Hausse des droits de scolarité - L'IRIS lance une alerte à la bulle

L’IRIS rappelle que le gouvernement du Québec défend la hausse des droits de scolarité en les présentant comme un investissement, «exactement le discours qu’on avait lors de la dernière crise économique avec les subprimes». Sur notre photo, des étudiants manifestent à Montréal contre la hausse des droits de scolarité. <br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir L’IRIS rappelle que le gouvernement du Québec défend la hausse des droits de scolarité en les présentant comme un investissement, «exactement le discours qu’on avait lors de la dernière crise économique avec les subprimes». Sur notre photo, des étudiants manifestent à Montréal contre la hausse des droits de scolarité.

Et si la hausse des droits de scolarité menait le Canada tout droit vers une bulle spéculative comme celle des prêts hypothécaires subprimes aux États-Unis, qui a mené à la crise financière de 2008?

C'est une hypothèse avancée par l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS), qui voit la croissance des droits de scolarité et de l'endettement étudiant comme un danger à long terme.

Depuis la dernière crise financière, des observateurs américains comparent l'endettement des étudiants et celui des ménages américains avant l'éclatement de la bulle immobilière. Récemment, la Réserve fédérale indiquait justement que 27 % des prêts étudiants sont en défaut de paiement depuis au moins 30 jours aux États-Unis. Au total, les étudiants américains cumulent un billion de dollars en prêts. Si la bulle éclatait, les conséquences économiques seraient majeures, selon ces analystes.

Le Québec est loin de la situation américaine, reconnaît l'auteur de la note socio-économique de l'IRIS publiée hier, Éric Martin. «On n'est pas rendus là, mais c'est exactement pourquoi on prend le temps d'en parler aujourd'hui, alors qu'on n'a pas encore recopié ce modèle ici.»

Ce modèle est celui où les droits de scolarité sont très élevés dans un contexte de privatisation du financement des établissements d'enseignement. Selon l'IRIS, le Canada, puis le Québec, suivent peu à peu la tendance du désengagement de l'État dans l'éducation et de l'augmentation de la contribution étudiante.

Une dette, un investissement?

Le chercheur rappelle que le gouvernement du Québec défend la hausse des droits de scolarité en les présentant comme un investissement. «C'est exactement le discours qu'on avait lors de la dernière crise économique avec les subprimes. On disait aux gens: "Achetez-vous des maisons et si vous n'en avez pas les moyens, ce n'est pas grave, vous pourrez rembourser plus tard quand vous ferez plein d'argent". Mais la bulle est tombée et les gens ont perdu leur maison», rappelle Éric Martin.

Une bulle spéculative basée sur la valeur des diplômes d'études supérieures pourrait tout aussi bien éclater ici avec un taux de chômage élevé ou des taux d'intérêt à la hausse, selon l'IRIS.

La question inquiète d'autant plus l'IRIS que le gouvernement du Québec garantit les prêts étudiants. Les contribuables pourraient donc avoir à payer pour les prêts étudiants qui ne peuvent être remboursés, suggère l'Institut.

Selon une étude de la Fédération étudiante universitaire du Québec publiée l'automne dernier, 65 % des étudiants québécois terminent leur baccalauréat avec des dettes, qui s'élèvent en moyenne à 14 000 $. Les étudiants québécois demeurent tout de même moins endettés que la moyenne canadienne.
7 commentaires
  • Donald Bordeleau - Abonné 28 mars 2012 10 h 08

    C'est déja débuté.

    Il y a aussi une augmentation des faillites des étudiants. Au début de 1980, les taux d'intérêt était de 18% et j'avais une dette 6000 $.

    Des années difficiles à prévoir, comme prévu les intérêts sur les prêts vont monter comme prévu pour ce cycle financier.

    L'IRIS n'a pas tout a fait tord.

  • Pierre-E. Paradis - Inscrit 28 mars 2012 12 h 10

    Un cadeau aux banques

    Merci de publier cette étude éloquente (ainsi que celle de MM Grandbois et St-Onge hier).

    On voit bien que la hausse des frais n'est qu'un autre moyen de saigner une clientèle captive, au profit des banques et des p'tits zamis des Libéraux.

    L'endettement est une véritable fuite en avant.

    Plusieurs jeunes vont reconsidérer leurs études universitaires.

