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50 ans de passion - Ils et elles l'appellent «Madame Antonine»

Antonine Boily a célébré en juin dernier 50 années d'enseignement

1 octobre 2011 | Anne-Laure Jeanson | Éducation
Pour Antonine Boily, enseigner est un acte d’amour.<br />
Photo : source Anne-Laure Jeanson Pour Antonine Boily, enseigner est un acte d’amour.
Ses élèves l'appellent Madame Antonine. Elle aurait pu prendre sa retraite il y a 15 ans, en même temps que son conjoint, mais elle n'était pas prête. «Je sentais que j'allais mettre un moteur à terre quand il était bon pour continuer.» Et l'aventure se poursuit.

En juin dernier, elle a fêté ses 50 ans de carrière, dont 27 ans passés à l'école J.-Jean-Joubert, à Laval. Au début de l'année, la directrice a présenté l'ensemble du corps enseignant. «En me présentant, elle a dit: "Voilà celle qui ne veut pas partir"», raconte Antonine Boily, avec le sourire.

Pour l'institutrice, enseigner, c'est chaque jour nouveau. Malgré son expérience, le niveau d'approche est toujours différente d'un groupe à l'autre et d'un élève à l'autre. Pour ceux qui ne veulent pas beaucoup apprendre, elle trouve une manière de les motiver. «On leur présente la magie de la matière, il faut que ça soit très imagé. Quand tu sens que ça embarque, que la motivation vient, tu as gagné ce grand défi.»

«Un professeur, c'est un acteur, dit-elle. S'il est dans son livre, il n'intéressera pas les jeunes. Mais s'il est capable de se dégager de son livre et de rendre la matière vivante en facilitant l'intégration, c'est merveilleux. Il va les avoir.»

Pour ça, il faut aimer son métier, «parce qu'il y a beaucoup à mettre sur ses épaules. Si tu n'as pas la passion, c'est trop exigeant. Ça vient vider les tripes», poursuit-elle.

Partir en croisière

Mme Boily organise sa classe de façon originale. Tel un conteur, elle affectionne la symbolique de la croisière. «Je dis toujours à mes élèves, qu'on fait une traversée: on découvre le monde.» Même en mathématiques, ils étudient les gros chiffres par le prisme de dix pays (population, superficie, monnaie). «Ils vont sur Internet et, tout de suite, ça les met au monde», déclare Mme Boily.

Les jeunes partent sur un bateau qu'ils auront au préalable baptisé. Cette année, ce sera Le Condor. Des capitaines sont élus tous les trois mois, avec la responsabilité d'organiser une fête de l'amitié dans cinq ports choisis. Chacun donne alors, avec son équipage, une présentation en géographie lors de laquelle ils peuvent se costumer et déguster un mets du pays.

Les jeunes aspirants préparent leur discours. Cela rejoint ainsi le cours de communication. «C'est vraiment merveilleux d'entendre les petits textes qui sortent, avec à la fin un "Votez pour moi!", témoigne l'enseignante.

Lorsque des jeunes du secondaire viennent la voir pour lui demander conseil ou simplement la remercier, elle leur répond: «Ça se peut pas, je vous ai tellement donné de devoirs, puis de leçons, vous m'aimez quand même?» Ils rient. Ces témoignages sont une belle reconnaissance pour le maître. «Là, j'ai mon salaire», lance-t-elle.

Si un enfant cherche à connaître son âge, amusée, elle va lui donner un problème de mathématiques: (7? + 4x5).

Développer des habiletés

L'enseignement est un art imparfait. On tente toujours d'en améliorer certains aspects. Aujourd'hui, l'approche est plus intégrante qu'auparavant. Elle force davantage le jeune à synthétiser, à aller chercher ses connaissances et à les utiliser correctement. «On voit des petites têtes qui jugent bien, qui sont capables d'apporter des hypothèses. Auparavant, quand on formait par mémorisation. On figeait un peu, tandis que là c'est l'ouverture.»

Les jeunes générations sont plus ouvertes qu'en 1960, estime Mme Boily, et sont stimulées par toutes les technologies qui les entourent. «Ce sont des jeunes qui seront créateurs, s'ils sont bien dirigés. Des jeunes qui changeront la société», croit l'enseignante.

Les méthodes d'apprentissage et la pédagogie évoluent rapidement. Chaque année, ces professionnels suivent environ une semaine de formation. Cela leur permet d'assimiler de nouvelles façons de faire, mais aussi d'aborder les problèmes de comportement de certains jeunes. «Aujourd'hui, en facilitant l'intégration, il y a de plus en plus de problèmes, de plus en plus gros. C'est une dimension nouvelle», constate Mme Boily.

Il peut y avoir un accompagnateur pour un enfant autiste, comme elle en a un cette année, mais cela nécessite également une démarche et un savoir-faire du maître pour réagir. L'enseignant ne peut pas rester stagnant. Il doit s'ouvrir à tous ces nouveaux apprentissages.

Pour une jeune institutrice, cela peut être difficile. D'abord, il y a la précarité, puis elle peut être ballottée pendant plusieurs années au début. «Lorsque j'ai commencé au Saguenay, à 18 ans, on était repêché par les gens de la place, comme l'équipe de hockey», raconte celle dont la famille a fait de l'enseignement une vocation. Sur cinq de ses soeurs, quatre ont enseigné.

«Notre profession voudrait être reconnue par la société au même titre que le médecin, insiste l'institutrice. On ne soigne pas le corps, mais on soigne tout le temps l'esprit et le devenir de l'enfant. Si la base n'est pas bien donnée, la suite risque d'être fausse.»

Enseigner en 2011, pour Antonine Boily, «c'est un grand acte, un acte créatif et un acte d'amour».

***

Collaboratrice du Devoir
 
 
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