Au primaire - Des élèves se rappellent les «xylophones d'Anne-Marie»
Milieux défavorisés ou programmes d'insertion, la musique y fait bonne note
Deux écoles, deux milieux de vie, deux enseignantes de musique racontent leur quotidien dans les graves et les aiguës... Bienvenue au primaire.
Anne-Marie Bertrand et Isabelle Lanctôt sont toutes deux enseignante de musique, l'une à l'école Jules-Verne et l'autre à l'école Gabrielle-Roy, deux écoles de la Commission scolaire de la Pointe-de-l'Île. L'enseignement de la musique relève de ce qu'on nomme un choix école, c'est-à-dire que l'école est libre de choisir parmi les programmes d'arts plastiques, d'art dramatique et de musique. Pour assurer une certaine continuité, habituellement ces choix se font pour une assez longue période. À l'école Gabrielle-Roy, on enseigne la musique depuis la première année jusqu'en sixième année, alors que, à Jules-Verne, les enfants ont des cours de musique jusqu'en quatrième année seulement.
La voix et le piano
L'instrument d'Anne-Marie Bertrand est la voix, tandis que celui d'Isabelle Lanctôt est le piano. Les deux parcours sont différents. Après un baccalauréat en musicothérapie, Mme Bertrand a choisi de s'orienter vers l'enseignement primaire: «Je n'ai jamais travaillé en musicothérapie! À l'université, lorsqu'est venu le temps pour moi de faire mon stage, il n'y avait pas beaucoup d'endroits pour le faire en musicothérapie, et on ne m'a trouvé qu'un stage à l'école primaire régulière. J'ai adoré ça et je me suis dit que j'avais l'occasion d'aider beaucoup plus d'enfants en allant dans une école plutôt que d'aller en établissement, là où on n'a qu'un petit groupe d'enfants. J'ai donc bifurqué et ç'a été le coup de foudre! J'enseigne depuis trente ans et je n'ai pas lâché, même si ça m'a pris vingt ans avant d'avoir ma permanence, mais aujourd'hui, voilà!»
Pour Isabelle Lanctôt, qui est pianiste et qui possède un baccalauréat en musique obtenu à l'Université de Montréal et un autre en enseignement collectif acquis à l'UQAM, les choses se passent un peu différemment: «Mon caractère très maternel me porte vers les plus jeunes, j'adore les tout-petits. J'ai enseigné un an au secondaire, mais je me suis vite rendu compte que je n'étais pas faite pour ça; je n'en dormais plus!»
Isabelle Lanctôt a même décidé d'abandonner l'enseignement durant un certain temps. «Mais je me suis tellement ennuyée des enfants, dira-t-elle, que je suis revenue à l'enseignement, et c'est pour mon grand bonheur parce que j'y trouve vraiment beaucoup de plaisir. Ça fait dix ans que j'enseigne et j'ai trouvé ma voie, et par chance, parce que c'est très exigeant!»
Des milieux différents
L'école Jules-Verne, qui est fréquentée par 855 enfants, est située à Montréal-Nord dans un milieu défavorisé. L'école profite du programme de soutien à l'école montréalaise, programme qui a été mis en place par le ministère de l'Éducation et qui vise à assurer la réussite scolaire et éducative du plus grand nombre d'élèves. C'est une école à aires ouvertes.
«Moi, par chance, j'ai un petit local fermé pour la musique!», ajoute Mme Bertrand. En raison de son statut, l'école bénéficie des services d'une technicienne en éducation spécialisée. On y enseigne la musique de la première à la quatrième année.
L'école Gabrielle-Roy, un peu plus petite avec ses 600 élèves, est un centre de services pour immigrants. On y accueille des enfants qui souvent ne parlent pas le français. «C'est la moitié de ma tâche d'accueillir ces enfants. C'est un beau milieu ici, à Saint-Léonard, ce sont de très belles classes, je n'ai pas beaucoup de cas de discipline, c'est vraiment très agréable et, en plus, ce sont des classes réduites avec un maximum de 19 élèves, alors c'est fantastique!», explique Isabelle Lanctôt. Les enfants chemineront en musique de la première à la sixième année.
