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L’histoire du Québec n’est pas délaissée

Marc-André Éthier, professeur de didactique de l’histoire à l’Université de Montréal  27 octobre 2011 11h56  Éducation

À retenir

    Diffusion web.
Le 3 octobre dernier, l’historien Éric Bédard rendait publique une étude sur la place de l’histoire nationale du Québec à l’université, y compris dans les formations à l’enseignement, étude commanditée par la Fondation Lionel-Groulx et la Coalition pour l’histoire du Québec et menée avec Myriam D’Arcy.

Les commentateurs ont en général souscrit à sa double thèse selon laquelle, d’une part, la réforme des programmes du secondaire est mauvaise et, d’autre part, les baccalauréats qu’il faut obtenir pour enseigner l’histoire à l’école contiennent trop d’histoire sociale et trop de cours d’éducation, mais pas assez d’histoire politique du Québec.

D’autres historiens ont défendu l’histoire sociale, ce qui est heureux, mais sauf erreur, personne n’a encore défendu l’éducation. Nous entendons ici combler cette lacune en rappelant certains faits et en rectifiant quelques demi-vérités.
Au Québec, les enseignants reçoivent une qualification qui leur permet en principe d’enseigner une matière. Il peut s’agir de champs très englobants au plan disciplinaire, comme l’enseignement primaire, ou plus spécifiques, comme l’enseignement des cours en musique au secondaire ou en sciences humaines. Le rapport Bédard s’intéresse au primaire et au secondaire.

Au secondaire


Lorsque les étudiants reçoivent leur baccalauréat en éducation, ils reçoivent aussi un brevet d’enseignement. Avec leur brevet, les étudiants du programme d’enseignement secondaire ayant choisi l’option univers social peuvent donner trois cours au secondaire: Géographie; Histoire et éducation à la citoyenneté; Monde contemporain. Au total, ces cours représentent 600 heures, dont 150 heures pour l’histoire du monde et 200 pour l’histoire du Québec. Former l’étudiant adéquatement interdit donc de limiter ses études disciplinaires aux seuls cours d’histoire du Québec et du Canada, à moins de revoir la structure des champs d’enseignement.

Par ailleurs, à l’Université de Montréal par exemple, le programme en enseignement au secondaire de l’univers social (BES-US) comprend deux ans d’étude en éducation, soit 60 crédits. Ces deux années incluent des cours spécifiques — comme ceux de didactique (portant sur ce qu’il faut enseigner, sur les débats historiographiques concernant ces contenus, sur les méthodes et moyens d’enseignement de l’histoire ou de la géographie, etc.) — et des cours généraux, comme ceux de psychopédagogie (sur la gestion de classe, la psychologie de l’adolescent, etc.) et d’évaluation, ainsi que de sociologie et de philosophie de l’éducation. Ces derniers procurent une formation générale — sur l’éducation — aux étudiants.

Enfin, ces deux années comprennent des stages totalisant 720 heures. Ceux-ci remplacent la période de probation qui existait auparavant: les étudiants reçoivent leur brevet en même temps que leur diplôme. Les 60 crédits disciplinaires sont répartis entre des cours de géographie et d’histoire, la part la plus grande étant réservée à l’histoire (dont 9 à 21 crédits en histoire du Québec).

Au total, les étudiants du BES-US reçoivent donc une formation dont le nombre de crédits de formation disciplinaire équivaut, en gros, à celle qui était offerte avant l’instauration du «nouveau» baccalauréat en éducation. En effet, jusqu’en 1994, le diplôme de majeur (60 crédits, soit deux ans d’université) en histoire, en géographie ou en économie, associé au certificat (30 crédits, soit un an d’université) en enseignement donnait droit à un baccalauréat et à un permis d’enseignement.

Il convient également de noter que le majeur en histoire n’était pas constitué uniquement de cours de cette discipline. Avec le jeu des options (en méthodologie, notamment) et des cours au choix, il pouvait ne contenir que 48 crédits d’histoire, dont seulement six en histoire du Québec ou du Canada. Par ailleurs, selon le rapport Lacoursière, 28 % des enseignants qui donnaient des cours d’histoire n’avaient, à cette époque, aucune formation en histoire.

Enfin, notons au passage que M. Bédard cite mal ses sources quand il affirme que le respect de la volonté de Mgr Parent (Rapport Parent, début des années 1960) implique que les deux tiers de la formation soient centrés sur les cours d’histoire. Le rapport prévoyait plutôt que les enseignants aient une formation universitaire de trois ans, dont deux ans dans la ou les matières d’enseignement pertinentes. L’actuelle formation de quatre ans ne s’éloigne donc pas de cette proposition en ce qui concerne l’offre de cours disciplinaires.

Autrement dit, la formation disciplinaire des maitres du secondaire ne s’est pas appauvrie avec les «nouveaux» programmes de formation à l’enseignement.

Au primaire


Les enseignants du primaire doivent s’occuper de toutes les matières. Dans leur baccalauréat, ce sont les cours de didactique qui traitent du contenu à enseigner. Il y a donc des cours de didactique du français, des mathématiques, des arts, etc. Les chargés de cours et professeurs qui donnent les cours de didactique des sciences humaines, par exemple, ont pour la plupart une maitrise et un doctorat en histoire. Tous les porte-paroles de la Coalition pour l’histoire peuvent-ils en dire autant?

