Gouvernance en éducation - Un réaménagement structurel est-il souhaitable?
«Le réseau québécois de l'éducation est le plus performant de toute la Francophonie»
En 1992, lors du discours inaugural de la session d'hiver de l'Assemblée nationale, le gouvernement québécois a introduit pour la première fois l'idée d'une gestion axée sur les résultats, en annonçant son intention de revoir l'organisation de l'administration publique québécoise «avec des objectifs renouvelés de productivité et d'équité des services publics».
Depuis 1992, plusieurs réformes organisationnelles ont été amorcées au Québec, avec en tête l'idée de «résultats», notamment en éducation. Si nombreux sont ceux à croire que le réseau de l'éducation québécois nécessite toujours une importante réorganisation structurelle, laquelle pourrait notamment se traduire par l'abolition des commissions scolaires, des intervenants du milieu croient qu'il vaudrait mieux miser sur le système en place.
Professeur titulaire à l'Université de Sherbrooke, au Département de la gestion de l'éducation et de la formation, Guy Pelletier s'intéresse au système d'éducation québécois et plus particulièrement à sa gouvernance depuis plus de 30 ans. D'après l'homme, les Québécois ont tendance à entretenir une relation trouble avec leur système d'éducation et ne sont pas suffisamment conscients de la valeur de celui-ci.
Valoriser l'éducation
Aussi, selon M. Pelletier, s'il souhaite réellement con-tribuer à la réussite scolaire de ses élèves, le Québec aurait davantage intérêt à trouver les moyens de valoriser l'éducation et la profession enseignante, plutôt qu'à envisager un réaménagement structurel de son système.
«Au Québec, on a souvent l'impression qu'on est dans un système qui est en crise, mais ce n'est pas du tout le cas, il est en bonne santé! Le système évolue bien, il se compare très bien au niveau international, notamment dans les enquêtes PISA, et il améliore régulièrement son taux de diplomation. Oui, il y a toujours place à l'amélioration, mais est-ce que c'est en s'attaquant aux structures du système, en abolissant les commissions scolaires, comme le suggère la Coalition avenir Québec (CAQ) par exemple, qu'on aidera les élèves québécois à mieux réussir? Ça, j'en doute», soutient le professeur.
Dans le même esprit, Josée Bouchard, présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ), ajoute qu'abolir les commissions scolaires ou leur apporter de lourds changements structurels risquerait non seulement d'engendrer des coûts supplémentaires, plutôt que de les diminuer, mais également de compromettre la qualité des services offerts aux élèves.
«Le réseau québécois de l'éducation, en termes de résultats scolaires, est le plus performant de toute la Francophonie! Nous nous classons au cinquième rang de tous les pays de l'OCDE. En plus de ça, les coûts de gestion des commissions scolaires, qui sont de 5,5 %, sont les plus bas de tout le réseau public et parapublic. Quand des partis politiques disent qu'ils vont améliorer le système d'éducation en apportant des changements à la gouvernance, notamment en abolissant les commissions scolaires, je ne peux m'empêcher de me dire qu'ils ne se posent pas les bonnes questions! Comment peut-on penser que les directions scolaires vont réussir à en faire plus, tout en dépensant moins, sans compromettre la qualité des services? Ça m'apparaît comme un non-sens», note Mme Bouchard.
Changement de politiques
Selon M. Pelletier, si le Québec est aussi confus quant à la gouvernance de son système d'éducation, c'est notamment parce que, depuis plusieurs années, il est confronté à un manque de vision à long terme de la part de ses politiciens. Plutôt que de mettre en place des politiques s'inscrivant dans la durée, souligne-t-il, les gouvernements ont tour à tour adopté une série de mesures centralisatrices puis décentralisatrices, lesquelles ont eu pour effet d'alourdir le système.
«Depuis une quinzaine d'années, pratiquement chaque fois qu'un nouveau ministre est arrivé en poste en éducation, il a proposé un projet dirigé différent de celui qui l'avait précédé. Il y a donc toute une série de mesures progressives qui ont été adoptées, mais qui eu ont un effet sédimentaire. On a maintenu en place les éléments des politiques antérieures, tout en en ajoutant de nouveaux. Le résultat, c'est qu'on a obtenu un empilement de règles, de procédures et de façons de faire qui n'étaient pas toujours compatibles et qui ont alourdi le fonctionnement général. Ç'a posé un problème de clairvoyance dans le pilotage du système», précise le spécialiste.
Pistes de solution
D'après M. Pelletier, la volonté d'abolir les commissions scolaires à travers la province témoigne de ce manque de vision à long terme. Selon lui, l'idée de supprimer l'instance locale la plus ancienne au pays — les gouvernements locaux scolaires ayant été créés en 1845, dix ans avant ceux qui allaient donner naissance aux municipalités — démon-tre le manque d'analyse derrière les politiques.
