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    Grève étudiante - À l’école de la CLASSE

    4 avril 2012 17h36 |Xavier Lafrance et Héloise Moysan-Lapointe | Éducation
    À l’instar de celle de 2005, la grève actuelle lancée à l'initiative de la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) met en évidence l'importance de l'action collective démocratique et de la combativité pour la défense du bien commun. Il s'agit d'un rappel crucial pour l'ensemble des mouvements sociaux et syndical, qui donne le ton pour les luttes à venir en cette période d'austérité et de régression sociale.

    La CLASSE s'inscrit dans une tradition syndicale étudiante combative et démocratique qui remonte aux début des années 1960 et est demeurée dominante au sein du mouvement étudiant jusqu'au tournant des années 1990. Celle-ci reconnaît que le pouvoir de négociation des représentants étudiants face au gouvernement demeure quasiment nul en l'absence de la construction d'un rapport de force s'appuyant sur une mobilisation collective (potentielle ou effective) contrôlée démocratiquement par les assemblées générales.

    Entre les grandes campagnes largement médiatisées, cette frange du mouvement poursuit un travail permanent d’information, de sensibilisation, de réflexion et de mobilisation sur les campus. Ce travail contribue à l'essor d'une vision collective de l’éducation construite par et pour les étudiants. Lors d'une campagne, lorsqu’une escalade de moyens de pression plus modérés n'a pas porté fruit, la population étudiante en arrive à la grève générale et éventuellement à la multiplication des activités de perturbation économique.

    Ce sont les grandes luttes menées dans le cadre de cette tradition qui ont permis d'élaborer et de défendre le droit à l'éducation au Québec. Les deux dernières décennies, au cours desquelles les mouvements syndical et sociaux (y compris une partie du mouvement étudiant) ont adopté une approche franchement lobbyiste et beaucoup moins démocratique, ont été au contraire ponctuées d'importants reculs. C’est entre autre à la lumière de ce constat que les membres de l’ASSÉ et de la CLASSE ont opté pour des revendications ambitieuses et une stratégie d’action combative.

    Le renouveau de 2005

    La grève de 2005 a marqué un tournant et enclenché un renouveau. Des dizaines de milliers d'étudiants (dont beaucoup étaient membres de la FEUQ et de la FECQ) ont reconnu, en assemblées générales, que l'entente ayant mis fin à la grève était «à rabais» et ne satisfaisait pas leurs exigences. Mais ils ont aussi compris, pour l'avoir vécu, que le gouvernement avait reculé parce qu'ils se sont mis en marche et ont fait preuve d'ardeur au combat. Dans la foulé de cette lutte s'est aussi développé un discours profond sur la marchandisation de l’éducation et beaucoup ont compris que le processus de tarification ne se limite pas à déterminer qui va payer la note, mais implique aussi et surtout l'imposition d'un principe d’utilisateur-payeur et de marchandisation.

    Tout ceci arrive à maturité en 2012. Jamais l'ASSÉ, à travers la CLASSE, n'a été aussi soucieuse de l'opinion publique ni aussi habile pour y faire valoir sa perspective. Mais elle continue de reconnaître que sa place prépondérante dans les médias s'explique par sa prépondérance dans le mouvement réel de la lutte. Après deux mois de grève, elle continue de représenter plus de la moité des grévistes. Si cela titille certains, parions que cela inquiète autrement plus le gouvernement, qui y perçoit un obstacle réel à l’instauration du principe individualiste d’utilisateur-payeur.

    La CLASSE comprend aussi que, lorsque des milliers de personnes se réunissent à répétition en assemblée générale ou dans la rue et que le débat social porté par la grève s'imprime quotidiennement à la une des journaux, il serait réellement irresponsable de s'enfermer dans une logique de négociation comptable et corporatiste. D'où la volonté d'élargir et d'approfondir ce débat.

    Libre arbitre

    Le principe est pourtant simple. À quoi le gel des droits de scolarité peut-il servir si les conditions de travail se dégradent parallèlement? À quoi la gratuité scolaire peut-elle servir s'il faut ensuite payer pour se faire soigner? Que veut dire l'accessibilité à l'éducation si les inégalités sociales se creusent? La hausse des droits de scolarité doit être dénoncée pour ce qu'elle est: la pointe d'un iceberg beaucoup plus imposant, celui de la privatisation et de la tarification des services publics.

    Les moments de larges luttes collectives permettent une redéfinition du champ des possibles. Il ne s'agit alors plus tant de suivre l'opinion publique mais de contribuer activement à sa formation et à son évolution vers des valeurs de solidarité. Les gens possèdent un libre arbitre. Leur pensée évolue. Allez le demander aux jeunes et moins jeunes qui sont dans la rue et qui portent massivement les idéaux défendus par la CLASSE. Ils savent que la personne qui craint le plus l'annulation de la session est Line Beauchamp. Ils l'ont appris à l'école de la lutte et de la solidarité. Et personne ne pourra annuler cette session-là.

    Xavier Lafrance
    Co-porte-parole de la CASSÉÉ lors de la grève étudiante de 2005; doctorant en science politique à l'université York
    Héloise Moysan-Lapointe
    Co-porte-parole de la CASSÉÉ lors de la grève étudiante de 2005; Enseignante de philospohie au cégep de St-Jean-sur-Richelieu












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