En milieu de travail - «Nous étions très en avance jusqu'aux années 80»
Il faut régler le problème de l'accessibilité et de l'horaire des programmmes
Photo : Source Université de Sherbrooke
Un cours de formation continue à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke
Le Québec est-il un premier de classe ou un cancre dans le domaine de la formation continue? Le Devoir a posé la question à deux spécialistes en la matière.
L'offre de formation continue s'affiche partout chaque année à la rentrée. Si les établissements développent autant de nouvelles formations, la demande doit être au rendez-vous. Peut-on en conclure que les Québécois prennent la formation continue au sérieux?
«Il y a 20 ans au Québec, environ 20 % des adultes faisaient de la formation continue liée au travail. C'était pourtant 30 % dans le reste du Canada. Maintenant, on a rejoint le reste du Canada. Par contre, il s'en fait plus aux États-Unis et beaucoup plus en Europe, où, dans plusieurs pays, de 45 % à 50 % des adultes font de la formation», affirme Paul Bélanger, professeur au Département d'éducation et de formation spécialisées de l'UQAM.
Dominique Bouteiller, professeur en gestion des ressources humaines à HEC Montréal, croit qu'on ne fait jamais assez de formation continue. «C'est une quête infinie de la compétence! Que ce soient les employés, les cadres, les directeurs généraux ou les membres des conseils d'administration, tous en ont besoin. Les composantes des entreprises, le contexte et les lois n'arrêtent jamais d'évoluer. Les compétences doivent évoluer en parallèle», explique-t-il.
Le rôle des entreprises
Paul Bélanger croit que les progrès visibles au Québec sont en partie attribuables à la Loi favorisant le développement et la reconnaissance des compétences de la main-d'oeuvre. Cette loi oblige les entreprises dont la masse salariale annuelle est de plus d'un million de dollars à investir au moins 1 % de cette masse salariale dans la formation.
«La loi a amené les entreprises à rendre visible la formation. Puisqu'elles devaient dépenser des sommes, les entreprises se sont mises à avoir des responsables de la formation. Les choses se sont améliorées, mais il y a encore des pas à faire», affirme M. Bélanger.
Le chercheur, également président du Conseil international de l'éducation des adultes, remarque que certains types de travailleur sont souvent laissés pour compte. Il pense par exemple à ceux qui n'ont pas d'emploi permanent.
«C'est difficile aussi dans les petites entreprises, affirme-t-il. Certains secteurs sont aussi en retard, comme le secteur industriel, où l'emploi est routinier. D'autres sont plus avancés, comme celui des mines. Auparavant, ces emplois nécessitaient très peu de compétences. Aujourd'hui, ce sont des emplois très technologiques. Les camions sont dirigés à distance! La formation est essentielle.»
Dominique Bouteiller refuse, pour sa part, de se prononcer sur les types d'entreprise qui font bien et sur ceux qui font mal en matière de formation. «Chaque entreprise a des pratiques différentes. Je crois qu'un employeur qui gère mal ses ressources humaines gérera mal la formation, peu importe son secteur d'activité», affirme-t-il.
L'accessibilité
Paul Bélanger remarque toutefois que, dans bien des cas, la formation est difficile d'accès.
«L'un des grands problèmes, c'est qu'on a énormément de difficultés à ouvrir les cégeps les soirs et les fins de semaine. Il y a toutes sortes de règles administratives qui empêchent par exemple un travailleur de s'inscrire à un seul cours et non à un programme en entier. Il y a aussi une résistance syndicale. Certains cégeps font des percées extraordinaires, mais, dans l'ensemble, c'est difficile.»
Il voit le même problème dans les centres de formation professionnelle. «Quelques centres seulement réussissent à ouvrir le soir et la fin de semaine. Pourtant, 60 % de leur clientèle est adulte et essaye de trouver une façon de se former. Il faut décrisper ces centres, comme on l'a fait pour les centres d'éducation des adultes où on offre de la formation générale», affirme-t-il.
Le spécialiste critique aussi les frais qu'exigent les cégeps. «Si on étudie à temps plein, c'est gratuit. Si on étudie à temps partiel, il faut payer. Ça n'a pas de bon sens. C'est de la discrimination en fonction de l'âge», dénonce-t-il.
