Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?
Abonnez-vous!
Publicité

Un réseau s'interroge - L'école publique est-elle vraiment accessible à tous ?

« L'accessibilité se resserre de plus en plus, que ce soit au niveau économique ou au niveau des critères d'admission »

1 octobre 2011 | Anne-Laure Jeanson | Éducation
Depuis plusieurs années, l’importance de développer un sentiment d’appartenance, un lien avec les élèves qui ne soit pas académique, n’est plus à démontrer. <br />
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir Depuis plusieurs années, l’importance de développer un sentiment d’appartenance, un lien avec les élèves qui ne soit pas académique, n’est plus à démontrer.
Même si la loi sur l'instruction publique dit que l'école doit être accessible à tous sans frais, les familles se voient imposer des factures de toutes sortes depuis le milieu des années 1990. Aujourd'hui, les coûts varient de cent dollars à quelques centaines de dollars.

Selon le conseiller aux communications de l'Alliance des professeures et professeurs de Montréal, Yves Parenteau, le réseau public remplit moins son mandat qu'auparavant. «L'accessibilité se resserre de plus en plus, que ce soit au niveau économique ou au niveau des critères d'admission.»

Les premières dépenses imposées allaient un peu de soi, comme pour le transport scolaire et les services de garde. «Cela restait raisonnable. C'était socialement accepté», dit-il. Mais, lorsque Lucien Bouchard est arrivé au pouvoir, en 1997, avec sa politique de déficit zéro, les frais directs se sont multipliés. On a commencé à demander aux parents de l'argent pour les photocopies, les cahiers d'exercices, les surveillances de dîners, les sorties éducatives et ainsi de suite.

Plus de 450 $, c'est ce qu'a payé M. Parenteau pour inscrire sa fille dans un établissement secondaire public classique, cette année. «Si elle avait été dans une école au programme international, on m'aurait peut-être demandé 800 $.»

Dans ces procédures, les professeurs sont souvent montrés du doigt par les familles, «mais eux aussi doivent débourser de leur poche pour couvrir certains frais», note le président de l'Alliance, Alain Marois. Sa conjointe, qui enseigne les sciences dans un établissement du Plateau Mont-Royal, à Montréal, achète ses produits elle-même pour mener des expériences sur le goût, car le matériel n'est pas suffisant.

La position du syndicat est sans équivoque. Il ne devrait y avoir aucuns frais pour les parents et l'école devrait être totalement gratuite du préscolaire jusqu'à l'université.

Vocation ou projet particuliers

Les écoles à vocation ou à projet pédagogique particuliers restreignent aussi l'accessibilité au réseau public, selon Yves Parenteau. D'un point de vue économique d'abord. Pour participer à un programme d'art dramatique, l'élève et sa famille doivent payer des frais supplémentaires de costumes et de déplacements.

«Cela peut être encore plus coûteux pour ceux qui sont, par exemple, dans un projet informatique ou musical, poursuit le conseiller. Cela nécessite presque automatiquement d'a-voir son propre ordinateur ou son instrument.»

Une vaste consultation des membres de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE) a débuté en 2010 sur la question des projets particuliers, notamment ceux dits d'éducation internationale. «Ils se multiplient, c'est épidémique», reconnaît M. Parenteau. Ces programmes sont-ils la seule façon — comme certains le pensent — d'éviter l'exode vers le privé ou n'est-on pas en train de se créer de nouveaux problèmes? Les enseignants sont divisés.

L'accessibilité, dans le cas des écoles à vocation ou à projet particuliers, n'est pas uniquement économique, elle s'effectue aussi sur la base d'une sélection. Les commissions scolaires s'arrachent les cheveux. «On est les premiers à dire, au syndicat, qu'il ne faut pas que ce soit sélectif, mais qu'est-ce qu'on fait quand il y a 2000 élèves intéressés et qu'il n'y a que 200 places?», demande M. Parenteau. Les méthodes sélectives varient: tirage au sort, premiers arrivés- premiers servis, examens ou tests de connaissance.

Enfin, selon le conseiller syndical, l'école à vocation particulière, comme l'école de cirque, devrait admettre la clientèle du quartier.

De quelle école publique parle-t-on ?


A contrario, le président de la Fédération nationale des enseignants et enseignantes du Québec, Jean Trudelle, pense que tous les enfants ont le droit d'accéder à des projets particuliers. Les écoles devraient pouvoir développer des programmes spécifiques, sans faire de sélection.

«Dans les quartiers favorisés, une école peut demander [de l'argent] aux parents, ce qu'un établissement dans un quartier défavorisé ne peut pas faire. Pourtant, ce sont les écoles de ces quartiers qui en auraient le plus besoin», déclare M. Trudelle.

L'État devrait régglementer ces choses-là et faire le nécessaire pour que tous les établissements puissent proposer un projet éducatif complet, poursuit-il. Depuis plusieurs années, l'importance de développer un sentiment d'appartenance, un lien avec les élèves qui ne soit pas académique, n'est plus à démontrer.

«Une véritable école publique de qualité, c'est un système scolaire qui offre à tout le monde un environnement, un milieu de vie, même dans les quartiers défavorisés. Les jeunes que l'école échappera sont promis à un bien sombre avenir», selon lui.

Restrictions

La présidente du Syndicat de l'enseignement de la région de Laval, Chantal Crochetière, reconnaît que, mê-me si le réseau public est très accessible, certains établissements débordent. «Des jeunes doivent être transférés dans une autre école que celle de leur quartier. Ça arrive assez régulièrement. C'est très émotif quand ça se passe.»

Depuis deux ans, huit é-coles situées dans des quartiers défavorisés de l'île Jésus ont, par ailleurs, perdu leur indice de défavorisation, car les calculs du ministère ont été modifiés. Cela se traduit par la suppression de certaines subventions de l'État et la fin du nombre d'élèves moins élevé par classe.

«Ça, c'est plus difficile, parce que ça reste des écoles qui sont dans des quartiers défavorisés. À Laval, il n'en reste que deux [qui reçoivent des aides], ce qui n'est pas logique», conclut Mme Crochetière.

***

Collaboratrice du Devoir
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer
Publicité
Articles les plus : Commentés|Aimés
Blogues
Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel