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Pour le bien de tous!

La Magna Carta québécoise a pour domaine l'éducation

1 octobre 2011 | Normand Thériault | Éducation
L’école publique guide les jeunes à travers un monde en perpétuelle évolution.<br />
Photo : Agence Reuters Charles Platiau L’école publique guide les jeunes à travers un monde en perpétuelle évolution.
Ils en étaient fiers, ces hommes et femmes politiques qui, à l'automne de 1961, donnaient au Québec une grande charte, celle de l'éducation. Depuis, l'école québécoise n'est plus une école de «rang», mais une école qui a pour mandat de préparer les jeunes et les moins jeunes à vivre dans un monde en évolution, que cette ère soit celle d'avant ou d'après la mondialisation.

On sait la portée d'une charte: le parlementarisme à l'anglaise a d'ailleurs trouvé sa justification, défini son existence, en rappelant avec force, parfois avec guerre à l'appui, qu'en 1066 le pouvoir royal a été accepté à la condition expresse que la Magna Carta alors déposée servirait de balise à l'exercice de la souveraineté.

Au Québec, en l'an de grâce 1961, un geste similaire a eu lieu: l'Assemblée législative, devenue depuis l'Assemblée nationale, adopte une grande charte de l'éducation. Dans les faits, la portée première d'un tel geste consacrait le fait que l'école serait accessible à tous, et ce, sans frais.

Le rapport Parent qui allait suivre trois ans plus tard a mis en forme de tels principes. S'il y eut un écueil, ce fut dans la mesure où, sous les pressions des institutions existantes, le clergé en tête, l'école dite «privée», des pensionnats aux collèges classiques, conserverait son droit d'existence. D'où le débat qui, 50 ans plus tard, perdure.

Sous-scolarisation


Et il y avait urgence d'agir en ce domaine, comme le rapporte un des acteurs majeurs de cette action d'éclat. Pour le sociologue Guy Rocher, un tel projet avait fait découvrir que l'héritage de Duplessis était calamiteux, indépendamment de ce que ce «cheuf» proclamait, pour qui le réseau scolaire québécois, ses cours d'économie familiale pour les jeunes filles en faisant la preuve, ce réseau était «le meilleur au monde».

«Pour moi, rappelle aujourd'hui Rocher, le grand scandale, dès le début, c'était d'apprendre que le Québec était l'une des provinces les moins scolarisées et que les francophones, au Québec, étaient une population sous-scolarisée.»

Il y eut donc action dans les années qui suivirent. Fini le temps où un simple diplôme de niveau primaire était une valeur admise pour décrire le bagage avec lequel un jeune pouvait vivre. Plus tard, l'arrivée des polyvalentes et des cégeps met fin à cette époque où il n'y avait qu'une solution de rechange unique au collège classique pour le niveau secondaire: s'il y aura toujours une filière de cours techniques, le réseau public aura aussi une voie ouverte qui mènera à l'université et aux études supérieures.

Conséquence de tout cela, dira aujourd'hui Rocher pour décrire cette introduction du Québec dans l'ère moderne: «C'est la grande clé qui a ouvert la Révolution tranquille et qui a fait que le Québec a été ce qu'il a été au cours des cinquante dernières années.»

Accessibilité

Les mesures législatives à elles seules ne transforment toutefois pas le monde. Que l'école soit ouverte n'a pas nécessairement pour résultat que tous et chacun veulent y entrer. Aussi, dire qu'il y a accessibilité signifie que le réseau scolaire doit être capable d'accueillir toute sa «clientèle» (car tel est le mot-clé qui essaime dans le discours politique pour décrire celui ou celle qui était auparavant un élève ou un étudiant ou une étudiante). On demande donc que les enseignants soient soutenus dans leur travail par toute une main-d'oeuvre d'appoint, du psychorééducateur au conseilleur en tout domaine.

Et il y a plus. Voilà que, pour boucler les budgets, les diverses commission scolaires, et ce, à la suite des directions des cégeps, se voient obligées d'imposer des frais annexes aux parents de ceux et celles qui fréquentent les établissements: il ne suffit plus de simplement équiper les élèves en papier, crayon, règle et gomme à effacer pour qu'en début d'année le cartable scolaire contienne tout ce qui est nécessaire pour devenir le parfait petit élève.

Fréquentation

Et aussi, pire, ce qui est gratuit est souvent dédaigné: le fléau du décrochage, même s'il n'est pas une exclusivité québécoise, sévit comme un virus pour lequel il semble n'y avoir aucun vaccin.

Et alors, sur la place publique, les inventeurs de solutions rapides se lancent à la poursuite des coupables: si on protège l'électorat potentiel, à bras raccourcis cependant on tombe sur les membres de la profession enseignante. Que notre société de consommation propose pour valeurs le plaisir simple et le loisir non gratifiant, on en fait fi, pour dire que, outre enseigner, en classe devrait se retrouver non pas un pédagogue mais quelqu'un qui soit à la fois psychologue, parent de remplacement et spécialiste en tout problème que peut rencontrer un jeune de 2 à 20 ans (ne congédie-t-on pas au hockey un instructeur qui n'est pas capable d'obtenir de ses joueurs qu'ils donnent soir après soir leur 110 % ?).

Mais l'école publique québécoise survit. Bien, même. Et qui entre dans ses locaux trouvera des femmes et des hommes qui se dévouent. Qui cherche trouvera cependant toujours, là comme ailleurs, qu'il y a matière parfois à discourir négativement, mais il devrait alors faire cependant la part des choses, décrire les «vices cachés» de nos sociétés et surtout discourir sur la perte de «valeurs» que génère un discours porté sur la simple consommation.

Car il y a preuve que le travail est exigeant pour qui professe: les jeunes enseignants débarquent toujours dans des classes, certes, mais il s'en trouvera plus d'un, quelques années plus tard, pour dire qu'il ne peut plus remplir la tâche.

Mais qui a dit que l'école devrait être nécessairement facile?
 
 
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