Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Université de Montréal - Les sujets de recherche en géographie n'ont plus rien en commun avec les doctorats d'il y a un demi-siècle

    L'éventail des possibilités professionnelles pour les diplômés s'est considérablement élargi

    29 octobre 2011 |Assïa Kettani | Éducation
    Claude Comtois, professeur titulaire et conseiller pédagogique aux études supérieures au Département de géographie de l’Université de Montréal<br />
    Photo: Source Université de Montréal Claude Comtois, professeur titulaire et conseiller pédagogique aux études supérieures au Département de géographie de l’Université de Montréal
    Alors que le nombre d'heures de cours de géographie au secondaire a diminué d'un quart depuis la dernière réforme de l'éducation, la tendance s'inverse aux études supérieures. La géographie est non seulement un secteur en demande, c'est aussi un domaine d'emploi dynamique et en plein essor, et les doctorats sont très appréciés.

    Avec 31 étudiants actuellement inscrits au doctorat en géographie à l'Université de Montréal (UdM), il s'agit, selon Claude Comtois, professeur titulaire et conseiller pédagogique aux études supérieures au Département de géographie, d'un diplôme de plus en plus en demande, notamment en raison de l'évolution du marché du travail.

    Une première tendance donc s'affirme: l'importance croissante de la géographie et des études géographiques dans des enjeux écologiques, politiques, sociaux ou économiques, de plus en plus présents. «Nous avons une niche de marché, avance Claude Comtois. Tout ce qui touche au développement durable et à l'environnement est très en demande. La géographie est un domaine en croissance.»

    Et alors que, il y a une vingtaine d'années, les étudiants pouvaient facilement s'intégrer au marché du travail avec leur seul bac en poche, une autre tendance pousse vers la nécessité d'avoir un diplôme de plus en plus haut, et les doctorats viennent ici répondre à un besoin. «Il y a de plus en plus d'inscrits aux études supérieures. Alors que, auparavant, les employeurs demandaient pour un poste donné un baccalauréat, aujourd'hui, pour le même poste, on demande un diplôme d'études supérieures.»

    Un taux de placement de 100 %

    Quant aux débouchés, le résultat est éloquent: «Notre taux de placement est de 100 %: tous nos anciens étudiants sont placés», affirme le professeur. Les secteurs d'emploi sont de plus en plus nombreux: si, il y a une quinzaine d'années, la plupart des doctorants se destinaient à une carrière universitaire, l'éventail des possibilités professionnelles pour les doctorants en géographie s'est considérablement élargi. «Désormais, seuls 30 % des doctorants veulent travailler à l'université», soutient Claude Comtois.

    Les nouvelles perspectives d'embauche? Le secteur privé et les gouvernements, qui font de plus en plus appel à des candidats qui détiennent un doctorat. «Aujourd'hui, de nombreuses entreprises privées et des gouvernements développent des projets au plan international. Ils cherchent des gens capables de faire de grandes synthèses, de faire preuve d'innovation, et qui peuvent jouer sur plusieurs claviers: ce sont les doctorants.»

    Nouvelles recherches


    Les sujets de recherche, pour leur part, n'ont plus rien en commun avec les doctorats d'il y a un demi-siècle. Fondé en 1947, le Département de géographie de l'UdM fêtera ses 65 ans en 2012, après avoir connu une évolution considérable, tant au niveau des méthodes que des sujets de recherche.

    Les sujets sont en effet de plus en plus pointus. Il y a 65 ans, la plupart des doctorats concernaient des études de lieux: quelques études ont ainsi porté sur la vallée du Richelieu, la monographie urbaine d'Outremont ou encore les Îles-de-la-Madeleine. Aujourd'hui, en revanche, on se penche d'une manière beaucoup plus précise sur, par exemple, l'histoire de la végétation dans la région du lac Mégantic (étude menée par Tamylia Elkadi) ou encore sur les accidents de la route impliquant des enfants piétons, analyse destinée à une meilleure prévention (thèse soutenue en 2008 par Marie-Soleil Cloutier).

    Mais surtout, on est passé d'études sur les possibilités de développement à une dynamique sur la gestion de ce développement, une évolution qui répond aux enjeux issus de l'aménagement urbain et humain au cours du dernier demi-siècle. En 1961, une thèse de doctorat, soutenue par Louise Lippe, avait ainsi pour titre «Études des possibilités d'aménagement touristique du Parc du Mont-Tremblant», alors qu'aujourd'hui se multiplient les recherches sur l'impact de la déforestation et les changements climatiques. Citons les recherches en cours sur l'impact des changements climatiques sur le mode de vie cri (Marie-Jeanne Royer) ou sur le caribou forestier (Guillaume Latombe). Le département comporte d'ailleurs une chaire de recherche en ethno-écologie et conservation de la biodiversité, ainsi qu'un groupe de recherche en adaptation aux changements environnementaux.

    Les doctorats à l'UdM se déclinent en trois volets, nous explique Claude Comtois. «Le premier axe de recherche concerne la question de l'environnement et de la géographie physique. Concrètement, on s'intéresse à la gestion de l'eau, aux bassins versants ou encore à la décontamination des sols. Le deuxième axe est consacré à la géomatique: la télédétection, la modélisation, les systèmes complexes. Cela concerne l'information géographique, l'utilisation des images satellitaires, les photographies aériennes et la possibilité de faire des corrélations entre les phénomènes. Le troisième axe a trait à la géographie humaine, à la gestion urbaine et péri-urbaine, à la croissance démographique, aux systèmes de transport ou encore au développement durable.»

    Des carrières internationales


    D'autre part, le calibre des doctorants en géographie est aujourd'hui tout autre. «Il y a eu un développement des méthodes: elles sont de plus en plus sophistiquées, avec bien sûr le développement des outils informatiques.»

    Et, mondialisation oblige, les diplômés se destinent de plus en plus à une carrière internationale: il y a ainsi de nombreuses études comparatistes sur l'Asie du Sud-Est, l'Afrique ou l'Amérique latine. «Aujourd'hui, la tendance de nos étudiants au doctorat, c'est le monde. Leur terrain est l'international.»

    Deux chaires du département sont ainsi consacrées au Mexique contemporain et aux études asiatiques, avec des préoccupations comme l'agriculture dans le dynamisme économique de ces régions, les évolutions vers l'urbanisation et l'industrialisation, et leurs impacts écologiques, comme la déforestation et les transformations de la biodiversité. On se penche par exemple sur l'aménagement territorial en Colombie, sur l'impact des migrations internes au Vietnam ou encore sur un projet d'équité sociale en Indonésie.

    Les exigences sont de ce fait de plus en plus avancées: «Tous les étudiants sont polyglottes et maîtrisent une troisième langue», soutient Claude Comtois. On délaisse également le modèle du chercheur isolé. «Les étudiants travaillent tous au sein d'équipes de recherche et doivent tous être insérés. Ils adoptent tous également des démarches multidisciplinaires. En bref, ils sont de plus en plus polyvalents.»

    Certains de ces axes de recherche ont encore une marge de développement importante, selon Claude Comtois, et feront les sujets de recherche de demain: la biodiversité est notamment amenée à rester un sujet central, ainsi que la question de la gouvernance territoriale, la gestion de l'eau, la division territoriale, l'économie de l'environnement ou encore la localisation des nouvelles industries.

    ***

    Collaboratrice du Devoir












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.