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    Aventure - Classe verte sur la Côte-Nord

    25 octobre 2011 |Lisa-Marie Gervais | Éducation
    Des élèves du Collège Stanislas photographiés par une des leurs près d’un monolithe spectaculaire de l’île Quarry, dans l’archipel de Mingan, sur la Côte-Nord.<br />
    Photo: Julia Carignan Des élèves du Collège Stanislas photographiés par une des leurs près d’un monolithe spectaculaire de l’île Quarry, dans l’archipel de Mingan, sur la Côte-Nord.
    «Mettez votre parka, je mets le mien, vous verrez d'où ce que le vent vient», chante le poète Vigneault. Aller voir d'où le vent vient, mais aussi comprendre la formation géologique du sous-sol québécois et étudier la faune et la flore de la Côte-Nord, c'est ce que les élèves de cinquième secondaire du Collège Stanislas ont fait en septembre dernier, en avalant les 900 kilomètres de bitume et de chemin de terre séparant Montréal de Havre-Saint-Pierre.

    Pour ces jeunes fréquentant un collège du réseau des écoles françaises, ce grand voyage «exotique» est un vaste projet pédagogique réalisé dans le cadre des cours d'histoire-géographie et des Sciences de la vie et de la terre (SVT), qui se fait chaque année depuis neuf ans. C'est le «Plan Nord» qu'on leur a concocté, au coût de 560 $ par personne. «Il y a une visée pédagogique à ce projet, mais aussi sociale, puisque l'idée, c'est que les groupes classes se connaissent bien en début d'année et vivent cette expérience à l'extérieur de l'école», explique Laure Bejannin, directrice des études au Collège Stanislas. Bien qu'ils vivent ici, certains élèves connaissent mieux Cuba que le Québec, a admis Thierry Agostini, enseignant d'histoire et géographie.

    Pendant cinq jours, quelque 160 élèves (dans trois autocars) de cette école privée d'Outremont sont allés sur la Côte-Nord pour l'explorer sous toutes ses coutures, de la formation géologique de son souterrain jusqu'au vol migratoire des oies des neiges. Tadoussac, Baie-Comeau, Sept-Îles, Havre-Saint-Pierre... L'itinéraire est bien serré, mais c'est pour leur permettre d'en voir le plus possible.

    C'est ainsi qu'une excursion en mer à Tadoussac devient un prétexte pour aborder les notions de génétique chez les mammifères marins du Saint-Laurent comme les bélugas. Qu'une visite à l'archipel des îles Mingan permet d'expliquer l'écosystème des tourbières et les combustibles fossiles. «Plutôt que de parler des barrages sur le Nil, on va parler des barrages sur la rivière Manicouagan», a souligné M. Agostini.

    Une démarche de naturaliste

    Pour le professeur de biologie Richard Zotier, c'est une occasion extraordinaire de vivre une expérience de terrain. «Les élèves prennent la dimension de ce pays en discutant avec les gens, en faisant leurs propres observations», a-t-il noté. «C'est une vraie démarche naturaliste», renchérit sa collègue, Noémie Maire. «Ça développe leur curiosité. Et le fait de nous voir très investis par rapport à notre environnement les pousse à eux-mêmes se poser des questions. Ils s'approprient beaucoup plus leur recherche et ça les motive beaucoup.» Il n'y a rien de tel que la réalité du terrain, croit Bénédicte Duret-Chambon, enseignante de biologie qui fait aussi partie du voyage. «Et en plus, ce qu'ils documentent, on va pouvoir s'en servir toute l'année dans nos enseignements», a-t-elle indiqué.

    Car ces jeunes découvreurs ont un procédé de documentation exemplaire. Le carnet de voyage qu'ils doivent produire est truffé d'anecdotes et d'informations factuelles rapportant ce qu'ils ont vu. «On a appris à prendre des notes dans toutes les conditions. Sous la pluie, dans le vent, dans l'autobus...», a lancé Amy Fall, sur un ton amusé. Les photos et les illustrations du carnet sont aussi de leur cru. «Ça permet aussi de travailler sur le respect de la propriété intellectuelle et des sources. C'est l'idée d'utiliser ses propres ressources plutôt que d'aller sur Internet et de prendre ce qui existe déjà», a expliqué M. Zotier.

    L'école de la vie

    Vivre cette expérience du bout du monde, c'est aussi aller à l'école de la vie. Apprendre à fonctionner en groupe, à se débrouiller dans la nature, à faire face à toute éventualité. Certains élèves semblent avoir été particulièrement marqués par la panne d'autobus, quelque part entre Sept-Îles et Havre-Saint-Pierre. Aussi bien dire au milieu de nulle part. «On s'est demandé si on allait camper sur place», a dit Matisse Harvey. Jeunesse oblige, le séjour a également été ponctué d'arrêts-magasinage au Walmart du coin et de repas au restaurant Saint-Hubert, que ces adolescents, pour la plupart issus de familles françaises, découvraient pour la première fois.

    Néanmoins, l'expérience sur la Côte-Nord de Vigneault aura laissé des traces plus profondes. Même s'il ne sera pas géographe, Antoine Berjot s'est découvert une passion pour la photo. Amy Fall a été touchée par la forêt protégée de l'île Quarry, dans l'archipel de Mingan, et Nadine Elraichani rapportera une sensibilité particulière à ces environnements que l'humain transforme. Une rencontre avec les Innus de Sept-Îles a particulièrement intrigué Chloé Granger. «J'ai vu qu'ils parlaient québécois, comme moi», a noté la jeune Québécoise. Mais, surtout, elle a éprouvé ce sentiment d'urgence de devoir mieux connaître et protéger la nature. «J'ai envie de faire connaître ces régions-là et de les préserver pour les générations futures. On veut ressembler aux autres pays, mais on ne veut pas préserver ce qu'il y a de beau au Québec», a-t-elle conclu avec beaucoup de sagesse.












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