Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?
Abonnez-vous!
Publicité

Libre opinion - J'ai un iPhone, donc je suis?

23 février 2012 | Jasmine Raymond-Drainville, étudiante au baccalauréat en enseignement au secondaire, à l'UQTR | Éducation
Je suis étudiante à l'université. J'ai un téléphone intelligent et une voiture. Mes parents m'apportent une aide financière, je n'ai aucun problème d'argent et je suis admissible à l'aide financière aux études. Je m'appelle Jasmine Raymond-Drainville et je suis totalement contre la hausse des droits de scolarité prévue de 2012 à 2017.

J'entends déjà des gens me dire que je n'ai pas à me prononcer sur la question de la hausse, puisque cette dernière ne me concerne pas. Je vous arrête immédiatement. J'en ai assez de me faire juger par ces personnes qui croient que le fait de posséder un téléphone intelligent m'empêche de voir les choses telles qu'elles sont; que si j'ai assez d'argent pour remplir le réservoir d'essence de ma voiture, je n'ai pas à me plaindre de cette hausse, qui ne m'affectera pas.

Vous avez raison: les 325 dollars de plus à payer par session pendant cinq ans ne m'empêcheront pas de manger. Cependant, il est important de comprendre le principe qui guide mes réflexions.

Le voici: les personnes contre la hausse se divisent en deux catégories, la première étant composée des étudiants qui ont peur pour leur portefeuille, et la seconde, des Québécois qui s'inquiètent de l'avenir de l'éducation dans notre province. Inutile de vous dire que je fais partie de la deuxième catégorie. Même si mes parents étaient multimilliardaires, je serais farouchement opposée à toute augmentation des droits de scolarité, car tout le monde n'a pas la chance que j'ai d'avoir des parents ayant les moyens de payer pour leur éducation, ni celle de pouvoir bénéficier de l'aide du gouvernement.

À mon avis, la vraie question ne réside pas dans les chiffres. La vraie question en est une de valeurs et de vision de l'éducation. Ma réponse à cette question, peu importe la manière dont elle est formulée: je refuse que l'éducation soit considérée comme un service ou un bien de consommation comme l'est mon abominable téléphone cellulaire, qui, selon plusieurs, m'empêche de réfléchir.

D'ailleurs, je tiens à ouvrir une parenthèse pour mentionner que cet horrible outil technologique me sert de téléphone de maison et que je prends l'autobus pour mes déplacements quotidiens. Vous voyez donc que je ne suis pas aussi irréfléchie qu'il vous semblait au début de cet article et que je suis capable de raisonner logiquement. Oui, j'ai des valeurs et des convictions. Fermeture de la parenthèse.

La hausse ne me touchera qu'en partie puisque, dans cinq ans, j'aurai terminé mon baccalauréat et j'ose espérer que j'aurai un emploi relié à mon domaine d'études. Sans doute avez-vous envie de me dire de cesser de me plaindre le ventre plein puisque, justement, j'ai assez d'argent pour bien manger sans me soucier de ma facture universitaire. Vous vous retenez sans doute de me dire d'arrêter de pleurer, puisque mes études ne sont pas en péril.

Sachez que je pleure quand même.

Je pleure pour vos enfants qui n'auront pas le temps de le faire, trop occupés qu'ils seront à travailler à temps plein pendant leurs études pour essayer de payer leurs droits de scolarité.

Je pleure pour mes futurs élèves parce qu'ils auront besoin de bien plus de larmes que celles que leur corps peut produire pour arriver à se consoler de ne pas pouvoir décrocher l'emploi auquel ils aspirent présentement, à cause de l'éducation à accessibilité limitée.

Mais surtout, je pleure déjà pour mes enfants, puisque si la hausse devient bel et bien effective en septembre, je n'aurai pas assez d'une vie pour évacuer toute la frustration que je ressentirai lorsque je les verrai abandonner leurs rêves, faute de ressources financières. Vous pensez que j'exagère? Absolument pas. Je pèse mes mots.

Puisqu'il n'existe sur mon iPhone aucune application pour contrer la hausse des droits de scolarité et comme mon économique Toyota Echo ne roule pas assez vite pour que je puisse fuir notre ministre de l'Éducation, dont j'ai horriblement honte, je me contente de vous demander de réfléchir à vos valeurs, à l'éducation et aux futures générations.

S'il vous plaît.

***

Jasmine Raymond-Drainville, étudiante au baccalauréat en enseignement au secondaire, à l'UQTR
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer
Publicité
Articles les plus : Commentés|Aimés
Blogues
Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel