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Étudiants: vers une sortie de crise ? - Les parties campent sur leurs positions, mais...

La FEUQ reconnaît que la balle est maintenant dans le camp de la CLASSE

17 avril 2012 | Lisa-Marie Gervais | Éducation
Jeanne Reynolds et Gabriel Nadeau-Dubois, tous deux porte-parole de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), photographiés quelques instants avant de s’adresser à la presse, hier, au Centre St-Pierre, à Montréal.<br />
Photo : Pedro Ruiz - Le Devoir Jeanne Reynolds et Gabriel Nadeau-Dubois, tous deux porte-parole de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), photographiés quelques instants avant de s’adresser à la presse, hier, au Centre St-Pierre, à Montréal.
Le mouvement de grève étudiante pourrait bien entrer dans sa dernière ligne droite. Il reste toutefois un gros nœud à défaire: celui entre le gouvernement, qui souhaite que la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) «condamne» les gestes de violence et de vandalisme à l'endroit de certains ministres, et cette dernière qui, malgré son intention de participer aux négociations, refuse de le faire prétendant qu'elle n'en a pas le mandat.

«Comme porte-parole, on se dissocie de ces gestes-là qui ne sont pas commandés par la CLASSE, mais pour avoir un mandat nous permettant de les condamner, il nous faut attendre le congrès en fin de semaine», a déclaré au Devoir le co-porte-parole, Gabriel Nadeau-Dubois. Au cabinet de la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, la position est ferme: «Tant et aussi longtemps qu'elle ne condamnera pas les gestes de violence, la CLASSE ne se joindra pas à la table», a dit Hélène Sauvageau, l'attachée de presse de la ministre.

Pour l'instant, c'est la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) qui se retrouve dans le rôle du «médiateur». «Mon mandat, c'est d'exiger la présence de la CLASSE à la table. C'est pourquoi on travaille fort pour que ça se réalise et que tout le monde mette de l'eau dans son vin», a reconnu Martine Desjardins. «On se retrouve dans une drôle de position, à devoir jouer les médiateurs. Ce serait plus simple que les deux parties se parlent», a-t-elle confié.

Elle reconnaît que la balle est dans le camp de la CLASSE. «C'est sûr que ça va prendre une réponse de leur côté dans le sens [de ce que veut la ministre]. Sans condamner, on peut dire que ce sont des actes répréhensibles. Est-ce que ça serait suffisant pour la ministre si la CLASSE appelait à des actions pacifiques?», s'est-elle interrogée tout haut en indiquant que sa fédération n'avait pas non plus condamné publiquement ces actions.

Mme Desjardins rappelle toutefois qu'après 64 jours de grève, il y a urgence d'en arriver à une entente. «Les décisions ne peuvent pas attendre une semaine. Le temps presse. Si on nous démontre une ouverture à ce qu'on demande depuis des semaines, il faut répondre», a-t-elle noté. Existe-t-il la possibilité d'écarter la CLASSE des discussions si celle-ci s'obstine à ne pas répondre aux conditions de la ministre? Oui, soutient pour sa part le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Léo Bureau-Blouin. «C'est important que tout le monde soit présent, mais on ne ratera pas une occasion de dialoguer avec la ministre», a-t-il fait savoir. «On veut vraiment trouver une sortie de crise.»

La CLASSE en est consciente. «Mais si les fédérations étudiantes acceptent de négocier sans nous, elles renient un engagement public», a souligné M. Nadeau-Dubois.

La CLASSE veut négocier


C'est pourquoi la CLASSE a réclamé hier une place à table avec la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, aux côtés des deux autres fédérations étudiantes. Pour elle, négocier sur la question de la gestion universitaire est plus qu'un appel au calme. «On pose un geste concret en acceptant de dialoguer même si ce n'est pas sur l'enjeu dont on voudrait s'entretenir», a souligné M. Nadeau-Dubois. Au risque d'avoir à discuter d'un dégel. «On va s'asseoir et parler, oui, de la gestion universitaire, en sachant très bien qu'on va mettre sur la table la question de la hausse», a-t-il déclaré.

Alors qu'on lui demandait si son organisation était prête à accepter une certaine hausse, par exemple moindre, en échange d'une commission indépendante sur les universités, le co-porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois, a répondu qu'il est conscient qu'en s'assoyant à la table, «tout est ouvert». Cela dit, il rappelle que toute offre de la ministre sera d'abord soumise aux membres de son organisation. «D'ici là, nos mandats sont clairs et contre la hausse. On ne commencera pas à dire, avant de négocier, qu'on va accepter quelque chose de moindre.»

Considérée par le gouvernement comme étant l'organisation la plus radicale, la CLASSE, jadis la CASSEE, a encore sur le coeur d'avoir été écartée des négociations lors de la grève de 2005, entre la FECQ et la FEUQ et le ministre de l'Éducation d'alors, Jean-Marc Fournier. L'organisation de 93 000 membres, qui représente 47 % des étudiants en grève, craint que le scénario ne se répète et que cela n'engendre une division qui mettra à mal le mouvement. «La CLASSE représente beaucoup plus de gens que ne l'a jamais fait la CASSEE et prend beaucoup plus de place dans l'espace public. Si la ministre a Jean-Marc Fournier comme conseiller, elle devrait changer. Parce qu'on n'est plus en 2005, les acteurs ont changé», a dit M. Nadeau-Dubois.

Visiblement courroucé, le premier ministre Jean Charest a qualifié «d'inacceptables» les gestes de violence et de vandalisme perpétrés en marge du conflit et a sommé la CLASSE de les dénoncer. Il a profité de l'occasion pour répéter que son gouvernement ne reculerait pas sur la question de la hausse. «La décision sur les droits de scolarité a été mûrie sur une très longue période de temps. C'est une décision à laquelle nous croyons beaucoup, qui est juste et qui est équitable», a-t-il déclaré depuis Laval, où il faisait la promotion du Plan Nord.

Les syndicats se réjouissent de la récente ouverture démontrée par la ministre Line Beauchamp dans le dossier de la grève étudiante, mais exigent ainsi que l'ensemble des associations étudiantes soient invitées à participer à une éventuelle commission indépendante sur la gestion des universités.

***

Avec La Presse canadienne
 
 
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