Les premières notes
Pour tous les tout-petits, l'apprentissage de la musique passe d'abord par le chant. «Dans les classes de nouveaux arrivants qui doivent apprendre le français, mon enseignement est directement collé sur les chansons, on fait beaucoup d'apprentissage vocal. Je fais la lecture des chansons et on les travaille. Au début, les enfants ont beaucoup de difficulté, mais ils apprennent tellement vite quand il s'y mettent que, au mois de décembre, ils savent déjà parler le français et ils adorent chanter», explique Isabelle Lanctôt. Mais, que ce soit en classe d'accueil ou en classe régulière, les enfants de première année en sont aux premiers pas dans la lecture. L'apprentissage doit donc se faire beaucoup par la répétition, l'imitation et le jeu. On aborde aussi la rythmique.
Dans la classe d'Anne-Marie Bertrand, on chante aussi beaucoup et on commence lentement à se familiariser avec le rythme: «Dès les premiers cours de musique, on chante et on fait beaucoup de rythmique avec des percussions, des tambours, des djembés, des congas et des tubanos... Les enfants aiment toucher les tambours avec de la peau, c'est naturel. On fait beaucoup de rythme et aussi du chant. Ensuite, j'arrive avec les xylophones et on fait vraiment de l'accompagnement; c'est beaucoup axé sur les percussions.»
Puis, en poursuivant l'apprentissage de la musique, quand ils arriveront en quatrième année, les élèves d'Anne-Marie seront en mesure de lire les notes sur une portée.
Pour les enfants, la plus grande fierté, c'est le concert devant les parents: «À Noël, je fais un concert pour les plus petits, et il y a même des enfants de cinquième année qui viennent chanter avec les petits», dira Isabelle. Alors que chez Anne-Marie on fait parfois des minispectacles, mais, «avec les classes de première et de deuxième années, je fais des journées portes ouvertes pour que les parents puissent venir voir ce qui se passe dans la classe et participer».
Donner le goût de la musique
Bon an mal an, les enseignants de musique au primaire sèment une petite graine. Pour tous les enfants, les cours de musique sont comme une grande fête et cet éveil musical leur permet de se découvrir et, pourquoi pas, de poursuivre un apprentissage musical au secondaire.
Plusieurs écoles de la Commission scolaire de la Pointe-de-l'Île possèdent leur harmonie et certaines ont un programme spécialisé en musique. «Quand ils reviennent me voir pour me dire qu'ils ont choisi la clarinette, la flûte traversière ou tel autre instrument, ça, c'est mon salaire pour l'année!», avoue Isabelle, alors qu'Anne-Marie conclut en disant: «Je revois d'anciens élèves qui me disent se rappeler les xylophones d'Anne-Marie... Ça rend fière!»
***
Collaboratrice du Devoir
Anne-Marie Bertrand et Isabelle Lanctôt sont toutes deux enseignante de musique, l'une à l'école Jules-Verne et l'autre à l'école Gabrielle-Roy, deux écoles de la Commission scolaire de la Pointe-de-l'Île. L'enseignement de la musique relève de ce qu'on nomme un choix école, c'est-à-dire que l'école est libre de choisir parmi les programmes d'arts plastiques, d'art dramatique et de musique. Pour assurer une certaine continuité, habituellement ces choix se font pour une assez longue période. À l'école Gabrielle-Roy, on enseigne la musique depuis la première année jusqu'en sixième année, alors que, à Jules-Verne, les enfants ont des cours de musique jusqu'en quatrième année seulement.
La voix et le piano
L'instrument d'Anne-Marie Bertrand est la voix, tandis que celui d'Isabelle Lanctôt est le piano. Les deux parcours sont différents. Après un baccalauréat en musicothérapie, Mme Bertrand a choisi de s'orienter vers l'enseignement primaire: «Je n'ai jamais travaillé en musicothérapie! À l'université, lorsqu'est venu le temps pour moi de faire mon stage, il n'y avait pas beaucoup d'endroits pour le faire en musicothérapie, et on ne m'a trouvé qu'un stage à l'école primaire régulière. J'ai adoré ça et je me suis dit que j'avais l'occasion d'aider beaucoup plus d'enfants en allant dans une école plutôt que d'aller en établissement, là où on n'a qu'un petit groupe d'enfants. J'ai donc bifurqué et ç'a été le coup de foudre! J'enseigne depuis trente ans et je n'ai pas lâché, même si ça m'a pris vingt ans avant d'avoir ma permanence, mais aujourd'hui, voilà!»
Pour Isabelle Lanctôt, qui est pianiste et qui possède un baccalauréat en musique obtenu à l'Université de Montréal et un autre en enseignement collectif acquis à l'UQAM, les choses se passent un peu différemment: «Mon caractère très maternel me porte vers les plus jeunes, j'adore les tout-petits. J'ai enseigné un an au secondaire, mais je me suis vite rendu compte que je n'étais pas faite pour ça; je n'en dormais plus!»