Nous avons peu à attendre des fausses solutions présentées par M. Bédard. La vraie question est de s’assurer que les enseignants du secondaire ne se voient pas attribuer la responsabilité de cours qui ne relèvent pas de leur champ. Sinon, il faut prévoir des mesures appropriées. Ainsi, un enseignant formé en français qui aurait dans sa tâche un cours d’histoire devrait recevoir une formation d’appoint suffisante. De plus, la formation continuée des enseignants dans la ou les matières qu’ils enseignent devrait être encouragée, en prévoyant davantage de mesures incitatives, comme les dégagements. Enfin, pour améliorer la qualité de l’enseignement, la diminution du ratio maître/élèves doit être envisagée.

Dans cette proposition qui ne sert que l’apprentissage des élèves et donc le mandat social de l’éducation, ceux qui instrumentent l’histoire à des fins carriéristes, à l’Assemblée nationale ou à la télé, et pour la défense corporative d’un lobby — celui des postes de professeurs en histoire politique du Québec dans les universités — ne trouveront peut-être pas leur compte.

Marc-André Éthier, professeur de didactique de l’histoire à l’Université de Montréal
L’auteur a récemment codirigé l’ouvrage collectif Apprendre et enseigner l’histoire (PUL)

Ont également cosigné cette lettre: Mathieu Bouhon (professeur, Université de Sherbrooke), Vincent Boutonnet (chargé de cours, Université de Montréal), Marie-Hélène Brunet (chargée de cours, Université de Montréal), Jean-François Cardin (professeur à l’Université Laval), Stéphanie Demers (Professeur à l’UQO), Catherine Duquette (professeur, UQAC), Sonia Lafrance (chargée de cours, Université de Sherbrooke), David Lefrançois (professeur à l’UQO), Pierre Lalongée (chargé de cours, UQTR), Julia Poyet (professeur, UQAM), Viateur Karwera (chargé de cours,
UQAM).

 
 
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  • Godefroy
    Abonné
    vendredi 28 octobre 2011 13h50
    "Mandat social de l'éducation"
    Votre dernier paragraphe nuit beaucoup à votre argumentation:

    « Dans cette proposition qui ne sert que l’apprentissage des élèves et donc le mandat social de l’éducation, ceux qui instrumentent l’histoire à des fins carriéristes, à l’Assemblée nationale ou à la télé, et pour la défense corporative d’un lobby — celui des postes de professeurs en histoire politique du Québec dans les universités — ne trouveront peut-être pas leur compte.»

    Propos inutles concernant certains "carriéristes". Pas très didacticien, même pas du tout.

    Si j'ai bien compris votre métier est d'apprendre à instruire selon le "mandat social de l'éducation" - !!! - Ce n'est peut-être pas la compétence des profs qui est surtout en cause dans ce débat.

    Avez-vous consulté des profs du département d'histoire de votre université avant d'écrire votre texte? Monsieur, vous travaillez peut-être trop en silo.

  • Frederic Yelle
    Inscrit
    vendredi 28 octobre 2011 19h56
    L'éducation, notre avenir.
    En tant qu'étudiant en enseignement de l'univers social, j'appuie les propos tenus par M. Éthier.

    Frédéric Yelle, membre de l'Éducation, notre avenir.

  • Alexandre Dionne
    Abonné
    vendredi 4 novembre 2011 15h53
    Sur le co-signataire Jean-François Cardin, auteur d'un manuel d'Histoire du Canada....
    C'est ce même Cardin, consultant sur le programme tant contesté de la réforme de l'enseignement de l'histoire, qui a dit que l'enseignant au secondaire n'avait pas à discuter et enseigner les débats compliqués d'historiens autour des faits !!!!

    M. Cardin n'a certainement rien compris aux leçons de l'immense Paul Veyne sur l' " ontologique " de l'Histoire, qui est toujours un choix " par items ", ces " topoï ", ces topiques d'espèce, bref le questionnaire des conditions en série jugées importantes forgé par des siècles de cheminement et dont l'histoire nationale fait partie intégrante !

    Ceux qui se braquent sur la dangerosité de l'Histoire n'ont d'ailleurs pas entendu ce même Paul Veyne, prenant le contre-pied de Paul Valéry : " L'histoire est la plus inoffensive activité qu'ait produit l'intellect. " Je dirais qu'elle permet en fait un renversement plus insoupçonné et ne violant aucune " neutralité axiologique " : l'histoire rend intelligent, inventif, attentif aux problématiques et aux problématiques contraires en les comparant, par son fondamental comparatisme, qui fait qu'aucune perspective n'est plus absolument sacrée, normative, indispensable : l'inocuité de l'Histoire apprise, c'est cela : non qu'elle interdise d'agir, de prendre position sur le réel, parti pris dans le présent, mais qu'elle le fasse faire avec moins de drame, si l'on veut. Dans ces conditions idéales, la partialité axiologique perd de son tragique ! C'est cela qui devrait être enseigné, en rétablissant la place interdite à une histoire politique du nationale sérieuse que le tabou (fédéraliste ?) universitaire interdit, adepte aguerri de la " novlangue ", disait à raison l'intervenant Godefroy !

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