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Dans les villages inuits du Nunavik - Le collège Marie-Victorin offre depuis 20 ans le programme Exploration et intégration-Inuit

«La théorie est appliquée selon les réalités vécues par les Inuits»

19 novembre 2011 | Pierre Vallée | Éducation
De jeunes Inuits du Nunavik se préparent à un match de handball.<br />
Photo : François Pesant - Le Devoir De jeunes Inuits du Nunavik se préparent à un match de handball.
Le secteur de la formation continue du collège Marie-Victorin, en collaboration avec le ministère de la Santé et des Services sociaux, offre depuis deux ans une formation professionnelle au Nunavik. Il s'agit d'un programme de formation en intervention psychosociale s'adressant aux Inuits qui assistent les travailleurs sociaux en exercice au Nunavik.

«Nous avions eu vent que le ministère cherchait à offrir une formation en intervention psychosociale et nous avons donc offert notre expertise, qui a été retenue», explique Jean-François Bellemare, coordonnateur de la formation continue au collège Marie-Victorin.

Cela peut surprendre quiconque ne sait pas que le collège Marie-Victorin a une longue expertise en ce qui concerne l'enseignement et la formation auprès de la population inuite. «C'est en 1991 que le collège Marie-Victorin, en collaboration avec la Commission scolaire Kativik, a mis en place son programme Exploration et intégration-Inuit, qui permet d'accueillir, ici à Marie-Victorin, les Inuits intéressés par les études supérieures. Il s'agit d'un programme spécifiquement adapté aux Inuits.»

Ce programme, qui a depuis reçu l'aval du ministère de l'Éducation, combine sur une période de deux ans des cours de français, d'inuktitut, de culture inuite ainsi que quelques cours complémentaires. «Ce programme est conçu pour permettre aux étudiants inuits de s'intégrer graduellement à un programme d'enseignement collégial du secteur régulier.»

Intervention psychosociale


Le programme de formation en intervention psychosociale se donne sur les lieux, c'est-à-dire dans les villages inuits du Nunavik, et s'adresse aux Inuits qui sont à l'emploi de la Régie régionale de la santé et des services sociaux Nunavik en tant qu'assistants aux travailleurs sociaux. «On compte au Nunavik une trentaine de travailleurs sociaux blancs, qui sont épaulés par au moins deux assistants inuits, explique Michel Primeau, conseiller pédagogique pour le programme de formation. Non seulement ces assistants facilitent la communication avec la population locale, dont plusieurs membres ne parlent que l'inuktitut, mais ils appuient aussi les travailleurs sociaux dans leurs interventions.»

C'est pour mieux outiller les assistants inuits que le programme a été conçu. «Certains de ces assistants sont en poste depuis plusieurs années, et la formation vient renforcer et peaufiner les connaissances apprises sur le terrain. Pour ceux qui débutent dans cet emploi, la formation sert de base. De plus, cette formation permet d'ajuster les compétences aux besoins émergents des communautés.»

Sur trois jours


Le formateur, Claude Lévesque, se rend au Nunavik une semaine sur deux, sauf pendant les périodes de vacances, et rencontre dans les villages, en petits groupes, les assistants inuits. Ceux-ci sont libérés par leur employeur, la Régie régionale, afin d'aider à la formation, qui dure environ trois jours. La formation aborde une variété de sujets, allant de la psychologie de l'enfant aux stratégies d'intervention en passant par la connaissance de la Loi sur la protection de la jeunesse. «Même si la formation contient des éléments théoriques, elle est toujours basée sur des cas réels. La théorie est appliquée selon les réalités vécues par les Inuits. Le formateur est aussi là pour répondre aux diverses questions des assistants inuits et agir comme coach professionnel. Il peut aussi adapter la formation selon des besoins immédiats.» Par ailleurs, afin de bien refléter la réalité inuite, la formation est donnée uniquement en anglais, qui est la langue seconde la plus connue au Nunavik.

Le suivi se fait de façon continue grâce au courriel. «Mais les Centres d'accueil pour enfants du Nunavik sont en train de s'équiper pour la vidéo-conférence. Dès que cette dernière entrera en service, nous nous en servirons pour communiquer en temps réel.»

Depuis deux ans, cette formation a fait ses preuves et a permis aux assistants inuits d'élargir la gamme de leurs actions. «Récemment, un assistant inuit ayant suivi notre formation a été chargé pour la première fois de la présentation d'un dossier à la cour.»

Pour la suite des choses


L'équipe de la formation continue du collège Marie-Victorin espère, dans un second temps, élargir son action au Nunavik et offrir d'autres formations professionnelles du même genre. «Notre ambition, et on en discute présentement avec nos partenaires, serait d'aller en première ligne, avance Jean-François Bellemare, en offrant, par exemple, une formation similaire aux Inuits qui travaillent dans les CLSC. Cela nous permettrait ainsi de mettre de l'avant une approche harmonisée.»

La formation en intervention psychosociale présentement offerte, en plus d'aider les assistants inuits et de renforcer leurs connaissances, cherche aussi «à faire en sorte que les compétences acquises par les assistants inuits rejoignent les normes du DEC en travail social.»

La formation en intervention psychosociale n'est pas, pour le moment, accréditée. «C'est une étape qu'on aimerait bien franchir. Tout comme on aimerait bien mettre en place un programme de reconnaissance des compétences. Il serait bien que la formation que nous donnons ainsi que les compétences acquises sur le terrain puissent servir et éventuellement déboucher sur un DEC.»

Car, si cette formation en intervention psychosociale permet d'appuyer et de renforcer l'action des assistants inuits et favorise un transfert d'expertise vers la communauté, favorisant en cela l'autonomie de cette dernière, elle ne règle évidemment pas tous les problèmes. «La fin que nous souhaitons tous, c'est que ce genre de formation à l'intention des Inuits incite certains de ces derniers à poursuivre leurs études et à obtenir un DEC en travail social, afin de revenir travailler ensuite au sein de la communauté inuite.»


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