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    Enseignement intensif de l'anglais au primaire - Un beau mirage pour les parents

    31 janvier 2012 |Luc Papineau, enseignant et coauteur du Grand mensonge de l'éducation | Éducation
    Depuis quelques mois, de nombreux enseignants du primaire publient dans les journaux des lettres pour exprimer leur mécontentement quant au projet d'anglais intensif à la fin de la sixième année. En tant qu'enseignant de français de première secondaire, je m'interroge sur les connaissances et les compétences de mes prochains élèves en français, mais aussi dans les autres matières, si on leur retire la moitié de leur dernière année du primaire pour la consacrer à l'enseignement de l'anglais.

    Je comprends mal aussi que bien des parents soient obnubilés par ce mirage d'enfants bilingues et oublient que ce projet du ministère de l'Éducation créera de nombreux problèmes avec lesquels ils devront vivre et dont, manifestement, ils sous-estiment la gravité.

    Ainsi, au cours de sa sixième année, un enfant aura donc au moins deux enseignants à tour de rôle. À ce que je sache, n'est-ce pas ces mêmes parents qui se plaignent du manque de stabilité du personnel enseignant?

    Et quelle formule sera retenue? Enseignera-t-on l'anglais pendant une demi-année? Si oui, quel impact cela aura-t-il sur les résultats aux examens de fin d'année pour les élèves finissant leur sixième en anglais? Ils seront nettement désavantagés par rapport à leurs collègues. Si l'on décide de fonctionner avec une demi-semaine linguistique, que fera-t-on dans le cas des écoles ayant un nombre impair de classes de sixième?

    Et, au fait, où trouvera-t-on les spécialistes pour enseigner la langue de Shakespeare à nos enfants quand le Québec connaît une pénurie d'enseignants dans ce domaine? Comme parent, accepterez-vous que l'enseignant de votre enfant pour une demi-année ne soit pas qualifié?

    Visées politiques


    Également, comment réagiront certains parents au stress que vivront leurs enfants qui n'auront qu'une demi-année de préparation pour les évaluations finales du primaire? Si vous êtes parent d'un enfant éprouvant déjà des difficultés scolaires, comment arriverez-vous à vous assurer que son rythme d'apprentissage soit respecté? Avec la réforme scolaire, on n'a pas cessé d'expliquer qu'il fallait tenir compte de ce rythme d'apprentissage et voilà tout à coup que le MELS coupe une demi-année d'enseignement sans penser que cela aura des impacts négatifs sur les clientèles fragiles ou en difficulté?

    Pour un ministère qui vise un taux de diplomation de 80 % des élèves et qui entend contrer le décrochage, est-ce une bonne formule que d'imposer l'anglais intensif à certains enfants qui n'ont aucun intérêt pour cette matière? Cette mesure devait-elle absolument être universelle et obligatoire? Il est paradoxal de voir le gouvernement mettre en place une telle mesure alors qu'on dénonce généralement davantage les lacunes des jeunes en français.

    Une chose que je sais pour avoir discuté avec des enseignants du primaire: peu d'entre eux voudront travailler en sixième année. En effet, quel prof voudra préparer des élèves à des examens en deux fois moins de temps? Quel prof voudra avoir deux groupes différents dans une même année alors que des collègues des années précédentes n'en auront qu'un seul? Il y a fort à parier que les postes de sixième reviendront à des gens qui n'en voudront pas ou qui n'auront pas une solide expérience du métier pour faire face à pareil défi. Encore une fois, comme parent, je serais inquiet.

    Au MELS, on répète à satiété que les enseignants sont des professionnels au jugement compétent. Il est regrettable cependant que les objections de ces derniers ne fassent pas le poids devant les visées politiques du gouvernement Charest et le point de vue de certains pédagogues.

    Je termine en soulignant à quel point je suis heureux que ma fille n'ait pas à connaître ce régime pédagogique et j'espère que les parents du Québec sauront voir au-delà de ce mirage pour comprendre les effets réels qu'aura ce projet sur bien des enfants. Que font les comités de parents? Que fait la Fédération des comités de parents du Québec? Il n'est pas trop tard pour agir.

    ***

    Luc Papineau, enseignant et coauteur du Grand mensonge de l'éducation












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