École de technologie supérieure - «On ne peut pas travailler isolé des industries»
AÉROÉTS vise à positionner l'ÉTS comme une école de classe mondiale dans le secteur de l'aérospatiale
Environnement, nouvelles réglementations, croissance de l'industrie, émergence de nouveaux joueurs sur le marché mondial, renouvellement des flottes, intégration des systèmes, besoins de main-d'œuvre... Les défis sont nombreux dans le domaine du génie aérospatial. Pour faire face à ces nouvelles réalités, le directeur du programme à l'École de technologie supérieure (ÉTS) de Montréal, Hany Moustapha, mise sur une collaboration accrue entre l'université et l'industrie.
Après plus de 30 ans de service au sein de l'entreprise Pratt & Whitney (P&W), Hany Moustapha a été nommé, en mars 2010, directeur du programme de génie aérospatial de l'École de technologie supérieure. Un an et demi plus tard, il peut déjà se targuer d'être devenu «la porte d'entrée» de l'aérospatiale à l'École de technologie supérieure, grâce à sa solide expérience industrielle et à ses innombrables contacts dans le domaine, tant au Canada qu'à l'international.
Joint à l'Université de la Pologne, où il travaille également comme professeur associé, Hany Moustapha affirme vouloir renforcer le partenariat entre les industries et les universités. «Les contacts entre l'industrie et l'université, c'est une chose très importante. Et, au Québec, on est très fort là-dedans. On a eu au moins trois consortiums de recherche pour promouvoir et solidifier les collaborations entre les industries et les universités», explique-t-il, précisant au passage qu'il était à Biarritz la semaine dernière afin de faire valoir le modèle québécois.
Hany Moustapha, qui travaille toujours à temps partiel comme conseiller expert pour le géant mondial Pratt & Whitney, est arrivé à l'École de technologie supérieure avec une vision bien précise pour amener l'université à un autre niveau. «Ma vision était d'intégrer les disciplines pour mieux répondre aux besoins de l'industrie. Dans la plupart des universités, les départements travaillent en silo, mais l'aérospatiale, c'est une application transversale, qui regroupe le génie mécanique, le génie technique, le génie logiciel, etc. Alors, mon rôle, c'est de promouvoir, de consolider et puis d'intégrer.»
Intégration des systèmes
C'est à travers le nouvel organisme AÉROÉTS, dont il est également le directeur, qu'Hany Moustapha compte faire valoir les activités d'enseignement et de recherche de l'École de technologie supérieure. AÉROÉTS vise notamment à positionner l'ÉTS comme une école de classe mondiale dans le secteur de l'aérospatiale.
«Nous sommes très forts à l'ÉTS. Nous avons un total de 150 professeurs, dont environ le tiers qui travaillent en aérospatiale dans trois ou quatre départements [...]. AÉROÉTS permet de rassembler tous les professeurs qui travaillent dans ce domaine, de créer des liens, de discuter des projets que nous avons.»
Par le biais d'AÉROÉTS, Hany Moustapha tente de mettre sur pied une équipe multidisciplinaire qui permette une meilleure intégration des systèmes. Car c'est assurément la nouvelle tendance dans le marché.
«Il y a 30 ans, un ingénieur qui travaillait chez Bombardier connaissait les avions, mais pas les moteurs. Et vice-versa [...]. Maintenant, la tendance pour les ingénieurs, c'est d'être au courant du moteur et de l'avion, parce que ça permet à l'ingénieur qui fait un moteur de mieux comprendre l'avion et de faire une meilleure intégration du moteur dans l'avion. On trouve donc désormais plusieurs équipes de motoristes qui vont travailler avec les avionneurs, et vice-versa.»
Deux nouvelles chaires de recherche
Depuis l'arrivée d'Hany Moustapha, l'ÉTS s'est dotée de deux nouvelles chaires de recherche en aérospatiale. Une première, qui a vu le jour en janvier 2011, vise à développer de nouveaux modèles d'aéronefs qui seront plus efficaces, consommeront moins d'énergie et seront moins coûteux. La deuxième, sur les systèmes de propulsion, a été inaugurée six mois plus tard. La chaire de recherche est dirigée par Hany Moustapha, en partenariat avec son employeur, Pratt & Whitney. «C'est un projet industriel, explique-t-il. Pratt & Whitney voulait développer un système de propulsion. Et moi, étant chez Pratt & Whitney, je connais tout cela. Nous avons donc élaboré un projet de cinq ans.»
Selon lui, la création de cette chaire de recherche, financée en partie par le gouvernement, répond d'abord et avant tout aux besoins de l'industrie. Mais il offre également une expérience enviable aux étudiants qui travaillent sur le projet dans un environnement industriel au sein même du campus.
