Du 3 au 8 octobre 2011 - Un lieu où on apprend à vivre ensemble
Une semaine pour célébrer l'école publique au Québec
Chaque année depuis maintenant trois ans a lieu à pareille date la Semaine de l'école publique organisée par la Fédération autonome de l'enseignement (FAE). On y célèbre l'école publique et on y honore les artisans qui y œuvrent. Cette année est particulière puisqu'on souligne également le 50e anniversaire de la Grande Charte.
Pour Pierre Saint-Germain, président de la FAE, la nécessité de créer une Semaine de l'école publique s'explique: «On se questionnait sur ce qu'on voit beaucoup dans les médias, c'est-à-dire, le plus souvent, des reportages négatifs au niveau de l'école publique. Quand on parle de l'école, c'est souvent pour faire ressortir ses travers et ses difficultés alors qu'en réalité, en y regardant de plus près, il y a près de 80 000 professeurs dans la province, 1 000 000 d'élèves et 3000 établissements scolaires, il ne peut pas qu'y avoir des choses difficiles qui se passent dans les écoles, et on trouvait important de contrebalancer un peu le discours.»
Loin de toujours voir tout en rose, Pierre Saint-Germain précise: «Si on fait partie de ceux qui dénoncent des situations difficiles dans les écoles, c'est parce qu'on souhaite aussi l'amélioration du système, et si on veut que ça s'améliore, même si nos gouvernements ne bougent pas, il faut prendre des moyens pour être entendu, donc, oui ça passe par des dénonciations publiques. Cependant, on a beau dire qu'il y 25 % ou 30 % de décrochage, il y a aussi 75 % des élèves qui réussissent.»
Donc, la FAE voulait lancer un message positif. Que l'on se souvienne, il y a trois ans, lors de la création de la première Semaine de l'école publique, on entendait alors beaucoup parler de ces fameux palmarès des écoles qui posaient un regard très dur sur l'école publique.
La FAE a rajusté le tir et tente maintenant de contribuer à valoriser l'école publique ainsi que ceux qui y travaillent pour en améliorer l'image. Tous prendront ainsi conscience que l'école dans laquelle ils évoluent est une école de qualité et qu'il s'y fait plein de belles choses. «Les enfants produisent de belles réalisations, on a des jeunes qui se développent et qui s'émancipent comme dans le réseau privé. L'école publique fait son travail sans avoir les mêmes outils ni les mêmes moyens pour y arriver. L'école publique, il faut le rappeler, est une école qui est ouverte à tous, c'est une école inclusive. L'école publique c'est le reflet des réalités sociales, c'est le lieu où on apprend à vivre ensemble», ajoute Pierre Saint-Germain.
La porte-parole de l'événement pour une troisième année est Claire Pimparé. «C'est une personne très engagée, c'est quelqu'un de très dynamique, tout le monde connaît Claire Pimparé, mais au-delà d'être une personne dynamique et connue, c'est quelqu'un qui croit profondément à l'école publique, c'est une femme de coeur», s'enthousiasme Pierre Saint-Germain.
Chaque année, l'événement réussit le tour de force de décréter une trêve en réunissant des organismes qui, comme le souligne M. Saint-Germain, «ne sont pas nécessairement des alliés naturels». Tout ce que compte le monde de l'éducation, syndicats, associations étudiantes, commissions scolaires, directeurs d'établissement, comités de parents, sera représenté d'une manière ou d'une autre.
Et tous s'engagent dans cette Semaine de l'école publique, des plus petits aux plus grands. «On va remettre une carte postale aux enfants du primaire et, dessus, ils vont écrire pourquoi ils aiment leur école. Cette carte sera ensuite remise à un adulte signifiant pour eux. C'est une manière d'amener les enfants à s'exprimer par rapport à leur école et pour les adultes, de recevoir ce message positif», a dit M. Saint-Germain. Du côté de la formation professionnelle et de l'éducation aux adultes, on s'est engagé en recevant une grande tournée des médias qui a visité divers centres de formation.
Hommage mérité
Cette année, la Semaine de l'école publique soulignera les cinquante ans de la Grande Charte de l'éducation. Elle est la mère de notre système d'éducation: «Le déclencheur, c'est cette Grande Charte, élément majeur du chantier amorcé par Paul Gérin-Lajoie, ministre de l'Éducation de l'époque. La Charte met les bases de l'école publique, ce projet d'école s'est raffiné avec le rapport Parent», rappelle M. Saint-Germain.
Comme chaque année, on soulignera la contribution d'une personnalité au monde de l'éducation. Après Lise Bissonnette et Brian Perro, on a pensé que l'année était merveilleusement choisie pour rendre hommage à Paul Gérin-Lajoie.
La valeur de cette fameuse Charte, qui date d'il y a cinquante ans, est-elle remise en question aujourd'hui? «On a mis en place un système où il y a l'école publique, soutenue par un réseau de commissions scolaires, c'est ce réseau qui est remis en question actuellement par plusieurs. Mais l'école publique en elle-même n'est pas remise en question, elle est toujours fragile parce qu'à partir du moment où l'État soutient également un réseau privé, ça fragilise constamment le réseau public. À partir du moment où on ne la finance pas à sa pleine mesure, où on ne lui donne pas les moyens de réaliser complètement sa mission, oui, ça remet, aux yeux de certains, en question sa capacité de répondre à sa mission», explique Pierre Saint-Germain.
Dans un contexte de coupes budgétaires, a-t-on encore les moyens de s'offrir une école publique gratuite et ouverte à tous? La question soulève un débat, et M. Saint-Germain rappelle que «c'est la question qu'une population doit se poser. Je pense que c'est ce vers quoi on devrait tendre, on devrait collectivement travailler à protéger l'école publique et à en assurer le développement. Sinon, l'école publique va devenir l'école des moins bien nantis, l'école des rejetés de la société.»
Pourtant, bon an mal an, l'école publique continue d'accueillir des enfants issus de tous les milieux et de toutes les cultures. Elle ouvre ses portes à tous sans aucune discrimination et offre au Québec un magnifique outil de cohésion sociale. «Elle favorise le vivre-ensemble. Pour le Québec, où on a beaucoup d'immigration, elle permet d'entrevoir ce creuset que sera la société québécoise de demain. L'école permet aussi aux nouveaux arrivants de se familiariser avec nos coutumes, les valeurs québécoises, et de s'approprier la langue française», soutient M. Saint-Germain.
La Fédération autonome de l'enseignement (FAE) a fêté en juin dernier son cinquième anniversaire. La FAE est une fédération issue d'un mouvement de désaffiliation de la CSQ (Centrale des syndicats du Québec) et de la FSE (Fédération des syndicats de l'enseignement). En 2006, des conflits politiques internes ont mené ultimement au départ des neuf syndicats qui forment maintenant la Fédération.
La FAE compte aujourd'hui 32 000 membres, dont tous les enseignants de l'île de Montréal, les trois commissions scolaires francophones, les commissions scolaires de la région de Laval et des Basses-Laurentides, et dans l'ouest, la FAE représente les enseignants du secondaire dans la région de Vaudreuil, tous les enseignants de l'Outaouais et également ceux de la Haute-Yamaska ainsi que ceux de la région qui entoure Granby. Les enseignants représentés travaillent dans les secteurs du préscolaire jusqu'au secondaire, y compris l'éducation des adultes et la formation professionnelle. La FAE représente aussi les enseignants de deux établissements privées qui sont financées à 100 % par l'État. Ce ne sont pas des écoles sélectives, ce sont des écoles ultraspécialisées pour des élèves avec de lourds handicaps ou des problèmes de comportements très graves.
***
Collaboratrice du Devoir
Pour Pierre Saint-Germain, président de la FAE, la nécessité de créer une Semaine de l'école publique s'explique: «On se questionnait sur ce qu'on voit beaucoup dans les médias, c'est-à-dire, le plus souvent, des reportages négatifs au niveau de l'école publique. Quand on parle de l'école, c'est souvent pour faire ressortir ses travers et ses difficultés alors qu'en réalité, en y regardant de plus près, il y a près de 80 000 professeurs dans la province, 1 000 000 d'élèves et 3000 établissements scolaires, il ne peut pas qu'y avoir des choses difficiles qui se passent dans les écoles, et on trouvait important de contrebalancer un peu le discours.»
Loin de toujours voir tout en rose, Pierre Saint-Germain précise: «Si on fait partie de ceux qui dénoncent des situations difficiles dans les écoles, c'est parce qu'on souhaite aussi l'amélioration du système, et si on veut que ça s'améliore, même si nos gouvernements ne bougent pas, il faut prendre des moyens pour être entendu, donc, oui ça passe par des dénonciations publiques. Cependant, on a beau dire qu'il y 25 % ou 30 % de décrochage, il y a aussi 75 % des élèves qui réussissent.»
Donc, la FAE voulait lancer un message positif. Que l'on se souvienne, il y a trois ans, lors de la création de la première Semaine de l'école publique, on entendait alors beaucoup parler de ces fameux palmarès des écoles qui posaient un regard très dur sur l'école publique.
La FAE a rajusté le tir et tente maintenant de contribuer à valoriser l'école publique ainsi que ceux qui y travaillent pour en améliorer l'image. Tous prendront ainsi conscience que l'école dans laquelle ils évoluent est une école de qualité et qu'il s'y fait plein de belles choses. «Les enfants produisent de belles réalisations, on a des jeunes qui se développent et qui s'émancipent comme dans le réseau privé. L'école publique fait son travail sans avoir les mêmes outils ni les mêmes moyens pour y arriver. L'école publique, il faut le rappeler, est une école qui est ouverte à tous, c'est une école inclusive. L'école publique c'est le reflet des réalités sociales, c'est le lieu où on apprend à vivre ensemble», ajoute Pierre Saint-Germain.
La porte-parole de l'événement pour une troisième année est Claire Pimparé. «C'est une personne très engagée, c'est quelqu'un de très dynamique, tout le monde connaît Claire Pimparé, mais au-delà d'être une personne dynamique et connue, c'est quelqu'un qui croit profondément à l'école publique, c'est une femme de coeur», s'enthousiasme Pierre Saint-Germain.
Chaque année, l'événement réussit le tour de force de décréter une trêve en réunissant des organismes qui, comme le souligne M. Saint-Germain, «ne sont pas nécessairement des alliés naturels». Tout ce que compte le monde de l'éducation, syndicats, associations étudiantes, commissions scolaires, directeurs d'établissement, comités de parents, sera représenté d'une manière ou d'une autre.
Et tous s'engagent dans cette Semaine de l'école publique, des plus petits aux plus grands. «On va remettre une carte postale aux enfants du primaire et, dessus, ils vont écrire pourquoi ils aiment leur école. Cette carte sera ensuite remise à un adulte signifiant pour eux. C'est une manière d'amener les enfants à s'exprimer par rapport à leur école et pour les adultes, de recevoir ce message positif», a dit M. Saint-Germain. Du côté de la formation professionnelle et de l'éducation aux adultes, on s'est engagé en recevant une grande tournée des médias qui a visité divers centres de formation.
Hommage mérité
Cette année, la Semaine de l'école publique soulignera les cinquante ans de la Grande Charte de l'éducation. Elle est la mère de notre système d'éducation: «Le déclencheur, c'est cette Grande Charte, élément majeur du chantier amorcé par Paul Gérin-Lajoie, ministre de l'Éducation de l'époque. La Charte met les bases de l'école publique, ce projet d'école s'est raffiné avec le rapport Parent», rappelle M. Saint-Germain.
Comme chaque année, on soulignera la contribution d'une personnalité au monde de l'éducation. Après Lise Bissonnette et Brian Perro, on a pensé que l'année était merveilleusement choisie pour rendre hommage à Paul Gérin-Lajoie.
La valeur de cette fameuse Charte, qui date d'il y a cinquante ans, est-elle remise en question aujourd'hui? «On a mis en place un système où il y a l'école publique, soutenue par un réseau de commissions scolaires, c'est ce réseau qui est remis en question actuellement par plusieurs. Mais l'école publique en elle-même n'est pas remise en question, elle est toujours fragile parce qu'à partir du moment où l'État soutient également un réseau privé, ça fragilise constamment le réseau public. À partir du moment où on ne la finance pas à sa pleine mesure, où on ne lui donne pas les moyens de réaliser complètement sa mission, oui, ça remet, aux yeux de certains, en question sa capacité de répondre à sa mission», explique Pierre Saint-Germain.
Dans un contexte de coupes budgétaires, a-t-on encore les moyens de s'offrir une école publique gratuite et ouverte à tous? La question soulève un débat, et M. Saint-Germain rappelle que «c'est la question qu'une population doit se poser. Je pense que c'est ce vers quoi on devrait tendre, on devrait collectivement travailler à protéger l'école publique et à en assurer le développement. Sinon, l'école publique va devenir l'école des moins bien nantis, l'école des rejetés de la société.»
Pourtant, bon an mal an, l'école publique continue d'accueillir des enfants issus de tous les milieux et de toutes les cultures. Elle ouvre ses portes à tous sans aucune discrimination et offre au Québec un magnifique outil de cohésion sociale. «Elle favorise le vivre-ensemble. Pour le Québec, où on a beaucoup d'immigration, elle permet d'entrevoir ce creuset que sera la société québécoise de demain. L'école permet aussi aux nouveaux arrivants de se familiariser avec nos coutumes, les valeurs québécoises, et de s'approprier la langue française», soutient M. Saint-Germain.
La Fédération autonome de l'enseignement (FAE) a fêté en juin dernier son cinquième anniversaire. La FAE est une fédération issue d'un mouvement de désaffiliation de la CSQ (Centrale des syndicats du Québec) et de la FSE (Fédération des syndicats de l'enseignement). En 2006, des conflits politiques internes ont mené ultimement au départ des neuf syndicats qui forment maintenant la Fédération.
La FAE compte aujourd'hui 32 000 membres, dont tous les enseignants de l'île de Montréal, les trois commissions scolaires francophones, les commissions scolaires de la région de Laval et des Basses-Laurentides, et dans l'ouest, la FAE représente les enseignants du secondaire dans la région de Vaudreuil, tous les enseignants de l'Outaouais et également ceux de la Haute-Yamaska ainsi que ceux de la région qui entoure Granby. Les enseignants représentés travaillent dans les secteurs du préscolaire jusqu'au secondaire, y compris l'éducation des adultes et la formation professionnelle. La FAE représente aussi les enseignants de deux établissements privées qui sont financées à 100 % par l'État. Ce ne sont pas des écoles sélectives, ce sont des écoles ultraspécialisées pour des élèves avec de lourds handicaps ou des problèmes de comportements très graves.
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Collaboratrice du Devoir








