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    Université Laval - Pourquoi je quitte la course au rectorat

    29 mars 2012 15h38 |Florence Piron, ex-candidate au rectorat et professeure à l’Université Laval | Éducation
    Plus je réfléchis à la présente course au rectorat, plus je suis convaincue de l'importance de son enjeu pour l'avenir de notre université. Deux modèles s'offrent à vous.

    Selon le premier modèle, progressivement mis en place par les recteurs précédents et le recteur sortant, une université est une très grosse entreprise dans un marché très compétitif dont les clients sont — ce n'est pas très clair — soit les étudiants, soit les futurs employeurs de ces étudiants, ces derniers s’intéressant aussi aux innovations produites par la recherche (pour les mettre en marché dans le cas du secteur privé).

    La formation offerte par l'université devient alors un service pour lequel les premiers doivent payer afin d'en assurer la qualité (d'où le consensus des recteurs sur la hausse des droits de scolarité), mais qui doit aussi répondre correctement aux demandes des seconds, d'où les gestes destinés à faire entrer l'entreprise privée dans les départements (par le biais des chaires privées), dans les bâtiments (en les renommant) et au conseil d'administration.

    L'adoption de ce modèle rend aussi «logique» d'augmenter le salaire des dirigeants en survalorisant les compétences de gestion (la crise économique nous a pourtant montrés une autre réalité), de privilégier les chercheurs dont la spécialisation «rapporte» de l'argent ou permet de lucratifs partenariats public-privé, et d'investir dans le marketing et les communications plus que dans le service à la collectivité. La réforme de la gouvernance proposée par l'équipe du recteur sortant [Denis Brière], même si ce dernier tente de faire croire dans les médias qu'il n'y est pour rien, va aussi dans cette direction.

    Responsabilité sociale

    Selon le deuxième modèle, heureusement porté par plusieurs candidats au rectorat cette année, une université est un service public qui, au nom de son intégrité, doit se tenir à une distance nécessaire du pouvoir politique et du pouvoir économique. Une université n’est pas un méga centre de recherche. Elle a pour mission première de former des étudiants PARCE QUE la société dans son ensemble a besoin de citoyens instruits, bien formés et conscients de leur responsabilité sociale: des médecins, des enseignants, des journalistes, des organisateurs communautaires, des ingénieurs, des écrivains, des biologistes, des juristes, des informaticiens, etc.

    Certes, les diplômés sont souvent issus des classes sociales les plus favorisées et retirent de leur formation universitaire des avantages personnels dans une société qui valorise l'instruction, mais ils apportent tout autant à l'ensemble de la société, que ce soit par les services qu'ils rendent, par les impôts qu'ils paient ou par la qualité de la vie démocratique à laquelle ils contribuent avec leurs compétences civiques renforcées, espérons-le, par leur passage à l'université (capacité de s'informer, d'argumenter, de mettre en contexte, de débattre, etc.).

    Cette responsabilité sociale de l'université doit la conduire à préférer une pédagogie orientée vers le développement de la pensée analytique, synthétique et critique et vers une compréhension des valeurs communes et de la citoyenneté, et à offrir des services de formation ou d'accompagnement aux personnes qui ne peuvent ou ne veulent pas faire d'études universitaires par des activités de formation continue ou d'éducation populaire.

    Elle doit la conduire à se soucier de rendre accessibles les connaissances produites par ses chercheurs et à être attentive aux préoccupations et valeurs des citoyens formant la communauté qu'elle dessert prioritairement. Cette responsabilité a aussi un impact sur la forme de son action à l'international qui doit viser un monde plus juste et plus équitable au lieu d’y voir des occasions de recrutement d’étudiants. C'est évidemment en m'ancrant solidement dans ce deuxième modèle que j'ai rédigé mon programme d'action au rectorat de l'Université Laval.

    Choisir en fonction d’une vision

    Ces deux modèles sont si distincts sur tous les plans que les candidats au rectorat n'auront pas le choix de prendre une position claire. Vous devrez les conduire à le faire publiquement par vos questions. Un recteur ou une rectrice ne doit pas être choisi en fonction de son cv ou de son capital social, mais en fonction de sa vision, du modèle d'université qui l'inspire et qui sera à la base de ses propositions d'action. Ce que j'appelle la corruption douce (promesses de postes, d'argent, de nouveaux bâtiments, vision vague qui cherche à plaire à tout le monde, etc.) ne doit pas aveugler les membres du collège électoral sur les enjeux de valeur de cette course au rectorat. Le nombre élevé de candidats le montre bien, d'ailleurs!

    J'ai décidé de me lancer dans cette course au rectorat il y a environ un an, pour transformer en action mes inquiétudes croissantes face à la transformation de mon université en simili grosse entreprise — ce qui ne date pas de l'équipe sortante, bien sûr. Je me souviens encore du discours de bienvenue aux nouveaux professeurs d'un ancien vice-recteur qui nous demandait de nous identifier à des joueurs de football qui ont le ballon (la cagnotte) et qui doivent foncer au but sans se la faire prendre…

    Ne pas nuire à la course

    Je veux autre chose pour mon université, pour ma société, pour mon peuple. Le programme que j'ai rédigé propose des repères clairs, parfois novateurs, parfois classiques, pour reconstruire une université ancrée dans sa communauté, au service du bien commun, capable d'accompagner le Québec dans son histoire.

    Ce faisant, j'ai réalisé l'essentiel de ce que je voulais faire. J'aurais aimé avoir l'occasion de débattre en direct de ces enjeux avec tous les candidats et le collège électoral, mais, en raison du nombre élevé de candidats et bien consciente du caractère minoritaire de ma position, je préfère me désister aujourd'hui et ne pas nuire à la suite de la course et surtout aux candidats les plus proches de cette position. Le modèle managérial, inscrit dans le sillon du néolibéralisme actuellement dominant, est éphémère et anecdotique en comparaison du rôle social et politique fondamental des universités ou des centres de transmission du savoir depuis les débuts de l’humanité. Mais il a peut-être le potentiel de détruire ce qui en a fait la longévité.

    Florence Piron
    Ex-candidate au rectorat et professeure à l’Université Laval












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