Quelques propositions
Dominique Bouteiller croit que les entreprises auraient avantage à sortir du schéma unique d'apprentissage à travers les cours traditionnels. «Dans certaines PME, on aimerait faire de la formation, mais on ne peut pas retirer les employés du travail. Et plus on éloigne la formation du travail, plus le transfert est difficile. Une solution, c'est que le milieu de travail soit également un milieu d'apprentissage. Pour y arriver, il faut repenser le travail et donner de l'autonomie aux gens pour qu'ils aillent chercher le savoir. Les employés doivent avoir accès à des ressources et à des tuteurs. Le style de supervision doit évidemment être revu», explique M. Bouteiller, qui est également chercheur associé au Groupe interdisciplinaire de recherche sur l'autoformation et le travail.
Paul Bélanger voit d'un bon oeil la bonification du Programme d'apprentissage en milieu de travail (PAMT) d'Emploi-Québec. Or il souhaiterait un meilleur déploiement. «On a développé le programme dans les métiers en demande, mais c'est un programme encore marginal. Les travailleurs peuvent faire reconnaître leurs acquis avec ce programme et se former de façon structurée, principalement avec le compagnonnage. C'est Emploi-Québec qui donne
le diplôme, mais c'est un registre différent du ministère de l'Éducation. Il faudrait faire une synergie. C'est important qu'il n'y ait pas une voie unique en matière de formation des adultes», affirme le professeur.
Il croit également que les établissements de formation devraient repenser le lien entre la formation initiale et la formation continue. «Les établissements devraient développer de la formation continue pour leurs finissants. Par exemple, HEC le fait. Les cen-tres de formation professionnelle et les cégeps devraient le faire», affirme M. Bélanger.
De plus, le chercheur souhaite qu'on fasse une priorité de l'éducation socioculturelle des adultes non reliée au travail. Il fait allusion notamment à des formations sur la santé, l'environnement, l'informatique, etc. «C'est très important, notamment pour les aînés. Ce sont des activités sociales qui leur permettent de continuer à être actifs intellectuellement. C'est très populaire en Europe», explique-t-il.
M. Bélanger déplore le fait que cette éducation populaire soit complètement passée sous silence au Québec.
«Pourtant, nous étions très en avance jusqu'aux années 80. Les personnes âgées en moyens peuvent participer à des activités organisées par les universités, mais c'est une minorité. Il reste quelques cen-tres d'éducation populaire à la Commission scolaire de Montréal. Sinon, les initiatives sont très marginales. Ces activités sont laissées au secteur des loisirs, donc aux lois du marché. C'est dramatique pour les personnes âgées, dont plusieurs vivent sous le seuil de la pauvreté.»
***
Collaboratrice du Devoir
L'offre de formation continue s'affiche partout chaque année à la rentrée. Si les établissements développent autant de nouvelles formations, la demande doit être au rendez-vous. Peut-on en conclure que les Québécois prennent la formation continue au sérieux?
«Il y a 20 ans au Québec, environ 20 % des adultes faisaient de la formation continue liée au travail. C'était pourtant 30 % dans le reste du Canada. Maintenant, on a rejoint le reste du Canada. Par contre, il s'en fait plus aux États-Unis et beaucoup plus en Europe, où, dans plusieurs pays, de 45 % à 50 % des adultes font de la formation», affirme Paul Bélanger, professeur au Département d'éducation et de formation spécialisées de l'UQAM.
Dominique Bouteiller, professeur en gestion des ressources humaines à HEC Montréal, croit qu'on ne fait jamais assez de formation continue. «C'est une quête infinie de la compétence! Que ce soient les employés, les cadres, les directeurs généraux ou les membres des conseils d'administration, tous en ont besoin. Les composantes des entreprises, le contexte et les lois n'arrêtent jamais d'évoluer. Les compétences doivent évoluer en parallèle», explique-t-il.
Le rôle des entreprises
Paul Bélanger croit que les progrès visibles au Québec sont en partie attribuables à la Loi favorisant le développement et la reconnaissance des compétences de la main-d'oeuvre. Cette loi oblige les entreprises dont la masse salariale annuelle est de plus d'un million de dollars à investir au moins 1 % de cette masse salariale dans la formation.
«La loi a amené les entreprises à rendre visible la formation. Puisqu'elles devaient dépenser des sommes, les entreprises se sont mises à avoir des responsables de la formation. Les choses se sont améliorées, mais il y a encore des pas à faire», affirme M. Bélanger.
Le chercheur, également président du Conseil international de l'éducation des adultes, remarque que certains types de travailleur sont souvent laissés pour compte. Il pense par exemple à ceux qui n'ont pas d'emploi permanent.
