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    Musicothérapie - De l'improvisation instrumentale et vocale surgit l'émotion

    «C'est important pour les enfants d'avoir le droit à la musique»

    12 novembre 2011 |Jessica Nadeau | Éducation
    Anne-Marie Bertrand enseigne la musique au primaire à l’école Jules-Verne, à la Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île.<br />
    Photo: source cSPI Anne-Marie Bertrand enseigne la musique au primaire à l’école Jules-Verne, à la Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île.
    «Nous utilisons la musique pour entrer en communication avec l'enfant, un peu comme si la musique devenait le pont entre le monde de l'enfant et le monde extérieur.» Guylaine Vaillancourt est une musicothérapeute convaincue que la musique établit une communication qui va au-delà des mots.

    L'accès à la musique devrait être un droit pour les enfants, estime Guylaine Vaillancourt, présidente de l'Association de musicothérapie du Canada. Parce que la musique, c'est le langage des émotions, un langage préverbal, primitif même, qui dépasse les barrières du cognitif et offre un moyen privilégié d'entrer en contact avec des enfants ayant des difficultés à communiquer. La musique devient alors un mode d'expression non verbale unique qui fait appel à la créativité de l'enfant.

    «C'est important pour les enfants d'avoir accès à la musique, d'avoir le droit à la musique, affirme Guylaine Vaillancourt, qui enseigne la musicothérapie à l'Université Concordia. Parce que nous savons que c'est un outil qui peut réellement avoir un effet positif dans la vie des enfants ayant des besoins spéciaux.»

    Grâce à une subvention de Patrimoine Canada, l'université organise, le 17 février prochain, une journée sur le droit des enfants à la musique, où les experts pourront échanger avec les directions d'école, les parents et les enseignants afin de mieux répondre aux besoins des enfants présentant une déficience physique, un déficit cognitif, un trouble psychique, un trouble de développement ou d'apprentissage ou un trouble du langage ou de la communication.

    «Nous allons recevoir trois musicothérapeutes des États-Unis qui ont développé des programmes dans les écoles, parce qu'aux États-Unis c'est pratiquement une obligation de fournir ces services, soutient Guylaine Vaillancourt. Il y a beaucoup de programmes qui sont développés là-bas, et nous regardons comment nous pouvons changer les politiques et faire avancer cette cause pour que les enfants puissent avoir accès à ces services.»

    Dans la Belle Province, à peine une douzaine d'écoles offrent des services de musicothérapie, déplore la professeure. Elle note que la demande provient aussi des parents, qui doivent souvent avoir recours à des services privés, ce qui représente un stress supplémentaire pour la famille.

    «C'est un service dont les enfants peuvent réellement bénéficier, et il ne faut pas oublier que l'enfant en retire aussi du plaisir, il vit des succès en pouvant jouer de la musique avec le thérapeute et les autres enfants. Il peut avoir de la difficulté à l'école, mais quand il travaille avec la musique, nous faisons en sorte qu'il vive un succès. Ce serait donc vraiment important que ce service soit offert dans toutes les écoles où il y a des enfants ayant des besoins particuliers.»

    Expériences musicales dans un cadre thérapeutique

    Selon Guylaine Vaillancourt, la musicothérapie se définit comme l'utilisation d'expériences musicales dispensées par des professionnels dans le but de restaurer, de maintenir ou d'améliorer le bien-être physique, émotionnel, social, cognitif et psychologique d'un individu ou d'un groupe. Elle s'applique aux enfants en milieu scolaire, mais également aux nouveau-nés, aux adultes et aux patients en phase terminale.

    «Parce que la musique a des qualités non verbales, créatives et structurales, cela facilite le contact, l'interaction, la con-science de soi et de l'autre, l'apprentissage, l'expression, le développement personnel et la communication, cela dans un cadre thérapeutique», explique la professeure.

    Musicothérapeute depuis 20 ans, elle affirme voir de réels progrès chez les enfants qu'elle accompagne. «On voit des enfants qui s'épanouissent, qui arrivent à s'exprimer, qui ont développé le langage, qui développent le système d'eux-mêmes, qui arrivent à se développer un peu plus. Ils ne se développent pas tous à la même vitesse, ça dépend des problématiques et des diagnostics, mais on voit des résultats, surtout dans les écoles où l'on utilise la musicothérapie de manière régulière.»

    La musicothérapie n'a rien à voir avec une classe de musique traditionnelle. On n'enseigne pas à l'enfant à jouer d'un instrument, on l'incite plutôt à s'exprimer à travers cet instrument, généralement des percussions qui ne nécessitent pas de connaissances musicales particulières.

    «Nous n'évaluons pas s'il joue juste ou s'il va apprendre la musique, ce n'est pas le but. Le but est complètement différent. Pour nous, c'est le processus qui compte, c'est de voir comment l'enfant va utiliser la musique pour s'exprimer, pour communiquer et pour se développer.»

    Le musicothérapeute qui accompagne l'enfant au piano ou à la guitare va tenter de voir si l'enfant est capable de créer un contact visuel, s'il peut répondre à des motifs rythmiques ou en amorcer, s'il est capable de s'engager et de s'investir dans la relation avec le thérapeute.

    «C'est un travail d'exploration. On essaie de trouver quelles sont les constantes, comment l'enfant utilise certaines composantes musicales et dans quelles zones musicales il se sent confortable. C'est là qu'on entre en lien avec lui, qu'on arrive à communiquer.»

    Unique à chaque enfant

    L'une des techniques employées pour arriver à atteindre les objectifs fixés par le thérapeute est l'improvisation instrumentale et vocale, à partir de l'émotion amenée par l'enfant. Guylaine Vaillancourt donne l'exemple d'un enfant qui va utiliser sa voix pour faire des sons.

    Le thérapeute va jouer dans la même tonalité pour essayer de le rejoindre. Ils vont travailler en improvisation pour que l'enfant puisse continuer de s'exprimer dans son propre mode. Le musicothérapeute peut également utiliser une chanson existante et laisser des espaces afin que l'enfant puisse trouver ses propres mots.

    «C'est sûr que, lors d'une première séance, on ne va pas nécessairement saisir ce que l'enfant essaie d'exprimer à travers la musique, mais, à force de travailler avec l'enfant, on peut voir des choses qui reviennent ou des façons d'être de l'enfant qui nous donnent des indices.»

    Il ne suffit pas d'être un bon musicien et d'aimer les enfants pour être musicothérapeute, prévient Guylaine Vaillancourt. Ce sont des professionnels qui possèdent une formation universitaire de deuxième cycle et qui doivent être accrédités, en plus de respecter un code de déontologie.

    «Un bon thérapeute doit avoir de l'empathie et être capable d'accepter inconditionnellement ce que l'enfant amène en musique, car l'expression musicale de l'enfant n'a rien à voir avec nos critères habituels lorsque nous écoutons de la musique, c'est une expression qui est vraiment unique à l'enfant.»

    ***

    Collaboratrice du Devoir
    Anne-Marie Bertrand enseigne la musique au primaire à l’école Jules-Verne, à la Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île.<br />
Guylaine Vaillancourt enseigne la musicothérapie à l’Université Concordia.<br />












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