Isabelle Lanctôt a même décidé d'abandonner l'enseignement durant un certain temps. «Mais je me suis tellement ennuyée des enfants, dira-t-elle, que je suis revenue à l'enseignement, et c'est pour mon grand bonheur parce que j'y trouve vraiment beaucoup de plaisir. Ça fait dix ans que j'enseigne et j'ai trouvé ma voie, et par chance, parce que c'est très exigeant!»
Des milieux différents
L'école Jules-Verne, qui est fréquentée par 855 enfants, est située à Montréal-Nord dans un milieu défavorisé. L'école profite du programme de soutien à l'école montréalaise, programme qui a été mis en place par le ministère de l'Éducation et qui vise à assurer la réussite scolaire et éducative du plus grand nombre d'élèves. C'est une école à aires ouvertes.
«Moi, par chance, j'ai un petit local fermé pour la musique!», ajoute Mme Bertrand. En raison de son statut, l'école bénéficie des services d'une technicienne en éducation spécialisée. On y enseigne la musique de la première à la quatrième année.
L'école Gabrielle-Roy, un peu plus petite avec ses 600 élèves, est un centre de services pour immigrants. On y accueille des enfants qui souvent ne parlent pas le français. «C'est la moitié de ma tâche d'accueillir ces enfants. C'est un beau milieu ici, à Saint-Léonard, ce sont de très belles classes, je n'ai pas beaucoup de cas de discipline, c'est vraiment très agréable et, en plus, ce sont des classes réduites avec un maximum de 19 élèves, alors c'est fantastique!», explique Isabelle Lanctôt. Les enfants chemineront en musique de la première à la sixième année.
Les premières notes
Pour tous les tout-petits, l'apprentissage de la musique passe d'abord par le chant. «Dans les classes de nouveaux arrivants qui doivent apprendre le français, mon enseignement est directement collé sur les chansons, on fait beaucoup d'apprentissage vocal. Je fais la lecture des chansons et on les travaille. Au début, les enfants ont beaucoup de difficulté, mais ils apprennent tellement vite quand il s'y mettent que, au mois de décembre, ils savent déjà parler le français et ils adorent chanter», explique Isabelle Lanctôt. Mais, que ce soit en classe d'accueil ou en classe régulière, les enfants de première année en sont aux premiers pas dans la lecture. L'apprentissage doit donc se faire beaucoup par la répétition, l'imitation et le jeu. On aborde aussi la rythmique.
Dans la classe d'Anne-Marie Bertrand, on chante aussi beaucoup et on commence lentement à se familiariser avec le rythme: «Dès les premiers cours de musique, on chante et on fait beaucoup de rythmique avec des percussions, des tambours, des djembés, des congas et des tubanos... Les enfants aiment toucher les tambours avec de la peau, c'est naturel. On fait beaucoup de rythme et aussi du chant. Ensuite, j'arrive avec les xylophones et on fait vraiment de l'accompagnement; c'est beaucoup axé sur les percussions.»
Puis, en poursuivant l'apprentissage de la musique, quand ils arriveront en quatrième année, les élèves d'Anne-Marie seront en mesure de lire les notes sur une portée.
Pour les enfants, la plus grande fierté, c'est le concert devant les parents: «À Noël, je fais un concert pour les plus petits, et il y a même des enfants de cinquième année qui viennent chanter avec les petits», dira Isabelle. Alors que chez Anne-Marie on fait parfois des minispectacles, mais, «avec les classes de première et de deuxième années, je fais des journées portes ouvertes pour que les parents puissent venir voir ce qui se passe dans la classe et participer».
Donner le goût de la musique
Bon an mal an, les enseignants de musique au primaire sèment une petite graine. Pour tous les enfants, les cours de musique sont comme une grande fête et cet éveil musical leur permet de se découvrir et, pourquoi pas, de poursuivre un apprentissage musical au secondaire.
Plusieurs écoles de la Commission scolaire de la Pointe-de-l'Île possèdent leur harmonie et certaines ont un programme spécialisé en musique. «Quand ils reviennent me voir pour me dire qu'ils ont choisi la clarinette, la flûte traversière ou tel autre instrument, ça, c'est mon salaire pour l'année!», avoue Isabelle, alors qu'Anne-Marie conclut en disant: «Je revois d'anciens élèves qui me disent se rappeler les xylophones d'Anne-Marie... Ça rend fière!»
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Collaboratrice du Devoir







