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    Libre opinion - Égarements judiciaires

    5 avril 2012 | Christian Guay-Poliquin, étudiant à la maîtrise en études littéraires à l'UQAM | Éducation
    Dans la foulée des différentes requêtes devant les tribunaux afin d'obtenir des injonctions visant à contrecarrer les moyens de pression de l'actuelle grève étudiante, quelques considérations s'imposent. Notons préalablement que le refus obstiné du gouvernement libéral à reconnaître les revendications et la mobilisation de la communauté étudiante relève non seulement de sa stratégie électorale, mais également de son intérêt à dépolitiser la politique. Qui plus est, la récente migration de ce conflit vers les palais de justice témoigne des dérives de notre société de droit.

    Autrement dit, on peut voir dans la récente judiciarisation de la question étudiante un glissement vers l'individualisation des revendications et du coup, une négation de la pertinence du débat public autour de la hausse des droits de scolarité. Que cela veut-il dire? Que l'actuel recours à la justice relève du «devenir-indifférent» de certains citoyens quant aux questions politiques et sociales de leur collectivité. Triste constat puisque le recours aux tribunaux légitime la subordination de notre société à la rhétorique des experts qui, bien loin du conflit réel, vassalise le politique au système juridique.

    Soyons clairs: la judiciarisation des conflits sociaux est une pratique qui gagne en ampleur dans notre société. Il suffit de consulter l'actualité des derniers mois pour le constater. Sans s'attarder à la particularité de chacun de ces cas, on peut toutefois avancer que cette tendance fait peser au moins trois menaces sur le débat entourant l'augmentation des droits de scolarité.

    Tout d'abord, que l'un de ces cas fasse jurisprudence et que les moyens pris par les étudiants pour défendre leur vision de l'éducation soient désormais considérés comme illégitimes. Ensuite, que les individus se réclamant de ces contre-revendications sous la forme de rancunes ou de griefs se désolidarisent entièrement de la société présente, mais aussi à venir. Et enfin, que peu à peu nous accordions socialement plus d'importance à l'effectivité de notre système qu'aux valeurs qu'il est censé représenter.

    En somme, c'est toute la notion de «projet de société» qui est soulevée ici. Non pas parce qu'elle mise de l'avant, mais au contraire parce qu'elle semble de plus en plus évincée du discours social. En fait, si plusieurs philosophes et analystes dénoncent le déclin du politique au profit du juridique, c'est que nous assistons présentement au déplacement des débats sociaux de l'espace public vers les salles d'audience.

    Ainsi, en ce qui concerne la grève étudiante, une chose est sûre: les différents recours aux instances juridiques afin de mettre à mal les dispositions prises par les étudiants pour se faire entendre ont créé une vague médiatique. Et cette vague, ou plutôt cette tempête dans un verre d'eau, nous détourne de la question fondamentale: soit de la nécessité irréfutable, à ce point du conflit, d'une prise en considération réelle des revendications étudiantes de la part du gouvernement Charest.

    ***

    Christian Guay-Poliquin, étudiant à la maîtrise en études littéraires à l'UQAM
     
     
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