Enjeux en éducation - Le marketing politique génère-t-il un réel débat?
«Le gouvernement est un lieu d'action, pas de réflexion»
Lors de son Rendez-vous de l'éducation 2012, la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) organise une conférence sur les enjeux politiques en éducation: marketing politique ou véritables débats?
Les enjeux sont nombreux et lourds de conséquences en éducation. Les politiciens doivent prendre des décisions. Comment y arrivent-ils? Privilégient-ils les solutions basées sur la recherche ou les solutions à court terme qui sont politiquement rentables?
Jean-Pierre Proulx, journaliste spécialisé en éducation et professeur à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal, aujourd'hui retraité, croit qu'on fait à la fois de réels débats et du marketing politique avec les enjeux d'éducation.
«Tout le monde fait du marketing: le ministère de l'Éducation, les commissions scolaires, les écoles privées, les syndicats, les partis politiques, etc. Le marketing, ce n'est pas en soi une mauvaise chose», affirme-t-il.
Il suggère de regarder la définition de «marketing». Le Grand Dictionnaire terminologique écrit: «Ensemble des principes, des techniques et des méthodes qui ont pour objectif de prévoir, constater ou stimuler les besoins du marché en vue d'adapter en conséquence la production et la commercialisation de biens et services pouvant répondre aux besoins ainsi déterminés.»
Le marché de l'éducation
«Si on considère l'éducation comme un marché, ce que fait d'ailleurs le milieu de l'éducation, il faut chercher à offrir des produits éducatifs qui répondent aux besoins. C'est une façon de concevoir le monde de l'éducation. Je ne dis pas que c'est la meilleure, mais c'est celle qu'on a surtout depuis le milieu des années 80», affirme Jean-Pierre Proulx, qui participera à la conférence organisée par la CSQ.
Y a-t-il un lien à faire entre le développement du marketing en éducation et le développement du réseau des écoles privées?
«Bien sûr, affirme-t-il. La crise de confiance envers l'école publique et le développement des écoles privées vont ensemble, et c'est ce qui a amené le développement du marketing scolaire. On s'est mis à essayer de voir les besoins. Les parents veulent ceci, les parents veulent cela. Ensuite, on a développé des produits.»
Un élément qui illustre bien le développement du marketing dans le milieu de l'éducation est la montée des sondages dans le domaine, d'après Jean-Pierre Proulx. Il travaille sur la question depuis plusieurs années. Qui sont les clients de ces firmes de sondage?
«Le ministère de l'Éducation, des syndicats, des partis politiques, des commissions scolaires, tous ceux qui veulent savoir quel produit répondrait le mieux à la clientèle. On fait aussi des sondages pour connaître le degré de satisfaction. Ce n'est pas mauvais de s'assurer que le produit réponde aux attentes», affirme M. Proulx.
Des débats plus ou moins grand public
Jean-Pierre Proulx est convaincu que le marketing scolaire n'empêche pas le débat. «Le débat se fait en parallèle, affirme-t-il. Le gouvernement en place peut écouter et, parfois, il relance le débat de façon lapidaire. Toutefois, le gouvernement est un lieu d'action, pas de réflexion.»
Il donne l'exemple de l'anglais intensif en sixième année. «Depuis des années, on sait que les parents ont des attentes très fortes pour que leurs enfants deviennent bilingues. Dans les universités, plusieurs études ont été faites sur l'âge idéal de l'apprentissage d'une langue seconde. Le débat se fait également depuis des années dans les médias et dans les colloques spécialisés. À un moment donné, un parti politique s'est positionné et le débat est entré dans l'arène politique. L'Assemblée nationale est aussi un lieu de débat. L'anglais en sixième année fait l'objet d'un débat constant.»
Jean-Pierre Proulx remarque toutefois que certains débats se font moins que d'autres. «Par exemple, l'abolition des commissions scolaires. Le Conseil supérieur de l'éducation a déjà publié un avis là-dessus et des colloques ont abordé la question, mais c'est un débat moins grand public.»
L'exemple du financement
Martine Desjardins, présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), s'intéresse à la question du financement de l'enseignement postsecondaire. Elle croit que, dans le domaine, le débat véritable ne se fait pas.