«Il faut que les politiciens arrêtent de vibrer à l'instant médiatique et qu'ils fassent un peu mieux leurs devoirs d'analyse. Au lieu de toujours suggérer des pratiques externes, on devrait peut-être mieux évaluer le génie des pratiques internes quotidiennes, les valoriser et les consolider», ajoute le professeur.
Partageant l'avis de M. Pelletier, la présidente de la FCSQ souligne que les commissions scolaires québécoises sont prêtes à faire leur part pour tenter de valoriser et d'améliorer le système de gouvernance et que, déjà, certains changements ont été amorcés.
Notamment, aux prochaines élections, le nombre d'élus scolaires sera réduit de moitié. Également, tous les présidents seront élus au suffrage universel. «À cela s'ajoute le plan d'action que nous avons adopté en octobre dernier, affirme Mme Bouchard. Il vise la reconnaissance de l'école publique, l'amélioration de la démocratie scolaire et la simplification de l'administration publique, c'est-à-dire l'allégement des structures afin de rendre les commissions scolaires plus efficaces et d'accroître l'autonomie des écoles.»
Cette simplification de l'administration publique pourrait notamment se concrétiser par le regroupement des services de formation professionnelle, des services aux entreprises ou des services de la paye. «On est en train d'étudier tout ça, dit Mme Bouchard. Il faut s'assurer que ça ne se fasse pas au détriment de la qualité des services qu'on offre aux élèves. On s'est donné deux ans pour le faire.»
Afin de valoriser la démocratie et d'augmenter le taux de participation des Québécois, la FCSQ aimerait également que les élections scolaires soient tenues au même moment que les élections municipales, comme c'est le cas partout ailleurs en Amérique du Nord.
«Malheureusement, pour diverses raisons, la proposition ne semble pas plaire aux municipalités, soulève Mme Bouchard. Malgré tout, on continue de penser que ce serait une excellente façon de démocratiser davantage le système de gouvernance.»
Pousser la réflexion
Une conférence sur la gouvernance scolaire sera tenue le 22 février prochain à Laval, dans le cadre du colloque de la Centrale des syndicats du Québec, intitulée «Quelle éducation voulons-nous pour le Québec?». Les conférenciers invités seront André Brassard, anciennement professeur titulaire au Département d'administration et fondements de l'éducation de l'Université de Montréal et aujourd'hui retraité, ainsi que Jean-Noël Grenier, professeur agrégé au Département des relations industrielles de l'Université Laval.
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Collaboratrice du Devoir
Depuis 1992, plusieurs réformes organisationnelles ont été amorcées au Québec, avec en tête l'idée de «résultats», notamment en éducation. Si nombreux sont ceux à croire que le réseau de l'éducation québécois nécessite toujours une importante réorganisation structurelle, laquelle pourrait notamment se traduire par l'abolition des commissions scolaires, des intervenants du milieu croient qu'il vaudrait mieux miser sur le système en place.
Professeur titulaire à l'Université de Sherbrooke, au Département de la gestion de l'éducation et de la formation, Guy Pelletier s'intéresse au système d'éducation québécois et plus particulièrement à sa gouvernance depuis plus de 30 ans. D'après l'homme, les Québécois ont tendance à entretenir une relation trouble avec leur système d'éducation et ne sont pas suffisamment conscients de la valeur de celui-ci.
Valoriser l'éducation
Aussi, selon M. Pelletier, s'il souhaite réellement con-tribuer à la réussite scolaire de ses élèves, le Québec aurait davantage intérêt à trouver les moyens de valoriser l'éducation et la profession enseignante, plutôt qu'à envisager un réaménagement structurel de son système.
«Au Québec, on a souvent l'impression qu'on est dans un système qui est en crise, mais ce n'est pas du tout le cas, il est en bonne santé! Le système évolue bien, il se compare très bien au niveau international, notamment dans les enquêtes PISA, et il améliore régulièrement son taux de diplomation. Oui, il y a toujours place à l'amélioration, mais est-ce que c'est en s'attaquant aux structures du système, en abolissant les commissions scolaires, comme le suggère la Coalition avenir Québec (CAQ) par exemple, qu'on aidera les élèves québécois à mieux réussir? Ça, j'en doute», soutient le professeur.
Dans le même esprit, Josée Bouchard, présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ), ajoute qu'abolir les commissions scolaires ou leur apporter de lourds changements structurels risquerait non seulement d'engendrer des coûts supplémentaires, plutôt que de les diminuer, mais également de compromettre la qualité des services offerts aux élèves.
