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    L'éducation n'est pas un droit

    5 mars 2012 |Frédéric Bastien - Professeur d'histoire au collège Dawson | Éducation
    Sur plusieurs affiches tapissant les murs du collège Dawson où j'enseigne et sur certaines pancartes brandies par les étudiants qui manifestent contre le dégel des droits de scolarité, on peut lire ces temps-ci que l'éducation est un «droit». On peut penser, comme c'est mon cas, que l'éducation est une chose fondamentale et prioritaire. Affirmer qu'il s'agit d'un droit constitue toutefois une mystification visant à intimider ceux qui s'opposent aux grèves étudiantes.

    Pour les grands philosophes des Lumières comme Locke, Hobbes et d'autres, les droits et libertés ont deux caractéristiques. D'abord, ils ont surtout un caractère défensif. Ainsi, le droit à l'intégrité physique nous protège de la violence du gouvernement et des autres. Pour être respecté, ce droit ne requiert de chacun qu'une attitude passive, celle de ne pas s'en prendre physiquement à son prochain.

    Un tel droit est aussi universel, ce qui constitue la deuxième caractéristique des libertés fondamentales. Tous en bénéficient de la même façon. Or ceci est impossible avec un «droit à l'éducation». Si celui-ci existait, il ne s'appliquerait qu'à une partie de la population, les bénéficiaires. Car l'éducation doit être fournie à ceux qui la reçoivent, ce qui signifie qu'il y a aussi des fournisseurs. Dès lors, le droit à l'éducation n'est pas universel et une proportion importante de personnes en est par définition privée.

    Dans la même veine, si quelque huit millions de Québécois bénéficiaient d'un tel droit, cela signifierait que tout le monde peut s'asseoir sur une chaise et réclamer d'un juge que son «droit à l'éducation» soit respecté. Le magistrat devrait alors ordonner au gouvernement comment réparer la violation du «droit à l'éducation» de chaque Québécois. Il devrait décider également quelles sommes à dépenser, où s'arrête le droit à l'éducation (primaire, secondaire, cégep ou université), et ainsi de suite. En somme, la justice se substituerait ici au ministre de l'Éducation et au Parlement élu par le peuple. Elle prendrait des décisions politiques et agirait de manière antidémocratique.

    Si le droit à l'éducation n'existe pas, pourquoi alors est-il invoqué par les étudiants qui s'opposent à la hausse des droits de scolarité? Il s'agit d'une façon de faire taire la partie adverse en érigeant ses objectifs politiques en absolu: un droit sacré, immanent et inviolable. On tente ainsi de museler ceux qui osent penser qu'un gouvernement élu démocratiquement a la légitimité nécessaire pour exiger une contribution financière accrue des étudiants.

    ***

    Frédéric Bastien - Professeur d'histoire au collège Dawson












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