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    Grève étudiante - Carton d'invitation

    Eu égard à la rigidité des positions des deux camps, pendant cette grève qui atteint maintenant le cap insoutenable des dix semaines, la main tendue dimanche par la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, équivaut à une ouverture de taille, que les groupes étudiants n'ont d'autre choix que de saisir.

    Le courrier fut acheminé avec un retard excessif, mais, enfin, le carton d'invitation est rendu à bon port: la ministre Line Beauchamp a confirmé dimanche son intention de discuter avec deux groupes étudiants sur trois. Sa déconsidération de la CLASSE, portion non négligeable de ce mouvement de grève sans précédent, devient intenable, maintenant qu'elle a fait ce qu'on attendait d'un gouvernement responsable: engager le dialogue.

    Peu nous importe dans ce contexte que soit fixé ou non l'ordre du jour de cette discussion entourant la gestion des universités — sujet vaste et porteur, s'il en est. Ce qui compte, pour le moment, c'est que soient assis les uns avec les autres des représentants de la FEUQ, de la FECQ et de la CLASSE. En ouvrant cet espace de discussion, même maladroitement, Québec agit avec l'élévation espérée depuis maintenant des semaines.

    Mais un tango est dépourvu de grâce lorsqu'il est dansé en solo. Un mouvement étudiant orchestré avec brio depuis ses débuts offre des signes de grande lassitude; la pression du temps qui passe n'est plus à l'avantage de la partie étudiante. Se multiplient des dérives qui, nous le soulignons à grands traits, sont inacceptables: la casse des bureaux de ministres, les menaces formulées à l'endroit de membres du gouvernement, le dépôt de sacs de briques sur trois lignes de métro, une violence extrême vu son potentiel de désastre, ne sont pas à prendre à la légère, fussent-ils signés par une frange non représentative.

    Line Beauchamp, comme Jean-Marc Fournier avant elle en 2005, détourne la tête de la CLASSE (jadis la CASSEE), en raison de son incapacité devenue maladive à dénoncer la violence, car elle n'en a pas le «mandat». Cette rigidité du groupe étudiant, qui lui vaut depuis le début d'être boudée par un gouvernement de plus en plus irrité, comme le laissait voir le ton du premier ministre Charest hier, ne s'explique pas. Ne s'explique plus. Il s'agit d'un manque de souplesse hautement nuisible à la cause étudiante, dévoilant au passage une part d'irresponsabilité.

    Suivant cet axe de «responsabilité» auquel les deux camps doivent maintenant se soumettre tant la crise est aiguë, la population attendra d'une partie et de l'autre qu'elles soient conséquentes. Du gouvernement: puisque la hausse des droits est née d'un prétendu sous-financement des universités, que la discussion tourne autour des droits de scolarité au moment de remettre en question la gestion financière des établissements n'aura rien d'incongru. Des étudiants: s'ils se battent, entre autres choses, pour une formation de qualité, eh bien, qu'ils concèdent donc que cette dernière ligne droite de la crise met directement en péril leur formation, et nombre de jeunes faits otages du conflit paieront cher l'abandon ou l'échec scolaire; si noble soit leur cause, cette session, qu'elle soit reportée, tronquée ou condensée, vaudra fort peu, même si l'école de la rue est riche...

    Rien ne devrait plus empêcher la tenue d'une discussion responsable. Et si d'aventure le dialogue ne produisait aucun fruit, vu l'immensité du gouffre séparant les deux camps, c'est dans la lutte politique électorale que se jouera la fin du conflit, hors du cul-de-sac qu'est la grève pour la formation. Ce jeune électorat qui rechigne au moment d'aller aux urnes pourra mener jusqu'au bout l'exercice démocratique entamé au moment des élections. Après le carton d'invitation, le bulletin de vote.












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