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Fédération québécoise des directions d'établissements d'enseignement - La spécificité d'une école repose sur son projet éducatif

« Revaloriser l'école publique, c'est d'abord valoriser le personnel qui y oeuvre »

1 octobre 2011 | Marie-Hélène Alarie | Éducation
Une classe de l’école secondaire Pierre-Dupuy, à Montréal<br />
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir Une classe de l’école secondaire Pierre-Dupuy, à Montréal
L'école publique a bien besoin de revalorisation, et une petite tape dans le dos serait la bienvenue. Pourtant, les gens qui y travaillent ne baissent pas les bras, et c'est avec passion que la présidente de la Fédération québécoise des directions d'établissements d'enseignement, Chantal Longpré, nous parle de ce qui devrait être un trésor national, propriété de toute la population.

Pour un second mandat à la présidence de la Fédération québécoise des directions d'établissements d'enseignement, Chantal Longpré représentera encore durant trois ans les directeurs d'écoles publiques et les adjoints, au primaire comme au secondaire, à la formation professionnelle ainsi qu'à l'éducation des adultes, et ce, un peu partout au Québec.

Cette fédération, qui fêtera son 50e anniversaire en 2012, travaille durement à faire reconnaître la profession de direction d'école. «Une profession mal connue et pas assez visible», raconte Mme Longpré, «mais aussi une profession pas reconnue parce qu'elle ne s'acquiert pas avec l'obtention du baccalauréat, puisqu'on n'est pas un directeur d'école, mais qu'on le devient après avoir été enseignant.»

S'il est admis que ce soit la direction qui donne sa personnalité à un établissement, elle ne le fait pas toute seule: «Le directeur est responsable, oui, mais avec toute son équipe, ainsi qu'avec les parents et avec la collectivité, de la vision qu'il veut donner à l'école. Il faut que tout le monde participe, parce qu'une direction d'école toute seule n'ira pas bien loin», dira Mme Longpré.

D'un quartier à l'autre

Une école publique appartient à un quartier et à sa collectivité. Elle prend le pouls du milieu dans lequel elle évolue, à travers les gens qui la composent et ses interventions quotidiennes auprès de ces personnes. Une direction d'école devient alors le pivot autour duquel tout gravite: le CLSC, les services municipaux, les enseignants, les parents et les enfants. En ce sens, la direction est en mesure de récolter beaucoup d'informations provenant d'un grand nombre de groupes. La direction d'école peut ainsi définir sa mission en fonction même des besoins de la communauté qui l'accueille.

Le projet d'éducation dont s'est doté le Québec au milieu des années 60 repose sur une école publique accessible à tous. «Pour ma part, le premier geste que doit poser toute société, c'est de s'assurer de scolariser ses jeunes; nous, au Québec, c'est à travers l'école publique qu'on le fait le mieux parce que cette école est disponible pour tous», assure Chantal Longpré.

Mais cette école que tous souhaitent voir demeurer si inclusive, souffre aujourd'hui d'étouffement chronique et arrive mal à remplir sa mission. Donne-t-on à l'école publique tous les moyens pour qu'elle s'épanouisse? «Non, les moyens ne sont pas suffisants, affirme Mme Longpré. On doit obéir à certaines façons de faire, à certaines pratiques qu'on a voulu appliquer uniformément. On s'est alors retrouvé avec une école sans ressources. Je pense entre autres aux élèves (en difficulté, aux nouveaux arrivants) qui sont maintenant intégrés et aux ressources qui n'ont pas suivi cette intégration. L'école n'arrive plus à faire son travail: instruire, socialiser et qualifier, parce que l'école a des ambitions, mais n'a pas suffisamment de ressources pour les réaliser.»

Public contre privé


Si la totale accessibilité à l'école publique est sa plus grande qualité, c'est aussi un gros caillou dans sa chaussure. Comment ne peut-elle pas souffrir la comparaison avec sa concurrente l'école privée? Mais voilà justement où réside le problème: à cause de son très vaste mandat, l'école publique ne peut pas être comparée au secteur privé. «L'école publique possède sa réalité et ses particularités. Elle devra toujours exister en tant qu'école ouverte qui accueille tout le monde. Ce qui se passe actuellement, c'est qu'on ne donne pas à l'école publique la même chance qu'à d'autres écoles. Les ressources n'étant pas les mêmes, l'école publique présentement assume énormément. On n'a qu'à penser aux services de garde qui sont maintenant dans les écoles. Tout ça a nécessité des aménagements physiques, des aménagements humains incroyables. On reconnaît son existence en disant que l'école publique, c'est pour tout le monde, mais en même temps on vient la coincer avec des attentes qui sont souvent grandes et qui ne répondent pas toujours à la réalité de chacune des écoles», insiste Chantal Longpré.

Si le besoin d'argent est criant dans le domaine de l'éducation publique, on se questionne aussi sur les façons dont les budgets sont attribués. «Dans une même commission scolaire, on retrouve un milieu très favorisé alors qu'un autre sera défavorisé, les besoins n'y sont pas les mêmes, explique Chantal Longpré. Dans un milieu je vais avoir besoin de ressources professionnelles plus spécialisées, plus pointues, puis ailleurs ce sera autre chose qui ne conviendrait pas du tout aux deux en même temps. Nous, les directeurs, ce qu'on souhaite, c'est que chaque école qui est unique soit reconnue comme telle.»

Projet éducatif


Le projet éducatif appartient en propre à chacune des écoles. Ce projet varie selon les collectivités en reconnaissant le caractère unique de chaque école. «Il faut donc s'assurer que l'école réponde le mieux possible aux besoins des enfants qui se trouvent dans la collectivité de l'école. Il faut que l'école se rapproche de sa communauté si elle veut se valoriser encore plus. Plus l'école va ouvrir ses portes et plus la collectivité va entrer dans l'école, plus on va trouver intéressant et valorisant d'appartenir à cette école publique», explique Mme Longpré.

Depuis quelques années, afin de s'assurer de la stabilité de la clientèle, les écoles secondaires publiques ont vu plusieurs projets spéciaux faire leur apparition. On pense aux programmes sport-études ou aux autres axés sur la musique ou la danse. Chantal Longpré trouve ces projets fort intéressants, mais précise «qu'il faut faire attention à ce qu'ils ne deviennent pas des endroits fermés ou des ghettos où les élèves n'ont pas conscience de ce qui se passe à l'extérieur». Elle aurait plutôt tendance à encourager des programmes avec des critères minimaux ayant pour base les intérêts et non les compétences des enfants pour une discipline.

Aujourd'hui, l'école publique fait face à des défis titanesques. Continuer à garder cette école vivante est primordial afin que tous prennent conscience du rôle qu'elle joue dans la société. Un des moyens d'y parvenir, c'est de la revaloriser constamment. Pour ce faire, Chantal Longpré nous laisse des pistes de solution: «Je dirais que revaloriser l'école publique, c'est d'abord valoriser le personnel qui y oeuvre, entre autres les enseignants, et donner une place réelle aux élèves. Je n'arrêterai jamais de croire en l'école publique, son héritage et son potentiel sont à renouveler sans arrêt. Pour qu'elle demeure présente, il faut qu'elle devienne de plus en plus forte, il faut reconnaître que chaque école est unique, il faut maintenant que, à l'ère d'Internet, on pense aller là où se trouvent les élèves, c'est-à-dire sur les réseaux sociaux. L'école a besoin de s'ajuster aux réalités de la société... Mais tout est une histoire de moyens, de responsabilités et d'autonomie. J'ai espoir qu'on y arrive...»

***

Collaboratrice du Devoir
 
 
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