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Améliorer le système d'éducation québécois - La FSE déplore les mesures envisagées par la CAQ

14 janvier 2012 | Émilie Corriveau | Éducation
La Fédération des syndicats de l’enseignement conteste au moins trois des mesures proposées par François Legault, chef de la CAQ, pour améliorer le système d’éducation: la hausse de 20 % des salaires des enseignants, l’implantation d’un système d’évaluation des enseignants et l’abolition des 69 commissions scolaires actuelles.<br />
Photo : Clément Allard - Le Devoir La Fédération des syndicats de l’enseignement conteste au moins trois des mesures proposées par François Legault, chef de la CAQ, pour améliorer le système d’éducation: la hausse de 20 % des salaires des enseignants, l’implantation d’un système d’évaluation des enseignants et l’abolition des 69 commissions scolaires actuelles.
D'accord sur le fond, les syndicats de l'enseignement ne le sont pas du tout sur la formeTout en étant d'accord avec certains des objectifs fixés par François Legault et la Coalition avenir Québec en matière d'éducation, la Fédération des syndicats de l'enseignement se dit en profond désaccord quant aux moyens proposés par la CAQ pour y parvenir.

Reposant sur trois grandes orientations — la valorisation de l'éducation, la lutte contre le décrochage scolaire et l'allégement de la bureaucratie — le plan d'action de la Coalition avenir Québec (CAQ) formule plusieurs initiatives en matière d'éducation. Bien qu'elle se dise en accord avec les objectifs globaux fixés par François Legault et son équipe, la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE) déplore les mesures envisagées par la coalition pour y parvenir.

«Les trois orientations de la coalition, ce sont des orientations que nous portons aussi, confie Manon Bernard, présidente de la FSE. Nous souhaitons bien sûr que l'éducation et la profession enseignante soient davantage valorisées, que la lutte contre le décrochage soit poursuivie et que la bureaucratie scolaire soit moins lourde; c'est au niveau des moyens que le bât blesse.»

Parmi les mesures que la FSE juge discutables, Mme Bernard note d'emblée la hausse de 20 % des salaires des enseignants, censée contribuer à la revalorisation de l'éducation et de la profession enseignante, d'après la CAQ.

«Le salaire, ce n'est qu'une composante de la valorisation de la profession. C'est sûr qu'il faut que la rémunération soit à la hauteur des tâches effectuées, mais il n'y a pas que ça. Ce qui est le plus important pour les enseignants — et ça, on le voit dans les consultations qu'on fait — c'est une amélioration du soutien, des services et des ressources disponibles dans les écoles. Concrètement, ce que ça veut dire, c'est une réduction du nombre des élèves dans la classe, des ressources pour les élèves en difficulté, du matériel et un meilleur soutien», affirme Mme Bernard.

D'après la FSE, avec cette mesure, la coalition risque également de se buter à la Loi sur l'équité salariale. «Quand M. Legault dit qu'il va augmenter le salaire des enseignants de 20 %, on ne peut s'empêcher de se demander comment il va réussir à faire cadrer le tout avec la loi. Il y a déjà d'importants travaux qui ont été réalisés sur la rémunération des enseignants. Ces travaux-là visaient à établir une échelle de salaire juste et équitable pour tous. On voit mal comment M. Legault pourrait augmenter les salaires de 20 % sans aller à l'encontre de la loi», commente la présidente de la FSE.

L'évaluation des performances

En plus de remettre en question les hausses de salaire promises par la coalition, la FSE s'interroge sur l'intention de la CAQ d'implanter un système d'évaluation des enseignants pour mesurer leurs compétences et leur motivation.

D'après le plan de la coalition, l'évaluation des enseignants devrait être effectuée deux fois l'an par les directions d'école et porterait sur plusieurs dimensions, notamment le taux de réussite des élèves. L'enseignant qui n'atteindrait pas les objectifs formulés se verrait offrir la possibilité de suivre des stages de perfectionnement et de recevoir un mentorat. Si, à la suite de ces formations, ses performances n'étaient toujours pas concluantes, l'enseignant pourrait perdre son poste.

La FSE estime que ce système d'évaluation au mérite est susceptible de mener à certaines dérives. «Ce modèle-là, il a déjà été expérimenté ailleurs dans le monde et on est loin d'avoir réussi à démontrer son efficacité, relève Mme Bernard. Cette vision "comptable" se conjugue très mal avec l'éducation. Au lieu de favoriser la réussite du plus grand nombre, ça ouvre la porte à toutes sortes de dérives.»

La FSE ajoute que, en matière de formation des enseignants, le Québec a davantage besoin de ressources supplémentaires que de nouvelles structures d'évaluation et de perfectionnement.

«Actuellement, les enseignants veulent suivre des formations, mais ils manquent de temps pour le faire et les commissions scolaires n'ont ni les budgets ni les disponibilités nécessaires pour répondre aux demandes! J'ai en tête une commission scolaire où le budget dégagé pour la formation continue est de

70 000 $, mais où les besoins des enseignants s'élèvent à 200 000 $. Et c'est loin d'être un cas unique! Alors, avant de parler de mettre en place un système d'évaluation, il faudrait peut-être commencer par utiliser adéquatement les mécanismes qui sont déjà en place et développer l'offre de formation continue en y allouant plus de temps, de disponibilité et de ressources budgétaires», soutient Mme Bernard.

Allégement de la bureaucratie

Quant à la bureaucratie scolaire, si la FSE est d'avis que certaines mesures doivent être prises pour réduire sa lourdeur, elle juge que l'abolition des 69 commissions scolaires actuelles, leur remplacement par 39 nouvelles «directions régionales» et leur fusion avec les 30 directions déjà existantes, comme le suggère la CAQ, risquent de causer plus de tort que de bien au système d'éducation.

«Si la bureaucratie s'est alourdie au cours des années, c'est en partie parce que les commissions scolaires et les directions d'établissement ont fait face à plus d'exigences. Aujourd'hui, les directions des écoles ne cessent de répéter que leur tâche est trop lourde. Si on abolit les commissions scolaires, forcément, les directions des établissements vont se retrouver avec plus de tâches. De nous faire croire comme enseignants que, parce qu'il n'y aura plus de commissions scolaires, ça va nous donner davantage de moyens, de services et de ressources dans nos écoles et, par la bande, nous permettre de mieux contrer le décrochage, je pense qu'il y a loin de l'annonce à la réalité», note Mme Bernard.

Ne voyant pas comment les mesures proposées par la CAQ sont susceptibles de résoudre efficacement les principaux problèmes du système d'éducation québécois, la FSE déplore que la coalition n'ait pas davantage porté attention aux besoins des enseignants avant d'établir son plan d'action.

«Ce qu'on veut, c'est clair: c'est qu'on nous donne les moyens de faire réussir nos élèves, réitère la présidente de la FSE. Dans les propositions qu'il y a à l'heure actuelle sur la table, il n'y a pas vraiment d'élément qui va nous aider dans le quotidien à atteindre cet objectif-là.»

***

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