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    Grève étudiante - Les nombrils

    Dans cette grève qui s'étire en longueur sans pourtant ébranler les croyances gouvernementales, l'attention se tourne vers une poignée d'injonctions de bien petit calibre à côté de la hauteur du débat social lancé par les étudiants. Sus à l'anecdotique, retour à l'essentiel.

    Après un mouvement de solidarité sans pareil qui a permis à des grands-parents de fouler la rue avec leurs petits-enfants, à des étudiants en médecine d'appuyer leurs collègues de philo, les nombrils en ont eu assez. Marre d'un discours à saveur de justice sociale déclassant les intérêts particuliers. Assez de revendications politiques destinées aux bacheliers du futur. Et moi, et moi, et moi?

    Alma, Rimouski, Montréal, Québec: toutes furent cette semaine le théâtre d'injonctions ou de mises en demeure ne touchant que l'accessoire, pas le coeur, de cette grève, dont le tournant est imminent. À quelques jours d'une date-butoir symbolique au-delà de laquelle la suite des choses sera chaotique et coûteuse, la panique s'installe. Le recours au parquet en signe d'autodéfense (ou autopromotion, c'est selon) en est le signe. Il illustre aussi une certaine indifférence au discours des grévistes, qui sont toujours près de 200 000...

    Dans l'antichambre juridique, voilà où a mené le refus de discuter du gouvernement, lui qui d'ailleurs s'abrite toujours derrière une fausse ouverture en répétant qu'il est prêt à causer, mais une fois de plus, avec un ordre du jour préétabli. Le dialogue dirigé ne convient guère aux étudiants et la répétition d'un scénario méprisant ne fait que cristalliser leur position.

    Ces injonctions des derniers jours ne sont que diversion. Elles ont presque toutes une couleur différente: au collège d'Alma, c'était pour contester des irrégularités dans la tenue d'un vote étudiant, sur une base tout à fait justifiée. À l'UQAM, c'est de l'université qu'est venue l'injonction — on peut comprendre que la tension monte, mais cela n'explique pas que l'université pousse son parti-pris au conflit jusqu'à faire la valse des tribunaux! À l'Université Laval, c'était pour permettre à un étudiant inscrit à un cours d'anthropologie de la violence et des conflits (ça ne s'invente pas!) de ne pas risquer de perdre ce cours et par ricochet manquer son travail d'été indispensable pour... payer ses droits de scolarité l'année prochaine.

    La quadrature du cercle est ici atteinte. Un étudiant s'affichant ouvertement contre la hausse, solidaire du mouvement de grève de ses collègues, prend tout de même la route des tribunaux pour avoir libre accès à sa classe. L'individu fait valoir sa cause — et gagne! — tout en applaudissant la lutte collective. Il a le «droit», comme le veut un adage à la mode chez une jeunesse qui en abuse, mais en plaçant côte à côte, comme s'ils se valaient l'un l'autre, son propre intérêt et celui d'une génération, ne fait-il pas fi du principe de solidarité et, au passage, des principes de la démocratie? Les nombrils s'agitent, mais ils ne peuvent pas outrepasser tout un corps étudiant.

    Quels sont les dangers de ce passage à vide? Un lecteur fait ci-contre l'énumération des dérives possibles: délégitimation de la grève, cassure du mouvement de solidarité, victoire du fonctionnement du «système» et repli des valeurs qu'on rêverait pour lui. Sans compter le détournement de débat, car c'est à cela qu'on pourra conclure si d'aventure le mouvement enclenché dans une vague de solidarité se terminait bêtement et platement, dans une finale en queue de poisson, au palais de justice.
     
     
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