«À peu près tous les partis politiques, depuis le rapport Parent, ont proposé de rehausser la qualité des universités en réinvestissant, affirme-t-elle. Ensuite, les gens s'attendent à ce que, dès qu'on met plus d'argent, la qualité augmente. Mais ce n'est pas vrai.»
Elle croit qu'on ne pose pas la question de savoir quels sont les véritables besoins. «Il faut lancer le débat avec la communauté universitaire, les chargés de cours, les professeurs. Il faut aller voir la recherche qui se fait», affirme Mme Desjardins, qui participera également à la conférence.
Une question qu'elle aimerait qu'on se pose avant de réinvestir est de savoir si les diplômés sont formés à la hauteur de ce qu'on voudrait.
«Ensuite, selon les objectifs fixés, on se demandera si les 5,5 milliards que les universités du Québec dépensent chaque année sont suffisants. On ne pose pas ce genre de question. Généralement, les politiciens disent qu'ils veulent augmenter le financement, mais ils ne disent pas ce qu'ils feraient avec ça», affirme Martine Desjardins, également étudiante au doctorat en éducation à l'UQAM.
Le consensus social
Président du Groupe ministériel de travail sur la place de la religion à l'école, de 1997 à 1999, Jean-Pierre Proulx connaît bien le fonctionnement de l'appareil politique. Il ne nie pas que, parfois, un parti politique lance une idée rentable à court terme.
«Toutefois, généralement, le débat se fait pour les enjeux profonds. Mais les débats n'arrivent pas tous à maturité en même temps», précise M. Proulx.
Il donne l'exemple de Claude Ryan qui a lancé l'idée en 1969, dans Le Devoir, de déconfessionnaliser les commissions scolaires pour en faire des commissions linguistiques.
«C'est seulement en 1988 qu'on a eu la loi pour créer les commissions scolaires linguistiques, indique M. Proulx. Chaque dossier a besoin de temps pour arriver à un consensus social suffisamment grand pour qu'un parti politique passe à l'action. Entre-temps, chacun a sa stratégie marketing, et c'est normal. La vie démocratique fonctionne comme ça.»
***
Collaboratrice du Devoir
Les enjeux sont nombreux et lourds de conséquences en éducation. Les politiciens doivent prendre des décisions. Comment y arrivent-ils? Privilégient-ils les solutions basées sur la recherche ou les solutions à court terme qui sont politiquement rentables?
Jean-Pierre Proulx, journaliste spécialisé en éducation et professeur à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal, aujourd'hui retraité, croit qu'on fait à la fois de réels débats et du marketing politique avec les enjeux d'éducation.
«Tout le monde fait du marketing: le ministère de l'Éducation, les commissions scolaires, les écoles privées, les syndicats, les partis politiques, etc. Le marketing, ce n'est pas en soi une mauvaise chose», affirme-t-il.
Il suggère de regarder la définition de «marketing». Le Grand Dictionnaire terminologique écrit: «Ensemble des principes, des techniques et des méthodes qui ont pour objectif de prévoir, constater ou stimuler les besoins du marché en vue d'adapter en conséquence la production et la commercialisation de biens et services pouvant répondre aux besoins ainsi déterminés.»
Le marché de l'éducation
«Si on considère l'éducation comme un marché, ce que fait d'ailleurs le milieu de l'éducation, il faut chercher à offrir des produits éducatifs qui répondent aux besoins. C'est une façon de concevoir le monde de l'éducation. Je ne dis pas que c'est la meilleure, mais c'est celle qu'on a surtout depuis le milieu des années 80», affirme Jean-Pierre Proulx, qui participera à la conférence organisée par la CSQ.
Y a-t-il un lien à faire entre le développement du marketing en éducation et le développement du réseau des écoles privées?
«Bien sûr, affirme-t-il. La crise de confiance envers l'école publique et le développement des écoles privées vont ensemble, et c'est ce qui a amené le développement du marketing scolaire. On s'est mis à essayer de voir les besoins. Les parents veulent ceci, les parents veulent cela. Ensuite, on a développé des produits.»
