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    Investir est rentable - Pourquoi pas la meilleure école au monde?

    18 février 2012 |Claude Lafleur | Éducation
    Camil Bouchard, professeur associé à l’UQAM<br />
    Photo: - Archives Le Devoir Camil Bouchard, professeur associé à l’UQAM
    Ces vingt dernières années, le Québec a fait reculer la pauvreté chez les enfants de façon remarquable, constate Camil Bouchard, professeur associé à l'UQAM et coauteur du célèbre rapport Un Québec fou de ses enfants, publié en 1992. Il est toutefois «grand temps qu'on s'occupe de nos adolescents», dit-il. Celui qui a rêvé de devenir ministre de l'Éducation lance même un défi: pourquoi ne pas faire de notre système scolaire l'un des meilleurs au monde?

    «La question de la pauvreté occupe le chapitre central de notre rapport, rappelle celui qui a présidé le Groupe de travail pour les jeunes, puisque c'est le déterminant le plus lourd dans ce que vivent les enfants. Nous proposions même de réduire de 50 % la pauvreté chez les enfants dans les dix années suivant la publication du rapport.»

    Depuis vingt ans, poursuit Camil Bouchard, il y a eu des avancés extraordinaires dans les politiques de lutte contre la pauvreté grâce, en bonne partie, à la mise sur pied des centres de la petite enfance, des congés parentaux et de la perception automatique des pensions alimentaires.

    «La création des CPE a ainsi permis à 75 000 mères de revenir sur le marché du travail, souligne-t-il, et notamment aux mères monoparentales de se sortir de la pauvreté.» Ce faisant, elles sont devenues des con-sommatrices (qui paient donc des taxes) et des contribuables (qui paient des impôts).

    C'est ainsi que les économistes Pierre Fortin, Luc Godbout et Suzie Saint-Cerny ont récemment montré que, pour un investissement de deux milliards de dollars par année, les programmes de soutien à la petite enfance et de conciliation travail-famille rapportent 2,5 milliards par année en impôts directs et indirects, en taxes et en diminution des prestations d'assurance emploi ou d'aide sociale... sans compter les bienfaits apportés aux enfants.

    En outre, les parents de bébés ont désormais accès aux congés parentaux, «ce qui est une avancée extraordinaire, considère Camil Bouchard, puisque cela permet de façonner des liens d'attachement entre les parents et l'enfant. Et un congé exclusif au père est aussi une avancée extraordinaire!»

    De même, la perception automatique des pensions alimentaires a eu un impact considérable sur la diminution de la pauvreté chez les femmes monoparentales. «À l'époque où nous avons publié notre rapport, à peine 28 % des pensions alimentaires étaient versées aux femmes, rapporte M. Bouchard, alors que maintenant on est autour de 90 %.»

    De plus, ces dernières années, le gouvernement a reformaté les allocations familiales de façon que les familles à très bas revenu disposent de plus d'argent. Il a aussi institué une prime à l'emploi qui comble la différence entre le revenu d'une personne qui travaille à temps plein et le seuil de pauvreté.

    «Il y a donc toutes sortes de mesures qui font en sorte qu'on a réussi au Québec à réduire la pauvreté chez les jeunes enfants de près de 50 % au cours des quinze dernières années, ce qui est énorme, résume le chercheur universitaire. Le Québec est en fait le seul endroit en Amérique du Nord où cela est arrivé!»

    Remédier au décrochage scolaire

    Camil Bouchard constate en outre qu'on parle généralement du décrochage scolaire à tort et à travers, «puisqu'on n'a jamais les bons chiffres».

    «On dit par exemple qu'on a un taux de décrochage de près de 30 %, ce qui est faux, tranche-t-il. En fait, ce sont plutôt de 26 à 30 % des élèves qui ne terminent pas leurs études secondaires dans les cinq années prévues, ce qui n'est pas la même chose. Notre vrai taux de décrochage avoisine les 17 à 18 % de jeunes qui n'obtiendront jamais leur diplôme d'études secondaires. Or, au début des années 1980, on avait un taux de décrochage de près de 40 %.»

    Pour que les jeunes persévèrent jusqu'au terme de la 5e secondaire, il faut les faire se sentir indispensables à leur communauté et à leur école, préconise le chercheur. «Il faut donc que tous les jeunes deviennent des acteurs appréciés dans leur milieu de vie, dit-il, ce qui augmentera la probabilité qu'ils demeurent accrochés à la communauté. Il faudrait donc augmenter, et vraiment de beaucoup, toutes les offres d'activités parascolaires et que celles-ci soient reconnues par l'école.»

    Alors que, dans les pays de l'OCDE, 38 % des diplômes octroyés aux jeunes de moins de 24 ans le sont pour une formation professionnelle, au Québec, la proportion n'est que 10 %. On sait aussi que l'un des rites de passage les plus importants de notre société est celui de la graduation à la fin du secondaire, d'où l'importance accordée au fameux bal des finissants.

    «Notre problème, constate Camil Bouchard, c'est qu'on tient un double message. Nous cherchons à valoriser la formation professionnelle, mais, en maintenant les jeunes au secondaire, on ne leur reconnaît pas le statut d'adulte — de collégiens — ce qui vient diminuer considérablement l'attrait pour eux de la formation professionnelle. Il faudrait donc que celle-ci donne accès à un diplôme collégial.»

    Viser la meilleure école au monde?

    Lorsque Camil Bouchard est entré en politique en 2003, il rêvait de devenir ministre de l'Éducation. «Je pense qu'on bon ministre de l'Éducation doit être un ambitieux ou une ambitieuse, lance-t-il. Simplement se donner pour horizon de faire diminuer le taux de décrochage, c'est beau, mais il faut regarder plus loin que cela. Je pense qu'on devrait se donner pour objectif de créer la meilleure école au monde!»

    «C'est vrai!, insiste-t-il. Il faut qu'on engage la société dans l'objectif de devenir les meilleurs, et non pas les moins pires! Et nous n'en sommes pas loin, puisque nos élèves se classent toujours dans les dix meilleurs pays au niveau international. Il ne nous manque donc pas grand-chose pour rivaliser avec la Finlande ou la Norvège. Et, en visant de figurer parmi les meilleurs au monde, on n'aurait plus à se soucier du décrochage, puisque tout le système s'améliorerait!»

    ***

    Collaborateur du Devoir












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