«Le réseau québécois de l'éducation, en termes de résultats scolaires, est le plus performant de toute la Francophonie! Nous nous classons au cinquième rang de tous les pays de l'OCDE. En plus de ça, les coûts de gestion des commissions scolaires, qui sont de 5,5 %, sont les plus bas de tout le réseau public et parapublic. Quand des partis politiques disent qu'ils vont améliorer le système d'éducation en apportant des changements à la gouvernance, notamment en abolissant les commissions scolaires, je ne peux m'empêcher de me dire qu'ils ne se posent pas les bonnes questions! Comment peut-on penser que les directions scolaires vont réussir à en faire plus, tout en dépensant moins, sans compromettre la qualité des services? Ça m'apparaît comme un non-sens», note Mme Bouchard.
Changement de politiques
Selon M. Pelletier, si le Québec est aussi confus quant à la gouvernance de son système d'éducation, c'est notamment parce que, depuis plusieurs années, il est confronté à un manque de vision à long terme de la part de ses politiciens. Plutôt que de mettre en place des politiques s'inscrivant dans la durée, souligne-t-il, les gouvernements ont tour à tour adopté une série de mesures centralisatrices puis décentralisatrices, lesquelles ont eu pour effet d'alourdir le système.
«Depuis une quinzaine d'années, pratiquement chaque fois qu'un nouveau ministre est arrivé en poste en éducation, il a proposé un projet dirigé différent de celui qui l'avait précédé. Il y a donc toute une série de mesures progressives qui ont été adoptées, mais qui eu ont un effet sédimentaire. On a maintenu en place les éléments des politiques antérieures, tout en en ajoutant de nouveaux. Le résultat, c'est qu'on a obtenu un empilement de règles, de procédures et de façons de faire qui n'étaient pas toujours compatibles et qui ont alourdi le fonctionnement général. Ç'a posé un problème de clairvoyance dans le pilotage du système», précise le spécialiste.
Pistes de solution
D'après M. Pelletier, la volonté d'abolir les commissions scolaires à travers la province témoigne de ce manque de vision à long terme. Selon lui, l'idée de supprimer l'instance locale la plus ancienne au pays — les gouvernements locaux scolaires ayant été créés en 1845, dix ans avant ceux qui allaient donner naissance aux municipalités — démon-tre le manque d'analyse derrière les politiques.
«Il faut que les politiciens arrêtent de vibrer à l'instant médiatique et qu'ils fassent un peu mieux leurs devoirs d'analyse. Au lieu de toujours suggérer des pratiques externes, on devrait peut-être mieux évaluer le génie des pratiques internes quotidiennes, les valoriser et les consolider», ajoute le professeur.
Partageant l'avis de M. Pelletier, la présidente de la FCSQ souligne que les commissions scolaires québécoises sont prêtes à faire leur part pour tenter de valoriser et d'améliorer le système de gouvernance et que, déjà, certains changements ont été amorcés.
Notamment, aux prochaines élections, le nombre d'élus scolaires sera réduit de moitié. Également, tous les présidents seront élus au suffrage universel. «À cela s'ajoute le plan d'action que nous avons adopté en octobre dernier, affirme Mme Bouchard. Il vise la reconnaissance de l'école publique, l'amélioration de la démocratie scolaire et la simplification de l'administration publique, c'est-à-dire l'allégement des structures afin de rendre les commissions scolaires plus efficaces et d'accroître l'autonomie des écoles.»
Cette simplification de l'administration publique pourrait notamment se concrétiser par le regroupement des services de formation professionnelle, des services aux entreprises ou des services de la paye. «On est en train d'étudier tout ça, dit Mme Bouchard. Il faut s'assurer que ça ne se fasse pas au détriment de la qualité des services qu'on offre aux élèves. On s'est donné deux ans pour le faire.»
Afin de valoriser la démocratie et d'augmenter le taux de participation des Québécois, la FCSQ aimerait également que les élections scolaires soient tenues au même moment que les élections municipales, comme c'est le cas partout ailleurs en Amérique du Nord.
«Malheureusement, pour diverses raisons, la proposition ne semble pas plaire aux municipalités, soulève Mme Bouchard. Malgré tout, on continue de penser que ce serait une excellente façon de démocratiser davantage le système de gouvernance.»
Pousser la réflexion
Une conférence sur la gouvernance scolaire sera tenue le 22 février prochain à Laval, dans le cadre du colloque de la Centrale des syndicats du Québec, intitulée «Quelle éducation voulons-nous pour le Québec?». Les conférenciers invités seront André Brassard, anciennement professeur titulaire au Département d'administration et fondements de l'éducation de l'Université de Montréal et aujourd'hui retraité, ainsi que Jean-Noël Grenier, professeur agrégé au Département des relations industrielles de l'Université Laval.
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Collaboratrice du Devoir









