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    La Chaire en relations ethniques - Le pluralisme impose plus d'un défi à l'éducation québécoise

    «Il y a eu un surinvestissement de ressources dans la question des accommodements raisonnables»

    25 février 2012 | Benoit Rose | Éducation
    La réussite scolaire des élèves issus de l’immigration, leur apprentissage du français et leur transition vers le marché du travail sont des préoccupations beaucoup plus importantes que celles concernant les accommodements raisonnables, selon Marie McAndrew, directrice de la Chaire en relations ethniques de l’Université de Montréal. <br />
    Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir La réussite scolaire des élèves issus de l’immigration, leur apprentissage du français et leur transition vers le marché du travail sont des préoccupations beaucoup plus importantes que celles concernant les accommodements raisonnables, selon Marie McAndrew, directrice de la Chaire en relations ethniques de l’Université de Montréal.
    Depuis la nomination de la professeure titulaire Marie McAndrew à sa direction, la Chaire en relations ethniques de l'Université de Montréal (CRE) oriente son programme de recherche autour du rôle de l'éducation dans le maintien et la transformation des rapports ethniques. Autrement dit, notre éducation nationale contribue-t-elle à réduire les frontières identitaires dans notre société, ou plutôt à les ériger? Favorise-t-elle le développement d'une société pluraliste, inclusive et égalitaire?

    Suivant trois axes de recherche, les travailleurs de la Chaire en relations ethniques s'interrogent autant sur le traitement des différentes minorités et civilisations dans nos manuels scolaires, sur le parcours des élèves issus de l'immigration, que sur la pertinence de nos politiques et de nos pratiques en tant que «majorité fragile», selon l'expression tirée du récent ouvrage de la titulaire. Un vaste programme, donc, qui inclut des études comparatives avec l'étranger et des collaborations internationales entre chercheurs, et, au final, la volonté nette d'éclairer les décideurs dans leur prise de décisions et d'alimenter en information pertinente les débats publics.

    Spécialiste de l'éducation interculturelle et de celle des minorités, Mme McAndrew possède une impressionnante feuille de route. Ancienne conseillère au ministère des Communautés culturelles et de l'Immigration du Québec, elle a contribué à l'énoncé de politique en matière d'immigration et d'intégration intitulé Au Québec pour bâtir ensemble. Elle a notamment coordonné le Groupe de recherche sur l'ethnicité et l'adaptation au pluralisme en éducation (GREAPE). Elle siège aussi au Comité consultatif sur l'intégration et l'accommodement raisonnable en milieu scolaire.

    Trop accommodant!


    «Je trouve qu'il y a eu un surinvestissement de ressources dans la question des accommodements raisonnables par rapport à son importance, de souligner la titulaire. La réussite scolaire des élèves issus de l'immigration, leur apprentissage du français et leur transition vers le marché du travail sont des préoccupations beaucoup plus importantes. Nous pensons que c'est là que se négocient les relations ethniques.»

    À ce chapitre, ce sont les jeunes originaires de l'Asie du Sud qui cumulent le plus de facteurs compromettant leur intégration au Québec: ce sont en général des allophones anglophiles, ils viennent de communautés fortement défavorisées et se trouvent souvent dans une situation de conflit de valeurs entre leur famille et leur école. Ils ont visiblement de grandes difficultés à réussir leurs études. Les Antillais et les Latinos-Américains figurent aussi parmi les populations les plus à risque.

    «Nous avons travaillé avec le ministère afin que les portraits en matière de réussite scolaire des immigrants soient moins généraux, explique Mme McAndrew. De nombreuses distinctions entre les différents groupes ont été apportées au cours de la dernière décennie.» La Chaire a suivi des cohortes d'élèves sur sept ans et s'est penchée davantage sur les différences entre les immigrants de première génération et leurs cadets. En définissant mieux son profil, on peut agir de façon plus adéquate pour le cheminement d'un élève.

    Déséquilibre


    La CRE a aussi jeté, au cours des dernières années, un regard sur nos manuels scolaires pour y observer le traitement réservé à la communauté juive et au monde musulman. On a analysé les livres d'histoire et d'éducation à la citoyenneté. «Ce traitement s'est beaucoup amélioré dans le programme occidental. Par contre, la présence des musulmans au Québec est globalement peu traitée. On se limite trop au voile et aux accommodements raisonnables, de façon disons mono-obsessive. Et on ne fait pas vraiment de lien entre l'Holocauste et la communauté juive d'ici. Mais on est en train de développer du matériel complémentaire pour les enseignants.»

    Évidemment, le manuel du nouveau cours d'éthique et de culture religieuse a aussi été parcouru, mais les données sont encore préliminaires. La titulaire peut toutefois déjà affirmer que le niveau de complexité et de nuance est clairement supérieur dans le traitement des autres cultures et religions du monde. On avance, donc.

    Pluralisme

    Dans son dernier ouvrage, Les majorités fragiles et l'éducation: Belgique, Catalogne, Irlande du Nord, Québec, Mme McAndrew aborde le thème de l'adaptation du système scolaire au pluralisme dans les sociétés où plus d'un groupe peut prétendre au statut de majorité sociologique. Elle se penche sur ce rapport à «l'autre majoritaire» chez les Québécois, les Flamands, les Catalans et les Nord-Irlandais, mais aussi sur leur rapport à la nouvelle immigration.

    «Dans la plupart des cas, moins chez les Catalans, les structures scolaires demeurent marquées par les clivages entre les deux communautés historiques. Il y a un degré assez poussé de ségrégation entre elles. Malgré les initiatives de rapprochement, dans une société où il n'y a pas de violence, les gens préfèrent une douce indifférence réciproque.»

    On remarque toutefois des avancées significatives vers la nouvelle immigration. Les sociétés à majorité fragile concentrent même des ressources très importantes à l'apprentissage de la langue chez les immigrants et offrent des services plus exhaustifs et plus universels. Malgré que s'exprime chez elles «un hiatus entre acquis et perceptions» et que persiste un certain sentiment de vulnérabilité, nous dit Mme McAndrew, «rien ne nous montre qu'a priori on est moins ouvert».

    La Chaire continue chaque année de développer ses liens avec d'autres établissements et chercheurs dans son domaine, tant au niveau national qu'international. Récemment, des collaborations ont été rendues possibles avec des partenaires en Flandre, au Liban, au Brésil et en Inde. Elle fait aussi partie des chaires associées au Centre d'études ethniques des universités montréalaises (CEETUM), dédié à la recherche interdisciplinaire, à l'animation scientifique et à la diffusion des connaissances. Elle maintient la diffusion de ses résultats par la participation de ses chercheurs à divers événements publics et à travers la publication d'articles et d'ouvrages.

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