Une langue, deux systèmes - Lycée ou cégep?
«Le système français est plus sévère»
Chaque année, des centaines de parents inscrivent leurs enfants dans l'une des deux écoles québécoises proposant un enseignement basé sur la pédagogie française et menant à l'obtention d'un diplôme français. Si bon nombre d'entre eux le font parce qu'ils sont d'origine française ou parce qu'ils souhaitent ouvrir les portes de l'Europe à leur progéniture, plusieurs choisissent ce système pour la qualité de l'enseignement qu'on y dispense, notamment en français.
«Nous avons beaucoup réfléchi avant de choisir une école pour nos enfants. Nous hésitions entre une école privée québécoise et une école appartenant au système français. Finalement, nous avons choisi le système français, notamment parce que nous étions convaincus que la langue française et la littérature y occupaient une place plus importante», confie d'emblée Murielle, une mère montréalaise de deux enfants préférant conserver l'anonymat.
Comme Murielle, plusieurs croient que l'enseignement du français est de meilleure qualité dans les établissements proposant une pédagogie à la française. Mais est-ce réellement le cas?
Deux façons de faire
Régi par la Loi d'orientation et de programme pour l'avenir de l'école, le système d'éducation français accorde une place prépondérante à l'apprentissage du français au niveau secondaire.
En France et dans les écoles québécoises membres du réseau de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE), la formation au collège est dispensée en quatre années et répartie en trois cycles. Les élèves fréquentent d'abord la classe de sixième, appelée cycle d'adaptation, puis les classes de cinquième et de quatrième, qui correspondent au cycle central. Vient ensuite la classe de troisième, soit le cycle d'orientation. Au terme de ces quatre années d'études, le Diplôme national du brevet est remis, après examen, aux élèves ayant acquis les connaissances générales du collège.
Le collégien qui décide de poursuivre une scolarité généraliste entre au lycée pour y mener des études qui durent en général trois ans (classes de seconde, première et terminale). À la fin de ces années d'études, les élèves passent le baccalauréat, lequel couronne la scolarité secondaire.
Pendant ces sept années du secondaire, une attention particulière est portée à l'enseignement du français oral comme écrit. Au collège, les élèves reçoivent un minimum de quatre heures de cours de français par semaine, mais, en général, de cinq à six selon leur cycle. Plusieurs ont également droit à des cours de latin ou de grec, deux langues anciennes encore couramment enseignées en France, notamment parce qu'elles favorisent une meilleure maîtrise du français.
«Chez nous, les élèves reçoivent de cinq à six heures de cours de français par semaine. Cela varie selon les classes et les cycles», confirme M. Régis Raufast, directeur général du collège international Marie-de-France à Montréal, lequel est membre du réseau de l'AEFE.
Double cours
Au lycée, en seconde et en première générale, les élèves cumulent quatre heures de français par semaine, et ce, sans compter les cours de littérature. En terminale, l'attention des élèves qui choisissent le profil littéraire est particulièrement portée sur la littérature française et étrangère, et ce, à raison de quatre heures par semaine.
Au Québec, le temps consacré au français au secondaire varie selon les années. Le régime pédagogique prévoit que, en première, deuxième et troisième secondaires, 200 heures soient consacrées à l'apprentissage du français, ce qui correspond à environ 5 1/2 heures par semaine. Pendant ces trois premières années du secondaire, l'accent est essentiellement mis sur la lecture, l'écriture et la communication orale.
En quatrième et cinquième secondaires, on consacre plutôt 150 heures par année à l'apprentissage du français, soit environ quatre heures dix minutes par semaine. Au terme de ce cheminement, les élèves doivent avoir acquis une maîtrise de la langue ainsi qu'une capacité d'analyse, de synthèse et d'autocritique satisfaisantes pour s'intégrer au marché du travail ou poursuivre des études postsecondaires.
Le français et ses cloisons
Si le programme de formation de l'école québécoise octroie beaucoup d'importance à la langue de Molière, notamment en matière d'heures consacrées à l'enseignement, il ne traite pas le français de façon aussi globale que le programme du ministère français de l'Éducation nationale.