Un élément qui illustre bien le développement du marketing dans le milieu de l'éducation est la montée des sondages dans le domaine, d'après Jean-Pierre Proulx. Il travaille sur la question depuis plusieurs années. Qui sont les clients de ces firmes de sondage?
«Le ministère de l'Éducation, des syndicats, des partis politiques, des commissions scolaires, tous ceux qui veulent savoir quel produit répondrait le mieux à la clientèle. On fait aussi des sondages pour connaître le degré de satisfaction. Ce n'est pas mauvais de s'assurer que le produit réponde aux attentes», affirme M. Proulx.
Des débats plus ou moins grand public
Jean-Pierre Proulx est convaincu que le marketing scolaire n'empêche pas le débat. «Le débat se fait en parallèle, affirme-t-il. Le gouvernement en place peut écouter et, parfois, il relance le débat de façon lapidaire. Toutefois, le gouvernement est un lieu d'action, pas de réflexion.»
Il donne l'exemple de l'anglais intensif en sixième année. «Depuis des années, on sait que les parents ont des attentes très fortes pour que leurs enfants deviennent bilingues. Dans les universités, plusieurs études ont été faites sur l'âge idéal de l'apprentissage d'une langue seconde. Le débat se fait également depuis des années dans les médias et dans les colloques spécialisés. À un moment donné, un parti politique s'est positionné et le débat est entré dans l'arène politique. L'Assemblée nationale est aussi un lieu de débat. L'anglais en sixième année fait l'objet d'un débat constant.»
Jean-Pierre Proulx remarque toutefois que certains débats se font moins que d'autres. «Par exemple, l'abolition des commissions scolaires. Le Conseil supérieur de l'éducation a déjà publié un avis là-dessus et des colloques ont abordé la question, mais c'est un débat moins grand public.»
L'exemple du financement
Martine Desjardins, présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), s'intéresse à la question du financement de l'enseignement postsecondaire. Elle croit que, dans le domaine, le débat véritable ne se fait pas.
«À peu près tous les partis politiques, depuis le rapport Parent, ont proposé de rehausser la qualité des universités en réinvestissant, affirme-t-elle. Ensuite, les gens s'attendent à ce que, dès qu'on met plus d'argent, la qualité augmente. Mais ce n'est pas vrai.»
Elle croit qu'on ne pose pas la question de savoir quels sont les véritables besoins. «Il faut lancer le débat avec la communauté universitaire, les chargés de cours, les professeurs. Il faut aller voir la recherche qui se fait», affirme Mme Desjardins, qui participera également à la conférence.
Une question qu'elle aimerait qu'on se pose avant de réinvestir est de savoir si les diplômés sont formés à la hauteur de ce qu'on voudrait.
«Ensuite, selon les objectifs fixés, on se demandera si les 5,5 milliards que les universités du Québec dépensent chaque année sont suffisants. On ne pose pas ce genre de question. Généralement, les politiciens disent qu'ils veulent augmenter le financement, mais ils ne disent pas ce qu'ils feraient avec ça», affirme Martine Desjardins, également étudiante au doctorat en éducation à l'UQAM.
Le consensus social
Président du Groupe ministériel de travail sur la place de la religion à l'école, de 1997 à 1999, Jean-Pierre Proulx connaît bien le fonctionnement de l'appareil politique. Il ne nie pas que, parfois, un parti politique lance une idée rentable à court terme.
«Toutefois, généralement, le débat se fait pour les enjeux profonds. Mais les débats n'arrivent pas tous à maturité en même temps», précise M. Proulx.
Il donne l'exemple de Claude Ryan qui a lancé l'idée en 1969, dans Le Devoir, de déconfessionnaliser les commissions scolaires pour en faire des commissions linguistiques.
«C'est seulement en 1988 qu'on a eu la loi pour créer les commissions scolaires linguistiques, indique M. Proulx. Chaque dossier a besoin de temps pour arriver à un consensus social suffisamment grand pour qu'un parti politique passe à l'action. Entre-temps, chacun a sa stratégie marketing, et c'est normal. La vie démocratique fonctionne comme ça.»
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Collaboratrice du Devoir







