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    Manifestation étudiante - Entendez-nous!

    Ce fut un 22 mars historique, auquel il sera tout à fait impossible de demeurer indifférent, à moins d'admettre ouvertement son mépris. Du jamais vu, un triple record côté foule: en nombre, en calme, en diversité.

    Voici comment la population désormais se mobilise lorsqu'un gouvernement fait semblant qu'un débat est clos et traite les premiers concernés avec une condescendance que la hauteur du discours des étudiants n'appelle pas le moins du monde. 200 000 personnes ont fait du centre-ville montréalais hier le corps vivant du refus de la hausse des droits de scolarité, mais surtout de la volonté d'avoir voix au chapitre. Ambiance festive, respect du trajet projeté, calme relatif pour un serpent humain s'étirant sur cinq kilomètres. Le chaos appréhendé par certains n'est pas survenu.

    Quelle doit être la riposte décente à un tel mouvement? D'abord le dialogue. Puis le compromis. Il serait vain pour le gouvernement de se réfugier derrière les clichés hautains rimant avec étudiants violents, contribuables excédés, bébés gâtés. Comme il lui sera aussi périlleux de reprendre sans cesse, comme l'a fait de nouveau hier le premier ministre Jean Charest, cette demi-vérité voulant que les étudiants aient raté en décembre 2010 leur seule et unique chance de dialoguer. C'est faux.

    Lors de cette Rencontre des partenaires, les groupes étudiants ont en effet claqué la porte, mais seulement lorsqu'ils comprirent que la hausse avait été décidée, ne restant plus qu'à discuter des modalités. On n'appelle pas cela un débat ni un dialogue, se dirent-ils avec raison, mais plutôt un discours ou un monologue. Ils tournèrent les talons. Faussement interloqué par ce geste d'éclat, le ministre des Finances Raymond Bachand avait laissé tomber: «L'ordre du jour était connu, il n'y a pas de surprise là!» L'arrogance était déjà dans l'air.

    Le gouvernement — ironie suprême — accuse la chef du PQ de n'assumer aucun «leadership» dans le dossier des droits de scolarité. Line Beauchamp aurait voulu que Pauline Marois condamne des excès tel le blocage du pont Champlain — la ministre de l'Éducation ne voit apparemment dans les manifestations que des germes de violence, alors qu'elle devrait se réjouir du formidable exercice de démocratie auquel tous ces élèves et étudiants s'adonnent depuis des semaines! Jean Charest aurait souhaité qu'au-delà d'une condamnation de la hausse, elle soit plus précise sur ses intentions.

    La vérité est que Pauline Marois, qui promet un sommet sur la question, porte un message à saveur électorale, certes; mais en condamnant la hausse sans cautionner la gratuité, ainsi que nous le faisons, elle s'approche peut-être d'une vérité nuancée à laquelle un grand nombre adhère. Entre ces deux extrêmes, que le débat polarisé du pour et du contre nous présente comme deux options uniques, existe peut-être un compromis possible. Existe assurément un espace de dialogue.

    Le juste milieu, cet espace de réflexion posée flirtant avec la nuance, loin des clichés des uns et des cassettes des autres, existe aussi. Il faut pour cela que les deux camps y reconnaissent une existence, dans une zone appelée négociation. Ils ont dit: «Entendez-nous!» Ils doivent être entendus.












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