Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    La nécessaire valorisation des enseignants

    Une exposition retrace l'histoire du syndicalisme des enseignants au Québec

    24 septembre 2011 |Caroline Montpetit | Éducation
    Manifestation contre la loi 111 en 1983, qui force le retour au travail des eneignants en grève avec de lourdes pénalités.<br />
    Photo: Centrale des syndicats du Québec Manifestation contre la loi 111 en 1983, qui force le retour au travail des eneignants en grève avec de lourdes pénalités.
    Lorsque Laure Gaudreault a fondé le premier syndicat d'enseignants du Québec, le 2 novembre 1936, il y a 75 ans, une institutrice rurale gagnait environ 200 $ par année, soit quatre fois moins qu'une vendeuse chez Eaton et cinq fois moins que ses collègues masculins.

    Pour ce salaire, elle rentrait le bois de chauffage dans l'école, allumait le poêle et la lampe à pétrole, enseignait parfois à des enfants de sept niveaux différents et pourvoyait souvent à leurs besoins matériels.

    Une Révolution tranquille, bien des luttes syndicales et bien des réformes plus tard, un enseignant de niveau primaire ou secondaire gagne de 45 000 $ à 72 000 $ par année au Québec, selon son ancienneté. Ce sont des modifications qui indiquent sans doute la prise de conscience du Québec quant à l'importance de l'éducation.

    Le mouvement syndical

    Mais ces changements ne seraient pas survenus sans le mouvement syndical, et c'est ce qu'ont fait valoir divers acteurs du milieu de l'éducation en présentant l'exposition De l'idée à l'action, sur le syndicalisme enseignant au Québec, à l'Écomusée du fier monde, rue Amherst, à Montréal.

    Cette exposition survient sciemment, alors que l'on met en question la pertinence des syndicats sur la place publique, entre autres à l'Action démocratique du Québec ou dans le Réseau Liberté-Québec, reconnaît Jean-François Piché, de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), qui a travaillé de près à monter l'exposition.

    «Il n'y a plus beaucoup de cours d'histoire qui parlent des syndicats», dit-il. L'exposition raconte par exemple comment les syndicats de métier ont côtoyé jusqu'en 1950 les syndicats catholiques. Le clergé, qui avait alors une mainmise importante sur l'éducation, favorisait bien sûr les seconds, entre autres parce que les premiers faisaient la promotion de l'éducation universelle et démocratique. Par ailleurs, la grève était également fortement découragée dans les syndicats catholiques. Quant aux femmes, on contestait leur syndicalisation, car celle-ci était interprétée comme une rébellion contre l'autorité, un apanage jugé pas très féminin...

    Reste que grèves il y a eu, souvent suivies de décrets ordonnant le retour au travail. Après 1960, les syndicats négocient désormais directement avec le ministère de l'Éducation.

    Moins valorisé aujourd'hui


    Si les conditions actuelles des enseignants sont loin d'être celles qui ont vu naître les syndicats, Anita Caron, une ancienne enseignante et professeure émérite à l'UQAM, interrogée dans le cadre de l'exposition, avance que le travail est peut-être encore plus difficile aujourd'hui, moins valorisé, en tous les cas, tout au moins par les élèves.

    «C'était une fonction presque maternelle. Il y avait un lien avec les élèves», dit-elle, ajoutant que les enseignants vivent aujourd'hui beaucoup plus d'anonymat.

    Aujourd'hui, les syndicats ont aussi plus de difficulté à mobiliser leurs membres, devant un certain morcellement des intérêts, dit Jean-François Piché. Et 20 % des enseignants quittent la profession avant cinq ans, selon les statistiques de la CSQ. «C'est très dur et les gens ne tiennent pas le coup», dit Anita Caron.

    «Les enseignants ont un peu perdu le statut qu'ils avaient acquis dans les années 1960-1970», reconnaît Jean-François Piché. On les consulte moins et il s'ensuit un manque de valorisation de la profession.

    Reste que, quoi qu'on en dise, c'est dans leurs classes que l'éducation se fait. L'Écomusée du fier monde invite le public à rencontrer des enseignants retraités pour écouter leurs souvenirs, les 30 septembre et 2 octobre prochains.












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.