    Cela aura pour effet de revaloriser le système d'enseignement technique dans les cégeps, ce qui est une bonne chose. Par contre, le financement accru des universités que l'on espérait avec la hausse ne sera pas au rendez-vous (pour cause de baisse des inscriptions), et certains secteurs de l'économie (je pense à la R&D en particulier) manqueront de main d'oeuvre suffisamment qualifiée.

    Bref, les décisions sont prises pour satisfaire les besoins du secteur financier, et non de la société en général.

  • favreau.d@videotron.ca - Inscrit 28 mars 2012 12 h 38

    Analyse bancale

    Comparer les droits de scolarités aux subprimes est un raccourci malhonnête intellectuellement puisqu'il s'agit de 2 phénomènes complètement différentes. Les subprimes étaient adossés à des actifs dits 'toxiques', de plus les investisseurs ne possédaient pas d'informations sur ceux-ci. Il s'agit d'un produit financier, intengible, purement mathématique. Un diplôme n'est rien de tout ça.

    S'endetter pour s'éduquer n'est un invetissement à haut risque, les pourcentages d'intérêts sont fixés par l'AFE, et les prix ne sont pas liés à une spéculation.


    Vraiment, je m'attendais à mieux d'une institut de recherche...

  • jacques bisson - Inscrit 28 mars 2012 13 h 59

    Pourquoi simplifier ce qu'on peut compliquer...

    Pourquoi ne pas exposer le choses simplement au lieu de justifier l'existence de son organisme en compliquant les choses. La situation se résume simplement comme suit:

    Cas 1: Pas de hausse des frais de scolarité (statu quo):

    Business as usual, c’est le contribuable qui contribue (notez le pléonasme) pour combler le manque à gagner (et les excès) des universités.

    Cas 2: Hausse des frais de scolarité tel que décrété:

    C’est l’étudiant (le plus souvent ses parents) qui contribue à son éducation. Pour maintenir l’équité (accessibilité à son niveau actuel comme base), le régime des prêts et bourses doit être révisé à la hausse. Encore là, pour y arriver, c’est le contribuable qui contribue (décidément) par ses impôts.

    Comme dirait M. Parizeau (mais qui n’a pas inventé l’expression), “c’est le principe des vases communiquants”. Dans tous les cas, c’est le contribuable qui paiera en bout de ligne.

    Pour ma part, je préfère le cas 2 (à condition que la réforme d’aide soit à la hauteur) qui réflète plus fidèlement le coût réel (bien qu’on soit loin de la moyenne canadienne). Elle couvre le cas des étudiants qui s’envolent pour des ailleurs meilleurs et je crois bien que ce soit la seule issue dans l’imbroglio actuel. C’est également la position de Claude Gastonguay que je considère comme un grand penseur de notre époque.

    Paiera bien celui qui paiera le dernier…

    Jacques Bisson, Laval

    • Monsieur Brodeur - Inscrit 28 mars 2012 19 h 47

      Cas 3: Gratuité scolaire. Hausse des impots des riches. Ménage dans la gestion des universités, dans la construction, le plan nord, la mafia, et au gouvernement.

      Cas 4: Gratuité scolaire, en plus de payer les étudiants pour réussir et pour qu'ils deviennent compétitif sur le marché mondial du haut savoir. Toujours avec une hausse d'impôts pour les riches, un grand ménage dans la corruption, etc. On en fait une priorité nationale.

      Pour moi, le cas 4 est mon préféré. En plus, ça évite de faire engraisser les banquiers, qui nous coutent un méchant pourcentage de notre richesse en terme de payage d'intérêts inutiles vers les paradis fiscaux.

      Stéphane Brodeur, montréal.

    • jacques bisson - Inscrit 29 mars 2012 13 h 44

      Ha oui, j'oubliais

      Il y a également le cas 5:

      Ça c'est le cas 4 (tout tout tout gratis et étudiant payé). On ajoute la limousine en plus.

      En tant que crève-la-faim sans éducation de la classe moyenne, je réquisitionne le poste de chauffeur, question de boucler mon budget.

      Jacques Bisson, Laval

  • Marc Rainville - Inscrit 28 mars 2012 14 h 04

    Marché de dupes

    Cette hausse est une décision du Marché. Le budget Bachand est le budget du Marché. Le gouvernement libéral et toute la cohorte des membres de notre petite bourgeoisie boutiquère qui émargent aux mamelles de l'État sont au service du Marché.
    Les citoyens ne sont plus dupes !