Libre opinion - Aller plus loin que l'initiative de la FAE
La Fédération autonome de l'enseignement (FAE) annonçait le 31 janvier «avec fierté» qu'«un groupe de travail, composé d'enseignantes du primaire possédant plusieurs années d'expérience, a[vait] pendant près de six mois procédé à la révision en profondeur» du programme de français du premier cycle du primaire.
Voilà une excellente nouvelle. L'initiative démontre en effet que les enseignantes et les enseignants sont tout à fait capables d'exercer collectivement leur autonomie professionnelle à l'égard des programmes. Les syndicats d'enseignants réclamaient et réclament toujours du ministère de l'Éducation qu'il définisse lui-même la hiérarchie des connaissances à transmettre aux élèves. Ce faisant cependant, ils renoncent du coup à exercer cette autonomie qu'ils revendiquent par ailleurs à bon droit.
Je n'ai aucun doute sur le fait que les enseignantes et les enseignants sont les plus compétents pour élaborer les programmes d'étude. Je l'ai d'ailleurs dit aux membres de l'Alliance des professeurs de Montréal, le principal syndicat membre de la FAE, au cours d'une journée d'étude tenue en avril 2009 et où l'on m'avait invité.
Certes, depuis des lustres, les enseignants participent à l'élaboration des programmes sous la responsabilité première et dernière du ministère de l'Éducation. Mais ils travaillent dans l'ombre et ne sont pas imputables de leurs travaux. Aussi, le grand public et, je gage, une partie importante des enseignants ignorent leur apport en cette matière.
S'assumer
L'initiative de la FAE, tout intéressante qu'elle soit quant à son résultat, ne constitue toutefois pas la solution à long terme pour assurer l'autonomie professionnelle des enseignants en ce qui concerne la confection et la révision des programmes d'études. Ce n'est évidemment pas son rôle. Les enseignants et les enseignantes doivent clairement en devenir les maîtres d'oeuvre, dans le cadre d'une nouvelle institution, et être reconnus officiellement comme tels, sous réserve de la responsabilité ultime de l'État. La forme et les responsabilités précises que devrait prendre cette institution restent à élaborer et à débattre.
Chose sûre, ses membres devraient être choisis en étroite consultation avec les associations syndicales et professionnelles des enseignants, mais tout en garantissant qu'ils jouissent de l'indépendance nécessaire à l'exercice de leurs mandats. Elle devrait remplir ceux-ci dans la transparence et en consultation avec l'ensemble des enseignants, à travers les associations qui les représentent, tout comme avec les experts en didactique et l'appui du ministère de l'Éducation à qui elle serait ultimement imputable.
Si les enseignants veulent sortir de la grogne qui habite plusieurs d'entre eux à l'égard des programmes ministériels, il est temps que les professionnels qu'ils sont s'assument dans leur quête d'autonomie. Ce que la FAE vient de faire est un pas symbolique dans cette direction. Il reste beaucoup à faire.
***
Jean-Pierre Proulx - Journaliste et professeur retraité
Voilà une excellente nouvelle. L'initiative démontre en effet que les enseignantes et les enseignants sont tout à fait capables d'exercer collectivement leur autonomie professionnelle à l'égard des programmes. Les syndicats d'enseignants réclamaient et réclament toujours du ministère de l'Éducation qu'il définisse lui-même la hiérarchie des connaissances à transmettre aux élèves. Ce faisant cependant, ils renoncent du coup à exercer cette autonomie qu'ils revendiquent par ailleurs à bon droit.
Je n'ai aucun doute sur le fait que les enseignantes et les enseignants sont les plus compétents pour élaborer les programmes d'étude. Je l'ai d'ailleurs dit aux membres de l'Alliance des professeurs de Montréal, le principal syndicat membre de la FAE, au cours d'une journée d'étude tenue en avril 2009 et où l'on m'avait invité.
Certes, depuis des lustres, les enseignants participent à l'élaboration des programmes sous la responsabilité première et dernière du ministère de l'Éducation. Mais ils travaillent dans l'ombre et ne sont pas imputables de leurs travaux. Aussi, le grand public et, je gage, une partie importante des enseignants ignorent leur apport en cette matière.
S'assumer
L'initiative de la FAE, tout intéressante qu'elle soit quant à son résultat, ne constitue toutefois pas la solution à long terme pour assurer l'autonomie professionnelle des enseignants en ce qui concerne la confection et la révision des programmes d'études. Ce n'est évidemment pas son rôle. Les enseignants et les enseignantes doivent clairement en devenir les maîtres d'oeuvre, dans le cadre d'une nouvelle institution, et être reconnus officiellement comme tels, sous réserve de la responsabilité ultime de l'État. La forme et les responsabilités précises que devrait prendre cette institution restent à élaborer et à débattre.
Chose sûre, ses membres devraient être choisis en étroite consultation avec les associations syndicales et professionnelles des enseignants, mais tout en garantissant qu'ils jouissent de l'indépendance nécessaire à l'exercice de leurs mandats. Elle devrait remplir ceux-ci dans la transparence et en consultation avec l'ensemble des enseignants, à travers les associations qui les représentent, tout comme avec les experts en didactique et l'appui du ministère de l'Éducation à qui elle serait ultimement imputable.
Si les enseignants veulent sortir de la grogne qui habite plusieurs d'entre eux à l'égard des programmes ministériels, il est temps que les professionnels qu'ils sont s'assument dans leur quête d'autonomie. Ce que la FAE vient de faire est un pas symbolique dans cette direction. Il reste beaucoup à faire.
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Jean-Pierre Proulx - Journaliste et professeur retraité
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