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    Libre opinion - Des oubliées: les études supérieures et la recherche

    10 avril 2012 | Vincent Larivière - Professeur à l'École de bibliothéconomie et de sciences de l'information de l'Université de Montréal et chercheur associé à l'Observatoire des sciences et des technologies de l'UQAM | Éducation
    Dans la foulée de l'augmentation des droits de scolarité décrétée par le gouvernent du Québec — qui passeront de 2168 $ en 2011-2012 à 3793 $ en 2016-2017 — et de la grève de quelque 200 000 étudiants collégiaux et universitaires, la plupart des observateurs ont discuté de l'effet négatif de telles hausses sur l'accès aux études de premier cycle.

    Dans Le Devoir du 23 mars, Pierre Doray et Amélie Groleau nous rappelaient qu'à la suite du dernier dégel des frais de scolarité, les universités francophones avaient subi une baisse de plus de 26 000 inscriptions entre 1992 et 1997. Peu d'observateurs ont toutefois noté l'effet délétère d'une telle hausse sur l'accès aux études de cycle supérieur et, par conséquent, sur la capacité de recherche des universités québécoises.

    Les données de l'Association canadienne pour les études supérieures nous montrent que les inscriptions dans les programmes de doctorat furent également touchées, avec un certain décalage compte tenu du temps nécessaire au passage des études de premier cycle aux études doctorales. Pour les trois principales universités de recherche du Québec (Laval, McGill et Montréal), qui comptent pour plus des trois quarts des doctorants en 1995, les inscriptions au doctorat sont passées de 6792 à 5880 entre 1995 et 2001, soit une baisse de plus de 13 %. Certaines universités furent également plus touchées que d'autres: les programmes de doctorat de l'Université de Montréal, par exemple, ont subi une baisse de plus de 22 % (2865 en 1995 contre 2229 en 2001).

    Effet pervers

    De récentes données sur le rôle des étudiants de doctorat dans le système québécois de la recherche montrent fortement qu'une réduction de l'accès aux études supérieures aura un effet négatif important sur les activités de recherche des universités. En effet, bien qu'en phase d'apprentissage, les étudiants de doctorat comptent pour une part importante de la main-d'oeuvre en recherche des universités.

    Le nombre d'articles scientifiques — indicateur fiable de l'activité de recherche fondamentale des universités — auxquels au moins un étudiant de doctorat a contribué est passé de 1500 à 3000 entre 2000 et 2007, et représente, en 2007, le tiers du total des publications des universités québécoises. Dans certaines disciplines, ce pourcentage est encore plus élevé: en 2007, les doctorants québécois ont contribué à 50 % des articles en physique, 43 % en recherche biomédicale, 40 % en chimie, 37 % en biologie et, finalement, 35 % en psychologie. Et ces chiffres ne concernent que les doctorants: l'inclusion des étudiants de maîtrise les augmenterait encore davantage.

    Une baisse de l'accès aux études de cycles supérieurs et, par conséquent, du nombre de doctorants, non seulement réduirait la capacité de recherche actuelle des universités — qui perdraient ainsi l'accès à une main-d'oeuvre relativement «bon marché», stimulée et désireuse de contribuer à l'avancement des connaissances —, mais hypothéquerait également celle de demain, en réduisant le nombre de nouveaux chercheurs formés.

    En somme, en réduisant l'attrait des études aux cycles supérieurs, toute hausse importante des droits de scolarité aurait aussi pour conséquence d'influer sur la capacité de recherche des universités québécoises. À l'heure où les universités et les gouvernements n'ont que les mots «société du savoir» et «innovation» à la bouche, on peut se demander s'ils ont réellement songé aux effets pervers de leurs décisions.

    ***

    Vincent Larivière - Professeur à l'École de bibliothéconomie et de sciences de l'information de l'Université de Montréal et chercheur associé à l'Observatoire des sciences et des technologies de l'UQAM
     
     
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