Enfin, l'université aussi bénéficie de cette chaire, estime Hany Moustapha, puisque, étant «branchée» avec une entreprise de l'envergure de Pratt & Whitney, l'ÉTS bénéficie d'une grande crédibilité et attire un plus grand nombre d'étudiants qui souhaitent bénéficier de ce contact privilégié avec l'industrie.
La collaboration entre l'industrie et l'université se vit également dans les nombreux stages que les étudiants doivent effectuer au cours de leur formation à l'ÉTS. L'université travaille avec plus de 70 partenaires du secteur industriel. «En 2011, nous avons eu 323 stages en aérospatiale, c'est un record, se réjouit le professeur. L'an prochain, je compte envoyer une dizaine de stagiaires à l'international, notamment à la NASA, aux États-Unis.»
L'industrie dans les salles de classe
Au-delà des chaires de recherche et des stages, la collaboration entre l'industrie et l'université se transpose jus-que dans les salles de cours, où des ingénieurs et d'autres experts de l'industrie enseignent aux étudiants à titre de chargés de cours. Cela permet, dans un premier temps, de combler le manque d'expérience industrielle que certains professeurs pourraient présenter dans certains domaines précis, explique le directeur. Et, du même coup, cette présence en classe permet à l'industrie d'avoir «une visibilité sur nos diplômés» et de repérer les meilleurs étudiants qui seront embauchés par la suite.
Hany Moustapha a enseigné dans les universités montréalaises tout au long de sa carrière chez Pratt & Whitney. Aujourd'hui, devenu directeur du département, il pousse la logique plus loin en créant un comité consultatif, composé d'une dizaine de présidents d'entreprise, afin que ceux-ci puissent lui faire part de leurs besoins concrets. «Il y a plein de cours qui ont été introduits grâce à l'industrie, que ce soit à l'ÉTS ou dans les autres universités. C'est la tendance des dix ou quinze dernières années», précise Hany Moustapha.
C'est le cas notamment de l'atelier obligatoire «Intégrité intellectuelle: un savoir-être et un savoir-faire», un nouveau cours qui a été mis sur pied par suite de la profonde réflexion des entreprises sur le sujet ces dernières années. «C'est une industrie de très haute technologie, et notre défi est de toujours garder la confidentialité et la propriété intellectuelle. Donc, quand une industrie travaille avec l'université, elle doit mettre un certain nombre de règles en place pour s'assurer qu'il n'y aura pas de fuites.»
Hany Moustapha assure que ce n'est pas un problème d'éthique lié à l'industrie de l'aérospatiale qui est à l'origine de ce nouveau cours, mais bien une question de prévention. «C'est venu avec tout ce qui se passe autour de nous, nous avons été proactifs, au lieu de réagir à quelque chose qui va se produire. C'est mieux de mettre d'abord toutes les règles en place...»
***
Collaboratrice du Devoir
Après plus de 30 ans de service au sein de l'entreprise Pratt & Whitney (P&W), Hany Moustapha a été nommé, en mars 2010, directeur du programme de génie aérospatial de l'École de technologie supérieure. Un an et demi plus tard, il peut déjà se targuer d'être devenu «la porte d'entrée» de l'aérospatiale à l'École de technologie supérieure, grâce à sa solide expérience industrielle et à ses innombrables contacts dans le domaine, tant au Canada qu'à l'international.
Joint à l'Université de la Pologne, où il travaille également comme professeur associé, Hany Moustapha affirme vouloir renforcer le partenariat entre les industries et les universités. «Les contacts entre l'industrie et l'université, c'est une chose très importante. Et, au Québec, on est très fort là-dedans. On a eu au moins trois consortiums de recherche pour promouvoir et solidifier les collaborations entre les industries et les universités», explique-t-il, précisant au passage qu'il était à Biarritz la semaine dernière afin de faire valoir le modèle québécois.
Hany Moustapha, qui travaille toujours à temps partiel comme conseiller expert pour le géant mondial Pratt & Whitney, est arrivé à l'École de technologie supérieure avec une vision bien précise pour amener l'université à un autre niveau. «Ma vision était d'intégrer les disciplines pour mieux répondre aux besoins de l'industrie. Dans la plupart des universités, les départements travaillent en silo, mais l'aérospatiale, c'est une application transversale, qui regroupe le génie mécanique, le génie technique, le génie logiciel, etc. Alors, mon rôle, c'est de promouvoir, de consolider et puis d'intégrer.»
Intégration des systèmes
C'est à travers le nouvel organisme AÉROÉTS, dont il est également le directeur, qu'Hany Moustapha compte faire valoir les activités d'enseignement et de recherche de l'École de technologie supérieure. AÉROÉTS vise notamment à positionner l'ÉTS comme une école de classe mondiale dans le secteur de l'aérospatiale.
