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Pas question d'annuler la session, dit Beauchamp

La manifestation monstre de jeudi n'a pas ébranlé la ministre

24 mars 2012 | Lisa-Marie Gervais | Éducation
Line Beauchamp<br />
Photo : - Archives Le Devoir Line Beauchamp
Les étudiants n'ont pas à s'inquiéter: il n'y aura aucune annulation de leur session. En entrevue au Devoir, la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, a indiqué que cette mesure n'était pas une option. «Je n'ai pas l'intention d'annuler la session», a-t-elle déclaré. En aurait-elle même le pouvoir réglementaire? «Je n'avais posé la question sous cet angle, car je n'ai jamais eu le scénario de penser que j'allais imposer une annulation de la session», a-t-elle ajouté.

Dans certains cas, au collégial notamment, les conventions collectives donnent droit aux enseignants d'avoir deux mois consécutifs sans cours, et ce, quelque part entre le 15 juin et le 1er septembre, comme l'explique la Fédération des cégeps. Et, selon cette dernière, lors du dernier grand mouvement de grève en 2005, un calcul révélait qu'il pouvait en coûter à un cégep jusqu'à 100 000 $ par jour de rattrapage, rien qu'en masse salariale.

Pas d'annulation, donc, car selon la ministre, la «vraie» perturbation demeurera celle vécue par l'étudiant: reprises de cours, en rattrapant des heures tôt le matin ou les soirs, y compris les fins de semaine. «Et ça veut dire moins de travail prévu dans une année et moins de revenus accumulés», souligne-t-elle. Alors que l'heure est aux votes de reconduction de la grève, Mme Beauchamp tient à rappeler qu'il y a déjà des établissements où la prolongation de la session est déjà incontournable. Elle en appelle d'ailleurs à ce que les débats se fassent correctement et que les votes tenus soient secrets.

Même si, depuis le début du mouvement, la grève et les perturbations économiques entraînent des coûts pour la société, ne serait-ce qu'en sécurité ou les emplois d'été que certains étudiants ne pourront occuper et qui pourraient perturber le marché, la ministre refuse d'admettre qu'ils sont plus importants que ceux dont sont victimes les étudiants. «Personne n'a intérêt à ce que ça se poursuivre, tant du point de vue de l'étudiant, du gouvernement que de celui de la société», avance-t-elle.

Bien qu'elle en salue le caractère pacifique, la manifestation monstre de jeudi, l'une des plus grandes qu'a connues Montréal et certainement la plus importante du mouvement étudiant, n'émeut guère la ministre. Malgré l'impasse, elle continue à démontrer beaucoup de fermeté et aucune place à la négociation. «La manifestation d'hier a permis de voir que c'était possible de manifester sans perturbation. Il y a une certaine faction du mouvement qui, par idéologie, veut parler de perturbation sociale qui bloque des ponts, mais ça ne représente pas tout le mouvement étudiant. Un gouvernement ne peut pas non plus céder à cette forme d'action», a-t-elle soutenu.

Mise-t-elle sur l'essoufflement du mouvement? «Il ne s'agit pas de miser sur quoi que ce soit. Le contexte dans lequel on travaille, c'est un contexte de finances publiques qui a été étalé au grand public cette semaine et où, de façon évidente, la capacité du gouvernement [de payer] a franchement ses limites», martèle-t-elle en rappelant que la hausse des droits de scolarité est une décision responsable. Car cela aurait pu être pire. «L'étalement de la hausse sur cinq ans ne permet pas d'équivaloir à la moyenne canadienne des droits», ce que voulaient les recteurs. Certains auraient même voulu que l'augmentation soit de 1000 $ par année ou encore un rattrapage sur trois ans, rappelle la ministre. «On n'a pas du tout pris ce chemin-là.»

L'impasse se poursuit


Elle tient mordicus au principe de la juste part. «Il y a des principes qu'on défend et auxquels la population adhère. On demande à l'étudiant de contribuer. Et la gratuité ne correspond pas à ce principe, où on demande à l'étudiant de payer une partie de la valeur de son diplôme», réitère Line Beauchamp. Et si les étudiants acceptaient un dégel? Négocierait-elle? «Je n'ai jamais entendu aucun signal où les étudiants disaient accepter de parler de la contribution étudiante», a dit la ministre en indiquant qu'elle ne commenterait pas des scénarios aussi hypothétiques. «Je le répète, la décision est budgétaire et fait partie des équilibres financiers du gouvernement. Et cet équilibre est précaire», a-t-elle insisté.

N'y aurait-il pas une possibilité d'ouverture en promettant une bonification supplémentaire du programme des prêts et bourses en échange d'une augmentation des droits de scolarité? Non, aucune bonification supplémentaire n'est dans les plans, affirme Line Beauchamp. «Le programme a été bonifié et c'est le plus avantageux en Amérique du Nord. En 2016-2017, ça va être un demi-milliard qu'on va donner en bourses.»

Mme Beauchamp savait à quoi elle s'attaquait en décrétant une hausse de 75 % des droits de scolarité sur cinq ans. «Ce n'est pas une décision facile et à l'évidence, on l'a vu dans l'histoire du Québec, c'est une décision qui ne peut pas être populaire dans le mouvement étudiant.» Bien que les étudiants aient démontré qu'ils avaient l'appui de professeurs et de parents lors de la manifestation de jeudi, la ministre ne craint pas de perdre ses appuis. «Ça fait l'objet d'un débat de société et on comprend ça. On le savait. Par ailleurs, bon nombre de contribuables québécois sont conscients que chacun doit faire sa part. Je ne veux pas commenter les sondages, mais récemment, ils ont montré qu'il y avait un appui au gouvernement. Et c'est pas de gaieté de coeur, mais nous, on doit prendre des décisions», a-t-elle conclu.
 
 
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