusieurs le liront et tenteront de comprendre au delà de tout ce qui est propagé par des "donneux d'opinions de la drette"

  • Richard Miron - Inscrit 18 avril 2012 07 h 06

    Les propos du fasciste Bernard Guay sont un symptôme

    Qu'un haut fonctionnaire important d'un ministère, Bernard Guay, cela en dit long du climat de tension social autour de l'actuel mouvement de grève. Au sein de la haute direction de l'État, il doit régner un climat idéologique extrêmement hostile envers les syndicats ou toutes les associations qui représentent la "gogauche" autrement comment un haut fonctionnaire aurait pu se sentir autorisé de s'inspirer de mouvement fasciste des années 20 pour planter les gauchistes. Je ne dis pas que les autres hauts fonctionnaires partagent complètement les points de vue du type. Par contre, il doit y avoir un climat de haute hostilité.

    La radicalisation est aussi palpable du côté étudiant. Historiquement, la FEUQ aurait tout fait pour s'écraser devant le gouvernement. Mais voilà, les choses sont un peu différentes dans l'actuel conflit. Peut-être que Madame Desjardins est une habile politicienne qui sait tâtée le pouls de la base étudiante. Peut-être se sent-elle prisonnière de la radicalisation de la base? C'est sûr aussi que la ministre ne lui donne pas beaucoup d'arguments pour être plus modéré.

    Dans plusieurs milieux, les gens regardent le conflit étudiant et se positionnent. Dans des usines, dans des groupes communautaires, les ouvriers, les sans-emploi, etc. espèrent que le gouvernement subisse une défaite. Le climat social est plus explosif que jamais. Par contre, les traditions de lutte sont moindre ici qu'elles ne peuvent l'être dans d'autres pays. S'il y a des ingrédients d'un printemps érable, ce mouvement va-t-il se répandre forçant d'autres groupes sociaux à se mouiller concrèterment? La CSN va-t-elle mettre en oeuvre son mandat de grève sociale? J'ai des doutes, mais un tel mouvement serait salutaire.

    Je ne veux pas attendre des élections. Je n'y crois plus. Je pense que c'est dans la rue que ça doit se passer pour faire subir une défaite au gouvernement.

    • Raymond Lutz - Inscrit 18 avril 2012 07 h 48

      C'est en effet la fascisation graduelle de nos démocraties de pacotille. N'oublions pas que nous avons la force du nombre, mais l'inconvénient de devoir nous coordonner comme le note Adam Smith : « Il n’est pas difficile cependant de prédire laquelle de ces deux parties l’emportera ordinairement dans la contestation et forcera l’autre à se soumettre aux termes qu’elle veut imposer. Les maîtres, étant moins nombreux, peuvent s’entendre plus facilement . »

    • Leys - Inscrit 18 avril 2012 09 h 03

      Sans vouloir tomber dans le piège de la paranoïa, il me semble que la rhinocérite gagne du terrain au Québec, particulièrement dans la vieille capitale où sévissent les radios dites poubelles. Il y a déjà pas mal de temps que circule un discours haineux, populiste et anti-intellectualiste qui stigmatise une partie de la population, ceux qu'on tend à appeler "gauchistes" (c'est-à-dire tous ceux qui s'opposent au néo-liberalisme d'État). À entendre les tenants de ce discours, on croirait que le Québec est pris en otage par des groupuscules secrets regroupant des souverainistes, des artistes, des syndicalistes (la fameuse Sainte-trinité d'André Pratte) et des environnementalistes. On croirait également que les grands groupes médiatiques (Québécor ? Gesca ?) sont parasités par les idées de gauche... Les propos de Bernard Guay - qui encense d'ailleurs les radio-poubelles dans son texte - n'en sont qu'une illustration. Cependant, le fait que ce type de discours, qui de surcroît en appelle à la violence, fasse son entrée dans les hautes sphères de la politique (le type n'est-il pas haut-fonctionnaire ?) a de quoi inquiéter.

    • Michel Leclaire - Inscrit 18 avril 2012 09 h 16

      "Je ne veux pas attendre des élections. Je n'y crois plus. Je pense que c'est dans la rue que ça doit se passer pour faire subir une défaite au gouvernement."

      C'est une vérité de La Palisse!

      Michel Leclaire

  • Pierre Vincent - Inscrit 18 avril 2012 07 h 44

    Fiscaliste ou Fasciste? Il faudrait savoir...

    Le conflit étudiant fait ressortir le meilleur et le pire de notre société. Il est déplorable que l'on persécute même de pauvres petits fonctionnaires qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas.