Libre opinion - Hommage à Laure Gaudreault
En cette Semaine de l'école publique et pour la Journée internationale des enseignants, l'occasion est belle de se rappeler le courage et la clairvoyance d'une enseignante, d'une militante et d'une femme exceptionnelle: Laure Gaudreault. Née en 1889 et décédée en 1975, elle est à l'origine du syndicalisme enseignant au Québec.
En effet, le 2 novembre 1936 est fondée, à La Malbaie, l'Association catholique des institutrices rurales du district d'inspection primaire de La Malbaie (ACIR). Laure Gaudreault en est l'initiatrice. C'est une mesure injuste à l'égard des institutrices de campagne de la part du gouvernement fraîchement élu de Maurice Duplessis qui a poussé Laure Gaudreault à mettre sur pied une telle association revendicative. Alors que cette même année le Département de l'instruction publique venait tout juste de hausser le salaire minimum des institutrices rurales à 300 $ par année, Duplessis «cède aux pressions des commissions scolaires et réduit cette rémunération déjà pitoyable à 250 $ par année» (Pierre Graveline, Une histoire de l'éducation et du syndicalisme enseignant au Québec, éditions Typo et Pierre Graveline, 2003).
Dès ces débuts, les traits caractéristiques de ce que sera le syndicalisme enseignant québécois sont clairement affirmés: la défense des intérêts économiques des enseignantes est intimement liée à une préoccupation constante pour la qualité de l'enseignement. Le souci de faire de l'école une institution au service de la justice sociale se fait sentir derrière chaque revendication mise de l'avant. La question de la place des femmes dans la société est posée et elle ne pourra plus être ignorée; le statu quo ne sera plus possible.
Figure emblématique d'un Québec en devenir, Laure Gaudreault deviendra, en 1937, la première syndicaliste rémunérée en tant que présidente de la Fédération catholique des institutrices rurales du Québec (FCIR). Quand on se souvient que ce sont des femmes pour la plupart jeunes, sans sécurité d'emploi, isolées et très faiblement rémunérées — même selon les standards de l'époque (une vendeuse dans un grand magasin gagnait plus qu'une institutrice de campagne) —, on ne peut qu'être admiratif devant leur courage et leur détermination à obtenir que justice soit rendue.
À l'instar de plusieurs syndicalistes de l'époque, Laure Gaudreault a tiré son courage et a puisé sa détermination à agir pour changer les choses dans la foi religieuse qui l'animait depuis sa plus tendre enfance. Très fortement imprégnée par les enseignements de l'encyclique Rerum novarum du pape Léon XIII, encyclique parue en 1891, dans laquelle le Magistère se prononce pour les réformes sociales favorables aux miséreux et aux travailleurs traités injustement par un capitalisme prédateur jugé immoral, Laure Gaudreault restera fermement convaincue, toute sa vie, qu'une catholique sincère doit consacrer ses forces et ses talents au service de l'avènement d'une société où règnent la justice et l'entraide.
Cette inspiration religieuse menant à un engagement social et politique en faveur de réformes progressistes ne devrait pas nous surprendre. Ce fut le fait de la plupart des réformateurs de la société québécoise au XXe siècle. Ainsi, la majorité de nos révolutionnaires tranquilles ont été fortement influencés par les idéaux chrétiens de justice, d'égalité et de dignité inaliénable de chaque être humain nous faisant un devoir de secourir les plus faibles d'entre nous. On peut même supposer que le déclin d'un certain catholicisme ouvert au progrès social est une des raisons qui expliquent l'actuel affaiblissement moral de la gauche québécoise.
N'ayant plus le secours d'une transcendance sur laquelle s'appuyer pour articuler une critique forte de l'ordre établi, on se perd dans les sables mouvants d'un relativisme mou, les raisons de s'indigner semblent obscures et incertaines. Les raisins de la colère n'arrivent plus à mûrir dans les consciences qui sont de plus en plus nombreuses à s'égarer dans l'idéologie malsaine de la surconsommation: tout s'achète, tout se vend. [...]
Aujourd'hui encore, Laure Gaudreault demeure une source d'inspiration pour tous les enseignants qui conçoivent leur profession comme un engagement indéfectible à l'égard du bien commun. L'éducation est un bien éminemment précieux; c'est, à proprement parler, le moyen par lequel les individus et les sociétés peuvent accéder à une certaine liberté de penser et d'agir. Voilà pourquoi il est essentiel que l'État québécois mette fin à son système d'éducation à deux vitesses en cessant de financer l'école privée avec des fonds publics. La qualité de l'éducation doit être offerte à tous les enfants du Québec. Et pour ce faire, toutes les énergies et les ressources de l'État doivent être mises au service de l'école publique.
