Commissions scolaires - Les faux-fuyants
Lorsque la machine politique s'affole, il est bon de cueillir un peu de sagesse ailleurs que sur les parquets des congrès politiques. Aller fureter dans la tête de Paul Gérin-Lajoie, tiens, premier ministre de l'Éducation du Québec, celui qui en 1964 procéda à la mise au monde du réseau d'écoles tel qu'on le côtoie. Savoir ce que lui dit le débat entourant le rôle des commissions scolaires, celles que François Legault veut effacer, et que la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, rêve de métamorphoser en coopératives.
«Il faut se méfier de ces débats de structures qui m'apparaissent assez clairement des faux-fuyants alors qu'on devrait se préoccuper des débats de fond.» Voilà l'avis de M. Gérin-Lajoie, que la Fédération des commissions scolaires du Québec a raison de mettre en valeur sur son site — mais qui l'a vu? Ce grand sage n'est pas le dernier venu. Les résolutions de grand chambardement assorties de promesse d'un monde scolaire meilleur — et d'économies!!! — ne l'émeuvent pas. C'est à raison qu'il se méfie des ensorceleurs, ceux qui croient qu'en démolissant une structure on soignera tous les maux de l'école.
Suivant les voeux d'abolition de M. Legault, la ministre Line Beauchamp a tenté la semaine dernière une sortie de piste fort mal reçue par la base militante libérale, les anglophones y pesant de tout leur poids. Son idée de transformer les commissions scolaires en coopératives de services et de faire des directeurs les maîtres d'oeuvre de l'école a causé un certain émoi. La communauté anglophone a frémi devant cette menace, associée à l'effacement d'un de ses derniers remparts institutionnels.
Il est un peu aisé de dire que c'est la popularité galopante de la Coalition pour l'avenir du Québec dans les sondages qui a forcé la ministre Beauchamp à faire cette sortie impromptue et mal calculée. Il se peut aussi que tout cela soit motivé par d'irrépressibles envies de réduire les dépenses. Avec des compressions de 110 millions annoncées au printemps dernier, puis un ajout de 60 millions tout récemment, et la promesse de réductions d'au moins 100 millions l'an prochain, les commissions scolaires «coupent dans le gras». Le plan de réduction des budgets présenté cette fin de semaine prévoyait le retranchement à terme de 300 millions de plus. Tout cela, sans couper dans les services «directs» aux élèves? Balivernes! Une école mal déneigée, sans transport scolaire, ni toiture réparée, avec des professionnels en moins, l'accès restreint à des formations de personnel, offre bel et bien moins de services à ses élèves.
Les commissions scolaires et le ministère de l'Éducation s'entendent pourtant pour dire que le statu quo n'est plus possible. Les écoles seraient ravies de goûter à davantage de marge de manoeuvre. Mais il est utopique de croire qu'elles pourraient naviguer sans structure intermédiaire, et relever directement du ministère de l'Éducation. Cela risquerait de mener tout droit à un système plus centralisateur, exactement le contraire de ce que l'on nous vante en brandissant le marteau-pilon!
***
machouinard@ledevoir.com
«Il faut se méfier de ces débats de structures qui m'apparaissent assez clairement des faux-fuyants alors qu'on devrait se préoccuper des débats de fond.» Voilà l'avis de M. Gérin-Lajoie, que la Fédération des commissions scolaires du Québec a raison de mettre en valeur sur son site — mais qui l'a vu? Ce grand sage n'est pas le dernier venu. Les résolutions de grand chambardement assorties de promesse d'un monde scolaire meilleur — et d'économies!!! — ne l'émeuvent pas. C'est à raison qu'il se méfie des ensorceleurs, ceux qui croient qu'en démolissant une structure on soignera tous les maux de l'école.
Suivant les voeux d'abolition de M. Legault, la ministre Line Beauchamp a tenté la semaine dernière une sortie de piste fort mal reçue par la base militante libérale, les anglophones y pesant de tout leur poids. Son idée de transformer les commissions scolaires en coopératives de services et de faire des directeurs les maîtres d'oeuvre de l'école a causé un certain émoi. La communauté anglophone a frémi devant cette menace, associée à l'effacement d'un de ses derniers remparts institutionnels.
Il est un peu aisé de dire que c'est la popularité galopante de la Coalition pour l'avenir du Québec dans les sondages qui a forcé la ministre Beauchamp à faire cette sortie impromptue et mal calculée. Il se peut aussi que tout cela soit motivé par d'irrépressibles envies de réduire les dépenses. Avec des compressions de 110 millions annoncées au printemps dernier, puis un ajout de 60 millions tout récemment, et la promesse de réductions d'au moins 100 millions l'an prochain, les commissions scolaires «coupent dans le gras». Le plan de réduction des budgets présenté cette fin de semaine prévoyait le retranchement à terme de 300 millions de plus. Tout cela, sans couper dans les services «directs» aux élèves? Balivernes! Une école mal déneigée, sans transport scolaire, ni toiture réparée, avec des professionnels en moins, l'accès restreint à des formations de personnel, offre bel et bien moins de services à ses élèves.
Les commissions scolaires et le ministère de l'Éducation s'entendent pourtant pour dire que le statu quo n'est plus possible. Les écoles seraient ravies de goûter à davantage de marge de manoeuvre. Mais il est utopique de croire qu'elles pourraient naviguer sans structure intermédiaire, et relever directement du ministère de l'Éducation. Cela risquerait de mener tout droit à un système plus centralisateur, exactement le contraire de ce que l'on nous vante en brandissant le marteau-pilon!
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