Saguenay et Abitibi-Témiscamingue - Les défis de l'enseignement et de la diffusion de la musique en région sont multiples
À Rouyn-Noranda, «on a eu la chance d'avoir une famille qui nous a dédié un fonds de 100 000 $»Les défis de l'enseignement et de la diffusion de la musique au Saguenay comme en Abitibi-Témiscamingue sont multiples et non moins complexes. Ici, on tient à bout de bras un orchestre, là, un centre musical. Ici, il faut trouver des sources de financement, là, il faut gérer une tournée sur un territoire grand comme un pays. Quand engagement et musique vont de pair.
Régis Rousseau dirige depuis quelques années le Conservatoire de musique de Saguenay, fréquenté par plus de 70 élèves. Cet établissement, qui compte un corps professoral d'une vingtaine de personnes, est bien ancré dans son milieu, raconte-t-il. «Quand j'étais étudiant dans ce conservatoire, dans les années 1980, trois professeurs sur quatre provenaient de l'extérieur de la région. Les professeurs voyageaient toutes les semaines en partance de Montréal ou de Québec. Aujourd'hui, c'est le contraire: trois sur quatre d'entre eux sont établis ici, ils sont intégrés à la région. C'est sûr qu'il n'y a pas de tâches pleines pour toutes les classes, mais nos professeurs sont membres de l'Orchestre symphonique du Saguenay-Lac-Saint-Jean, ils donnent des concerts. Il y a aussi le quatuor Alcan, dont trois des membres enseignent ici, au conservatoire.»
Formation
La formation donnée aux élèves est de la plus haute tenue, tient à souligner Régis Rousseau. «On a un cheminement particulier pour chaque élève. Au fond, nous avons autant de cursus qu'il y a d'élèves au conservatoire, qui est le seul établissement de la région où l'on peut développer les talents et les diriger vers une carrière musicale.» Il donne en exemple un violoncelliste qui joue au sein de l'Orchestre symphonique de San Francisco, un flûtiste et un clarinettiste qui sont associés à l'Orchestre symphonique de Montréal ou encore un violoniste qui est aujourd'hui membre de l'Orchestre philharmonique de Radio-France.
Il note de plus que son conservatoire travaille en étroite collaboration avec le réseau musical de la région. «Notre région est très dynamique sur le plan musical et à tous les niveaux. Je pense notamment au réseau privé des écoles de musique, qui compte une dizaine d'écoles et qui est de très grande qualité. Quand, dans ces écoles, on remarque un certain talent chez un jeune, il peut se faire évaluer par l'un de nos professeurs, qui parfois donnent des cours de maître dans ces mêmes écoles.»
Tisser des liens
L'autre mandat que s'est donné le Conservatoire de musique de Saguenay est de faire la promotion de la musique, rappelle M. Rousseau. «On essaie en effet d'être de plus en plus présent dans la sphère publique, en faisant connaître le conservatoire et en allant donner des ateliers dans le réseau scolaire public. Je remarque qu'il est important de valoriser le métier de musicien. Concrètement, par exemple, nous avons récemment reçu une soixantaine de jeunes d'une polyvalente ayant passé l'après-midi avec nos élèves, qui leur ont fait une prestation avec les 14 instruments qu'on enseigne. C'est une façon pour nous d'être en lien avec la population».
Un orchestre tenu à bout de bras
À des centaines de kilomètres de là vers l'ouest, à Rouyn-Nornada, il y a Jacques Marchand qui tient à bout de bras l'Orchestre symphonique régional Abitibi-Témiscamingue, qui célébrera son 25e anniversaire le printemps prochain. Il en est le fondateur et il est toujours en poste en qualité de chef d'orchestre. «L'orchestre est composé d'une quarantaine de musiciens qui proviennent d'un peu partout de la région et même de la Baie-James. J'ai des professionnels et j'ai aussi des dilettantes. Certains font un autre métier, j'ai des photographes, des techniciens en informatique, des professeurs de cégep. Il y a de tout, en fait.»
Et quand vient le temps des répétitions, l'alternance se fait entre Rouyn-Noranda et Amos. Pour ce qui est des tournées, l'orchestre se produit tout le temps dans quatre villes: Rouyn-Noranda, Amos, La Sarre et Val d'Or (où siège un conservatoire de musique). Une tournée qui doit bien rouler sur une distance de 400 ou 500 kilomètres? «Ah oui, certainement! C'est très exigeant, vous savez, mais tout le monde est passionné dans notre groupe.» On notera que, dans le cadre de son 25e anniversaire, l'orchestre sera en tournée du 29 mars au 1er avril 2012, en compagnie du pianiste Alain Lefèvre. À ne pas manquer.