«C'est difficile aussi dans les petites entreprises, affirme-t-il. Certains secteurs sont aussi en retard, comme le secteur industriel, où l'emploi est routinier. D'autres sont plus avancés, comme celui des mines. Auparavant, ces emplois nécessitaient très peu de compétences. Aujourd'hui, ce sont des emplois très technologiques. Les camions sont dirigés à distance! La formation est essentielle.»
Dominique Bouteiller refuse, pour sa part, de se prononcer sur les types d'entreprise qui font bien et sur ceux qui font mal en matière de formation. «Chaque entreprise a des pratiques différentes. Je crois qu'un employeur qui gère mal ses ressources humaines gérera mal la formation, peu importe son secteur d'activité», affirme-t-il.
L'accessibilité
Paul Bélanger remarque toutefois que, dans bien des cas, la formation est difficile d'accès.
«L'un des grands problèmes, c'est qu'on a énormément de difficultés à ouvrir les cégeps les soirs et les fins de semaine. Il y a toutes sortes de règles administratives qui empêchent par exemple un travailleur de s'inscrire à un seul cours et non à un programme en entier. Il y a aussi une résistance syndicale. Certains cégeps font des percées extraordinaires, mais, dans l'ensemble, c'est difficile.»
Il voit le même problème dans les centres de formation professionnelle. «Quelques centres seulement réussissent à ouvrir le soir et la fin de semaine. Pourtant, 60 % de leur clientèle est adulte et essaye de trouver une façon de se former. Il faut décrisper ces centres, comme on l'a fait pour les centres d'éducation des adultes où on offre de la formation générale», affirme-t-il.
Le spécialiste critique aussi les frais qu'exigent les cégeps. «Si on étudie à temps plein, c'est gratuit. Si on étudie à temps partiel, il faut payer. Ça n'a pas de bon sens. C'est de la discrimination en fonction de l'âge», dénonce-t-il.
Quelques propositions
Dominique Bouteiller croit que les entreprises auraient avantage à sortir du schéma unique d'apprentissage à travers les cours traditionnels. «Dans certaines PME, on aimerait faire de la formation, mais on ne peut pas retirer les employés du travail. Et plus on éloigne la formation du travail, plus le transfert est difficile. Une solution, c'est que le milieu de travail soit également un milieu d'apprentissage. Pour y arriver, il faut repenser le travail et donner de l'autonomie aux gens pour qu'ils aillent chercher le savoir. Les employés doivent avoir accès à des ressources et à des tuteurs. Le style de supervision doit évidemment être revu», explique M. Bouteiller, qui est également chercheur associé au Groupe interdisciplinaire de recherche sur l'autoformation et le travail.
Paul Bélanger voit d'un bon oeil la bonification du Programme d'apprentissage en milieu de travail (PAMT) d'Emploi-Québec. Or il souhaiterait un meilleur déploiement. «On a développé le programme dans les métiers en demande, mais c'est un programme encore marginal. Les travailleurs peuvent faire reconnaître leurs acquis avec ce programme et se former de façon structurée, principalement avec le compagnonnage. C'est Emploi-Québec qui donne
le diplôme, mais c'est un registre différent du ministère de l'Éducation. Il faudrait faire une synergie. C'est important qu'il n'y ait pas une voie unique en matière de formation des adultes», affirme le professeur.
Il croit également que les établissements de formation devraient repenser le lien entre la formation initiale et la formation continue. «Les établissements devraient développer de la formation continue pour leurs finissants. Par exemple, HEC le fait. Les cen-tres de formation professionnelle et les cégeps devraient le faire», affirme M. Bélanger.
De plus, le chercheur souhaite qu'on fasse une priorité de l'éducation socioculturelle des adultes non reliée au travail. Il fait allusion notamment à des formations sur la santé, l'environnement, l'informatique, etc. «C'est très important, notamment pour les aînés. Ce sont des activités sociales qui leur permettent de continuer à être actifs intellectuellement. C'est très populaire en Europe», explique-t-il.
M. Bélanger déplore le fait que cette éducation populaire soit complètement passée sous silence au Québec.
«Pourtant, nous étions très en avance jusqu'aux années 80. Les personnes âgées en moyens peuvent participer à des activités organisées par les universités, mais c'est une minorité. Il reste quelques cen-tres d'éducation populaire à la Commission scolaire de Montréal. Sinon, les initiatives sont très marginales. Ces activités sont laissées au secteur des loisirs, donc aux lois du marché. C'est dramatique pour les personnes âgées, dont plusieurs vivent sous le seuil de la pauvreté.»
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