«Nous sommes très forts à l'ÉTS. Nous avons un total de 150 professeurs, dont environ le tiers qui travaillent en aérospatiale dans trois ou quatre départements [...]. AÉROÉTS permet de rassembler tous les professeurs qui travaillent dans ce domaine, de créer des liens, de discuter des projets que nous avons.»
Par le biais d'AÉROÉTS, Hany Moustapha tente de mettre sur pied une équipe multidisciplinaire qui permette une meilleure intégration des systèmes. Car c'est assurément la nouvelle tendance dans le marché.
«Il y a 30 ans, un ingénieur qui travaillait chez Bombardier connaissait les avions, mais pas les moteurs. Et vice-versa [...]. Maintenant, la tendance pour les ingénieurs, c'est d'être au courant du moteur et de l'avion, parce que ça permet à l'ingénieur qui fait un moteur de mieux comprendre l'avion et de faire une meilleure intégration du moteur dans l'avion. On trouve donc désormais plusieurs équipes de motoristes qui vont travailler avec les avionneurs, et vice-versa.»
Deux nouvelles chaires de recherche
Depuis l'arrivée d'Hany Moustapha, l'ÉTS s'est dotée de deux nouvelles chaires de recherche en aérospatiale. Une première, qui a vu le jour en janvier 2011, vise à développer de nouveaux modèles d'aéronefs qui seront plus efficaces, consommeront moins d'énergie et seront moins coûteux. La deuxième, sur les systèmes de propulsion, a été inaugurée six mois plus tard. La chaire de recherche est dirigée par Hany Moustapha, en partenariat avec son employeur, Pratt & Whitney. «C'est un projet industriel, explique-t-il. Pratt & Whitney voulait développer un système de propulsion. Et moi, étant chez Pratt & Whitney, je connais tout cela. Nous avons donc élaboré un projet de cinq ans.»
Selon lui, la création de cette chaire de recherche, financée en partie par le gouvernement, répond d'abord et avant tout aux besoins de l'industrie. Mais il offre également une expérience enviable aux étudiants qui travaillent sur le projet dans un environnement industriel au sein même du campus.
Enfin, l'université aussi bénéficie de cette chaire, estime Hany Moustapha, puisque, étant «branchée» avec une entreprise de l'envergure de Pratt & Whitney, l'ÉTS bénéficie d'une grande crédibilité et attire un plus grand nombre d'étudiants qui souhaitent bénéficier de ce contact privilégié avec l'industrie.
La collaboration entre l'industrie et l'université se vit également dans les nombreux stages que les étudiants doivent effectuer au cours de leur formation à l'ÉTS. L'université travaille avec plus de 70 partenaires du secteur industriel. «En 2011, nous avons eu 323 stages en aérospatiale, c'est un record, se réjouit le professeur. L'an prochain, je compte envoyer une dizaine de stagiaires à l'international, notamment à la NASA, aux États-Unis.»
L'industrie dans les salles de classe
Au-delà des chaires de recherche et des stages, la collaboration entre l'industrie et l'université se transpose jus-que dans les salles de cours, où des ingénieurs et d'autres experts de l'industrie enseignent aux étudiants à titre de chargés de cours. Cela permet, dans un premier temps, de combler le manque d'expérience industrielle que certains professeurs pourraient présenter dans certains domaines précis, explique le directeur. Et, du même coup, cette présence en classe permet à l'industrie d'avoir «une visibilité sur nos diplômés» et de repérer les meilleurs étudiants qui seront embauchés par la suite.
Hany Moustapha a enseigné dans les universités montréalaises tout au long de sa carrière chez Pratt & Whitney. Aujourd'hui, devenu directeur du département, il pousse la logique plus loin en créant un comité consultatif, composé d'une dizaine de présidents d'entreprise, afin que ceux-ci puissent lui faire part de leurs besoins concrets. «Il y a plein de cours qui ont été introduits grâce à l'industrie, que ce soit à l'ÉTS ou dans les autres universités. C'est la tendance des dix ou quinze dernières années», précise Hany Moustapha.
C'est le cas notamment de l'atelier obligatoire «Intégrité intellectuelle: un savoir-être et un savoir-faire», un nouveau cours qui a été mis sur pied par suite de la profonde réflexion des entreprises sur le sujet ces dernières années. «C'est une industrie de très haute technologie, et notre défi est de toujours garder la confidentialité et la propriété intellectuelle. Donc, quand une industrie travaille avec l'université, elle doit mettre un certain nombre de règles en place pour s'assurer qu'il n'y aura pas de fuites.»
Hany Moustapha assure que ce n'est pas un problème d'éthique lié à l'industrie de l'aérospatiale qui est à l'origine de ce nouveau cours, mais bien une question de prévention. «C'est venu avec tout ce qui se passe autour de nous, nous avons été proactifs, au lieu de réagir à quelque chose qui va se produire. C'est mieux de mettre d'abord toutes les règles en place...»
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Collaboratrice du Devoir