Un centre de musique
Toujours à Rouyn-Noranda, il y a Suzanne Blais. Elle enseigne le piano depuis 30 ans et dirige le Centre musical en sol mineur. Ce centre est fréquenté par 422 élèves. «J'enseigne le piano à une trentaine d'élèves. Mais, vous savez, les jeunes ont changé, ils ont des journées très chargées aujourd'hui, ils sont sollicités de toutes parts, par les réseaux sociaux, les activités sportives, etc. Nous devons donc, à titre de professeur, avoir une démarche différente. Dans cette optique, je tente de leur faire retrouver un moment d'intimité avec la musique, un moment de tranquillité. Et je leur dis tout le temps qu'on joue du piano, c'est un jeu, il faut y trouver du plaisir. Je dis: "Quand t'aimes pas ça, dis-le moi pis on va changer de pièce".»
Cette passion pour l'enseignement déteint, dit-elle, sur l'ensemble de son corps professoral, qui est constitué de cinq professeurs travaillant à temps plein et de six oeuvrant à temps partiel. L'une de ses professeures, tient à souligner la directrice, joue dans l'Orchestre symphonique régional Abitibi-Témiscamingue: «Cette professeure emmène parfois ses élèves aux répétitions de l'orchestre.» Ce centre est financé à hauteur de 50 % par les droits de scolarité, «ce qui nous permet de payer les salaires et le matériel didactique. Ensuite, 10 % provient du ministère de la Culture et le reste provient de nos fonds et de l'aide de nos partenaires.»
Un Steinway
Fait notable, ajoute-t-elle, «on a eu la chance d'avoir une famille qui nous a dédié un fonds de 100 000 $. À ce montant, le gouvernement du Québec a ajouté 200 000 $. On peut ainsi compter sur des dividendes tous les ans, qui nous sont très précieux. Ici, poursuit-elle, on s'est appelé "centre musical" et non "école de musique" parce que nous ne faisons pas seulement de l'enseignement, on fait de l'animation avec les écoles publiques, on organise des concerts, on est très actif et engagé dans notre milieu.» On notera enfin que le Centre musical en sol mineur détient un piano Steinway qui est centenaire!
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Collaborateur du Devoir
Régis Rousseau dirige depuis quelques années le Conservatoire de musique de Saguenay, fréquenté par plus de 70 élèves. Cet établissement, qui compte un corps professoral d'une vingtaine de personnes, est bien ancré dans son milieu, raconte-t-il. «Quand j'étais étudiant dans ce conservatoire, dans les années 1980, trois professeurs sur quatre provenaient de l'extérieur de la région. Les professeurs voyageaient toutes les semaines en partance de Montréal ou de Québec. Aujourd'hui, c'est le contraire: trois sur quatre d'entre eux sont établis ici, ils sont intégrés à la région. C'est sûr qu'il n'y a pas de tâches pleines pour toutes les classes, mais nos professeurs sont membres de l'Orchestre symphonique du Saguenay-Lac-Saint-Jean, ils donnent des concerts. Il y a aussi le quatuor Alcan, dont trois des membres enseignent ici, au conservatoire.»
Formation
La formation donnée aux élèves est de la plus haute tenue, tient à souligner Régis Rousseau. «On a un cheminement particulier pour chaque élève. Au fond, nous avons autant de cursus qu'il y a d'élèves au conservatoire, qui est le seul établissement de la région où l'on peut développer les talents et les diriger vers une carrière musicale.» Il donne en exemple un violoncelliste qui joue au sein de l'Orchestre symphonique de San Francisco, un flûtiste et un clarinettiste qui sont associés à l'Orchestre symphonique de Montréal ou encore un violoniste qui est aujourd'hui membre de l'Orchestre philharmonique de Radio-France.
Il note de plus que son conservatoire travaille en étroite collaboration avec le réseau musical de la région. «Notre région est très dynamique sur le plan musical et à tous les niveaux. Je pense notamment au réseau privé des écoles de musique, qui compte une dizaine d'écoles et qui est de très grande qualité. Quand, dans ces écoles, on remarque un certain talent chez un jeune, il peut se faire évaluer par l'un de nos professeurs, qui parfois donnent des cours de maître dans ces mêmes écoles.»
