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    Libre opinion - Lettre à Madame Line Beauchamp

    21 mars 2012 |Lucia Carballo, étudiante en lettres à l'UQAM | Éducation
    Il y a dix ans, je suis arrivée au Québec. J'avais 14 ans à l'époque. Mon intégration et l'apprentissage du français ont été très éprouvants pour moi, et j'ai donc décidé de trouver refuge dans les livres. Pendant deux ans, j'ai lu en silence.

    En 4e secondaire, mon professeur de français empruntait mes lectures à la bibliothèque afin de mieux me comprendre. J'ai été invitée au Marathon intercollégial d'écriture en 2005. J'étais l'une des cinq étudiantes du niveau secondaire à être invitée.

    En 5e secondaire, une activité était organisée afin de nous permettre d'explorer notre futur milieu de travail. J'ai été la première élève de mon école à faire un stage d'un jour avec un écrivain, Guillaume Vigneault. Mes résultats scolaires étaient excellents en chimie et physique. Par contre, mon français était médiocre. Lors de mon passage au niveau collégial, la décision logique à prendre aurait été celle d'étudier en sciences, car mes capacités cognitives se démarquaient dans ce domaine. Par contre, ma passion, c'était les études littéraires.

    J'ai été acceptée en création littéraire au cégep du Vieux-Montréal à condition de suivre un cours de mise à niveau en français. Tout au long de mes deux années d'études, j'ai côtoyé plus d'une cinquantaine d'écrivains dans le cadre d'ateliers, rencontres et conférences. J'ai plongé dans la culture québécoise, j'ai appris votre histoire et intégré votre culture avec autant d'ardeur qu'une pure souche. Je suis devenue monitrice en français langue seconde à l'UQAM à l'âge de 21 ans. J'ai écrit et publié des poèmes dans la revue Estuaire. J'ai fait des traductions du français à l'espagnol des plus grands poètes contemporains québécois.

    Aujourd'hui, je suis capable de dire à un nouvel arrivant qui sont Gaston Miron, Gérald Godin, Pauline Julien, Michel Tremblay, Réjean Ducharme, Richard Berdouillette, Denis Côté, Élise Turcotte, Gérald Leblanc, Michel Freitag, Fernand Dumont, Gabrielle Roy, etc.

    Je travaille à la Commission d'immigration comme interprète et j'ai décidé de poursuivre mes études en lettres à l'UQAM. Je dois avoir pris une mauvaise décision concernant mon orientation professionnelle... Deviendrais-je en effet professeure de littérature pour partager ma passion et mes connaissances face à des bancs vides? Avec la position actuelle du gouvernement, l'accessibilité aux études supérieures des étudiants de la classe moyenne est sérieusement mise en péril.

    Je vous demande une réponse concrète à mon cas particulier. Comme étudiante qui ne bénéficie pas du programme de Prêts et bourses du gouvernement, car mon père est trop riche. Il a un revenu moyen de 65 000 $ par année, nous sommes trois enfants dans ma famille. Dites-moi, Madame la Ministre, comment devrais-je faire pour subvenir à mes besoins tout en étudiant à temps plein? J'occupe trois emplois gouvernementaux, je travaille jour et nuit sur appel et la hausse des droits de scolarité n'est même pas encore entrée en vigueur. En tant qu'étudiante-travailleuse, je dois être disponible à l'emploi sept jours sur sept. J'accours à mes trois cours et je remets mes travaux à temps. Les fins de semaine, le temps des Fêtes et les vacances ne font pas partie de mon vocabulaire. Je travaille ou j'étudie.

    Alors, tenant compte de votre position gouvernementale, devrais-je songer à une réorientation professionnelle? Ou bien, accepter l'endettement moyen de 30 000 $ à la fin de mes études?

    Non, je n'abdique pas. Je suis contre le principe de marchandisation de notre éducation. Je suis contre la restriction de l'accessibilité aux citoyens moins nantis. Je suis contre la banalisation de l'endettement étudiant.

    L'éducation n'est pas un investissement, elle est un droit fondamental et elle permet aux individus de mieux comprendre et de mieux intégrer la société qu'ils habitent.

    ***

    Lucia Carballo, étudiante en lettres à l'UQAM
     
     
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