***
Éric Cornellier, enseignant au primaire
En effet, le 2 novembre 1936 est fondée, à La Malbaie, l'Association catholique des institutrices rurales du district d'inspection primaire de La Malbaie (ACIR). Laure Gaudreault en est l'initiatrice. C'est une mesure injuste à l'égard des institutrices de campagne de la part du gouvernement fraîchement élu de Maurice Duplessis qui a poussé Laure Gaudreault à mettre sur pied une telle association revendicative. Alors que cette même année le Département de l'instruction publique venait tout juste de hausser le salaire minimum des institutrices rurales à 300 $ par année, Duplessis «cède aux pressions des commissions scolaires et réduit cette rémunération déjà pitoyable à 250 $ par année» (Pierre Graveline, Une histoire de l'éducation et du syndicalisme enseignant au Québec, éditions Typo et Pierre Graveline, 2003).
Dès ces débuts, les traits caractéristiques de ce que sera le syndicalisme enseignant québécois sont clairement affirmés: la défense des intérêts économiques des enseignantes est intimement liée à une préoccupation constante pour la qualité de l'enseignement. Le souci de faire de l'école une institution au service de la justice sociale se fait sentir derrière chaque revendication mise de l'avant. La question de la place des femmes dans la société est posée et elle ne pourra plus être ignorée; le statu quo ne sera plus possible.
Figure emblématique d'un Québec en devenir, Laure Gaudreault deviendra, en 1937, la première syndicaliste rémunérée en tant que présidente de la Fédération catholique des institutrices rurales du Québec (FCIR). Quand on se souvient que ce sont des femmes pour la plupart jeunes, sans sécurité d'emploi, isolées et très faiblement rémunérées — même selon les standards de l'époque (une vendeuse dans un grand magasin gagnait plus qu'une institutrice de campagne) —, on ne peut qu'être admiratif devant leur courage et leur détermination à obtenir que justice soit rendue.
À l'instar de plusieurs syndicalistes de l'époque, Laure Gaudreault a tiré son courage et a puisé sa détermination à agir pour changer les choses dans la foi religieuse qui l'animait depuis sa plus tendre enfance. Très fortement imprégnée par les enseignements de l'encyclique Rerum novarum du pape Léon XIII, encyclique parue en 1891, dans laquelle le Magistère se prononce pour les réformes sociales favorables aux miséreux et aux travailleurs traités injustement par un capitalisme prédateur jugé immoral, Laure Gaudreault restera fermement convaincue, toute sa vie, qu'une catholique sincère doit consacrer ses forces et ses talents au service de l'avènement d'une société où règnent la justice et l'entraide.
Cette inspiration religieuse menant à un engagement social et politique en faveur de réformes progressistes ne devrait pas nous surprendre. Ce fut le fait de la plupart des réformateurs de la société québécoise au XXe siècle. Ainsi, la majorité de nos révolutionnaires tranquilles ont été fortement influencés par les idéaux chrétiens de justice, d'égalité et de dignité inaliénable de chaque être humain nous faisant un devoir de secourir les plus faibles d'entre nous. On peut même supposer que le déclin d'un certain catholicisme ouvert au progrès social est une des raisons qui expliquent l'actuel affaiblissement moral de la gauche québécoise.
N'ayant plus le secours d'une transcendance sur laquelle s'appuyer pour articuler une critique forte de l'ordre établi, on se perd dans les sables mouvants d'un relativisme mou, les raisons de s'indigner semblent obscures et incertaines. Les raisins de la colère n'arrivent plus à mûrir dans les consciences qui sont de plus en plus nombreuses à s'égarer dans l'idéologie malsaine de la surconsommation: tout s'achète, tout se vend. [...]
Aujourd'hui encore, Laure Gaudreault demeure une source d'inspiration pour tous les enseignants qui conçoivent leur profession comme un engagement indéfectible à l'égard du bien commun. L'éducation est un bien éminemment précieux; c'est, à proprement parler, le moyen par lequel les individus et les sociétés peuvent accéder à une certaine liberté de penser et d'agir. Voilà pourquoi il est essentiel que l'État québécois mette fin à son système d'éducation à deux vitesses en cessant de financer l'école privée avec des fonds publics. La qualité de l'éducation doit être offerte à tous les enfants du Québec. Et pour ce faire, toutes les énergies et les ressources de l'État doivent être mises au service de l'école publique.
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Éric Cornellier, enseignant au primaire
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