Tisser des liens
L'autre mandat que s'est donné le Conservatoire de musique de Saguenay est de faire la promotion de la musique, rappelle M. Rousseau. «On essaie en effet d'être de plus en plus présent dans la sphère publique, en faisant connaître le conservatoire et en allant donner des ateliers dans le réseau scolaire public. Je remarque qu'il est important de valoriser le métier de musicien. Concrètement, par exemple, nous avons récemment reçu une soixantaine de jeunes d'une polyvalente ayant passé l'après-midi avec nos élèves, qui leur ont fait une prestation avec les 14 instruments qu'on enseigne. C'est une façon pour nous d'être en lien avec la population».
Un orchestre tenu à bout de bras
À des centaines de kilomètres de là vers l'ouest, à Rouyn-Nornada, il y a Jacques Marchand qui tient à bout de bras l'Orchestre symphonique régional Abitibi-Témiscamingue, qui célébrera son 25e anniversaire le printemps prochain. Il en est le fondateur et il est toujours en poste en qualité de chef d'orchestre. «L'orchestre est composé d'une quarantaine de musiciens qui proviennent d'un peu partout de la région et même de la Baie-James. J'ai des professionnels et j'ai aussi des dilettantes. Certains font un autre métier, j'ai des photographes, des techniciens en informatique, des professeurs de cégep. Il y a de tout, en fait.»
Et quand vient le temps des répétitions, l'alternance se fait entre Rouyn-Noranda et Amos. Pour ce qui est des tournées, l'orchestre se produit tout le temps dans quatre villes: Rouyn-Noranda, Amos, La Sarre et Val d'Or (où siège un conservatoire de musique). Une tournée qui doit bien rouler sur une distance de 400 ou 500 kilomètres? «Ah oui, certainement! C'est très exigeant, vous savez, mais tout le monde est passionné dans notre groupe.» On notera que, dans le cadre de son 25e anniversaire, l'orchestre sera en tournée du 29 mars au 1er avril 2012, en compagnie du pianiste Alain Lefèvre. À ne pas manquer.
Un centre de musique
Toujours à Rouyn-Noranda, il y a Suzanne Blais. Elle enseigne le piano depuis 30 ans et dirige le Centre musical en sol mineur. Ce centre est fréquenté par 422 élèves. «J'enseigne le piano à une trentaine d'élèves. Mais, vous savez, les jeunes ont changé, ils ont des journées très chargées aujourd'hui, ils sont sollicités de toutes parts, par les réseaux sociaux, les activités sportives, etc. Nous devons donc, à titre de professeur, avoir une démarche différente. Dans cette optique, je tente de leur faire retrouver un moment d'intimité avec la musique, un moment de tranquillité. Et je leur dis tout le temps qu'on joue du piano, c'est un jeu, il faut y trouver du plaisir. Je dis: "Quand t'aimes pas ça, dis-le moi pis on va changer de pièce".»
Cette passion pour l'enseignement déteint, dit-elle, sur l'ensemble de son corps professoral, qui est constitué de cinq professeurs travaillant à temps plein et de six oeuvrant à temps partiel. L'une de ses professeures, tient à souligner la directrice, joue dans l'Orchestre symphonique régional Abitibi-Témiscamingue: «Cette professeure emmène parfois ses élèves aux répétitions de l'orchestre.» Ce centre est financé à hauteur de 50 % par les droits de scolarité, «ce qui nous permet de payer les salaires et le matériel didactique. Ensuite, 10 % provient du ministère de la Culture et le reste provient de nos fonds et de l'aide de nos partenaires.»
Un Steinway
Fait notable, ajoute-t-elle, «on a eu la chance d'avoir une famille qui nous a dédié un fonds de 100 000 $. À ce montant, le gouvernement du Québec a ajouté 200 000 $. On peut ainsi compter sur des dividendes tous les ans, qui nous sont très précieux. Ici, poursuit-elle, on s'est appelé "centre musical" et non "école de musique" parce que nous ne faisons pas seulement de l'enseignement, on fait de l'animation avec les écoles publiques, on organise des concerts, on est très actif et engagé dans notre milieu.» On notera enfin que le Centre musical en sol mineur détient un piano Steinway qui est centenaire!
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Collaborateur du Devoir









