Libre opinion - À quand des états généraux sur la précarité?
Au nombre d'enseignants précaires qu'il y a toujours dans les cégeps et les universités, il est étonnant qu'il n'y ait pas eu, depuis les 35-40 ans que ce fourbe concept étrangle l'enseignement supérieur, de retour sur sa nature et son existence même. Je veux dire qu'il est peut-être temps de le saigner, ce gros cochon de la machine néolibérale.
Après tout, en partant de sa définition propre, être précaire 10, 20, 40 ans au même endroit, à faire le même job, n'est-il pas une contradiction dans les termes? Nul besoin de sémantique pour comprendre qu'il y a eu et qu'il y a là une immense volonté d'escroquerie sociale de la part de l'«élite» politique qui se dévoile au fur et à mesure que le temps s'écoule (n'en déplaise à l'ancien ministre et désormais blogueur Jacques Brassard qui joue en ce moment — ce 6 janvier 2012 — les gros bras offensés en essayant de saper, dans une virée à droite d'une intelligence très moyenne, de saper, dis-je, des mesures syndicales visant à contrer l'expansion de la sous-traitance, autre facette de la précarisation, à l'aluminerie la plus riche du monde).
On ne peut pas appeler ça du «cheap labour», pas plus qu'un régime d'apartheid, évidemment. On imagine un peu le tollé que cela provoquerait! Pourtant, c'est exactement ce que vivent les précaires.
Les exemples démontrant cet état de fait sont légion. Pour ceux qui en douteraient, je dirai simplement qu'aucun membre de l'administration uqamienne, aucun des professeurs, ni même d'ailleurs le SPUQ [Syndicat des professeurs et professeures de l'Université du Québec à Montréal], n'a répondu à l'article publié dans Le Devoir du 11 avril 2009, lors de la grève des professeurs de l'UQAM, intitulé «La servitude universitaire», qui dénonçait cette monstrueuse hypocrisie au sujet des chargés de cours de l'université «populaire» montréalaise. Aucun! Qui ne dit mot consent? Très clairement dans ce cas-ci.
À mon sens, la situation ne peut plus durer. Il faudra connaître la véritable place qu'occupent ces «précaires à vie» dans notre société. Par exemple, quelle est leur espérance de vie, leur salaire moyen sur 10, 20, 40 ans? Quelles sont les incidences de la précarité sur la santé, morale et physique? Combien y en a-t-il, toutes catégories confondues? Le chiffre va-t-il grossissant? Ou fluctue-t-il selon les bonnes grâces des systèmes politique, économique et social?
Il faudra faire le point: voir si la précarité, globalement, ne coûte pas plus cher en fin de compte à la société qu'un régime visant la stabilité de l'emploi, et ce, à court et à long terme. Voir les effets réels, négatifs comme positifs, de l'adoption de cette structure sociale par les grands employeurs, l'État en particulier. Et quand je parle de coûts, je parle aussi et surtout en termes de qualité de vie.
Il est grand temps que les agents, les précaires eux-mêmes, prennent en main cette étude de ce qu'ils sont, de ce qu'ils souhaitent être et forcent le système actuel, si comme je suppose ils le veulent assurément, à les y intégrer de manière permanente.
Je répète ma question: à quand des états généraux sur la précarité? J'enjoins à tous les syndicats et centrales d'organiser l'événement. À mon humble avis, le monde de l'enseignement est un endroit parfaitement approprié pour lancer le débat, la FNEEQ [Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec] et la CSN ayant réalisé déjà plusieurs autres états généraux (d'autres genres) en maintes occasions.
***
Ivan Constantineau - Laval
Après tout, en partant de sa définition propre, être précaire 10, 20, 40 ans au même endroit, à faire le même job, n'est-il pas une contradiction dans les termes? Nul besoin de sémantique pour comprendre qu'il y a eu et qu'il y a là une immense volonté d'escroquerie sociale de la part de l'«élite» politique qui se dévoile au fur et à mesure que le temps s'écoule (n'en déplaise à l'ancien ministre et désormais blogueur Jacques Brassard qui joue en ce moment — ce 6 janvier 2012 — les gros bras offensés en essayant de saper, dans une virée à droite d'une intelligence très moyenne, de saper, dis-je, des mesures syndicales visant à contrer l'expansion de la sous-traitance, autre facette de la précarisation, à l'aluminerie la plus riche du monde).
On ne peut pas appeler ça du «cheap labour», pas plus qu'un régime d'apartheid, évidemment. On imagine un peu le tollé que cela provoquerait! Pourtant, c'est exactement ce que vivent les précaires.
Les exemples démontrant cet état de fait sont légion. Pour ceux qui en douteraient, je dirai simplement qu'aucun membre de l'administration uqamienne, aucun des professeurs, ni même d'ailleurs le SPUQ [Syndicat des professeurs et professeures de l'Université du Québec à Montréal], n'a répondu à l'article publié dans Le Devoir du 11 avril 2009, lors de la grève des professeurs de l'UQAM, intitulé «La servitude universitaire», qui dénonçait cette monstrueuse hypocrisie au sujet des chargés de cours de l'université «populaire» montréalaise. Aucun! Qui ne dit mot consent? Très clairement dans ce cas-ci.
À mon sens, la situation ne peut plus durer. Il faudra connaître la véritable place qu'occupent ces «précaires à vie» dans notre société. Par exemple, quelle est leur espérance de vie, leur salaire moyen sur 10, 20, 40 ans? Quelles sont les incidences de la précarité sur la santé, morale et physique? Combien y en a-t-il, toutes catégories confondues? Le chiffre va-t-il grossissant? Ou fluctue-t-il selon les bonnes grâces des systèmes politique, économique et social?
Il faudra faire le point: voir si la précarité, globalement, ne coûte pas plus cher en fin de compte à la société qu'un régime visant la stabilité de l'emploi, et ce, à court et à long terme. Voir les effets réels, négatifs comme positifs, de l'adoption de cette structure sociale par les grands employeurs, l'État en particulier. Et quand je parle de coûts, je parle aussi et surtout en termes de qualité de vie.
Il est grand temps que les agents, les précaires eux-mêmes, prennent en main cette étude de ce qu'ils sont, de ce qu'ils souhaitent être et forcent le système actuel, si comme je suppose ils le veulent assurément, à les y intégrer de manière permanente.
Je répète ma question: à quand des états généraux sur la précarité? J'enjoins à tous les syndicats et centrales d'organiser l'événement. À mon humble avis, le monde de l'enseignement est un endroit parfaitement approprié pour lancer le débat, la FNEEQ [Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec] et la CSN ayant réalisé déjà plusieurs autres états généraux (d'autres genres) en maintes occasions.
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Ivan Constantineau - Laval
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