Conçus de manière décloisonnée, les programmes des diverses disciplines enseignées dans le système français permettent aisément de recouper les thèmes couverts par l'enseignement du français. «Pour nous, le français, c'est une compétence transversale. Sa maîtrise est importante dans toutes les disciplines. Lorsqu'on évalue les autres matières, on juge aussi la qualité de l'écriture», souligne M. Raufast.
Ainsi, que ce soit en mathématiques, en histoire ou en philosophie, les élèves fréquentant des écoles françaises sont notés pour la qualité de leur français. S'ils commettent des fautes d'orthographe ou de grammaire, cela aura des conséquences sur leur note.
Notation stricte
Au Québec, bien que le programme de formation de l'école secondaire reconnaisse l'importance de la maîtrise de la langue française dans les autres disciplines, peu d'écoles secondaires adoptent un système de notation du français aussi strict.
«Je crois que cette façon de faire a un impact important sur la qualité du français de nos élèves. Depuis leur enfance, on les a habitués à porter une attention particulière à ce qu'ils écrivent. En général, lorsqu'ils sont au lycée, ils maîtrisent bien la langue française», note M. Raufast.
Le Montréalais Michael Casol, qui a fréquenté au Québec des écoles faisant partie des deux systèmes, abonde dans le même sens que M. Raufast. «Ce qui m'a le plus marqué dans le système français, c'est la rigueur. Ici, on trouve de très bonnes écoles québécoises et le français y est bien enseigné, mais le système français est plus sévère. Si on ne veut pas voir ses notes de mathématiques ou de philosophie baisser parce qu'on a des lacunes en français, on a intérêt à porter attention à l'orthographe et à la grammaire. Forcément, on finit par maîtriser le français!»
Rien n'est parfait
Mais aucun système d'éducation n'est parfait. D'après la plus récente enquête du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA), de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui compare les performances scolaires des élèves âgés de 15 ans dans 65 pays, en matière de compréhension de l'écrit, les collégiens français se classent en 22e position, alors que les Québécois se situent au sixième rang, devant la France, la Belgique et la Suisse. De plus, d'après cette enquête, les collégiens français sont parmi les plus stressés au monde. Ils se classent deuxième sur 31 pays, tout juste derrière les Japonais.
«Je ne crois pas qu'il y ait de système parfait, concède Murielle, lorsqu'on lui dévoile ces statistiques. Seuls deux établissements proposent le système français au Québec. Il est donc difficile de dire si un programme est meilleur que l'autre. Nous avons fait un choix qui convient à nos enfants et nous sommes très satisfaits de la qualité de l'enseignement qu'ils reçoivent, mais ça ne signifie pas que ce choix convient à tous. À mon avis, c'est à chaque parent de décider!»
***
Collaboratrice du Devoir
«Nous avons beaucoup réfléchi avant de choisir une école pour nos enfants. Nous hésitions entre une école privée québécoise et une école appartenant au système français. Finalement, nous avons choisi le système français, notamment parce que nous étions convaincus que la langue française et la littérature y occupaient une place plus importante», confie d'emblée Murielle, une mère montréalaise de deux enfants préférant conserver l'anonymat.
Comme Murielle, plusieurs croient que l'enseignement du français est de meilleure qualité dans les établissements proposant une pédagogie à la française. Mais est-ce réellement le cas?
Deux façons de faire
Régi par la Loi d'orientation et de programme pour l'avenir de l'école, le système d'éducation français accorde une place prépondérante à l'apprentissage du français au niveau secondaire.
En France et dans les écoles québécoises membres du réseau de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE), la formation au collège est dispensée en quatre années et répartie en trois cycles. Les élèves fréquentent d'abord la classe de sixième, appelée cycle d'adaptation, puis les classes de cinquième et de quatrième, qui correspondent au cycle central. Vient ensuite la classe de troisième, soit le cycle d'orientation. Au terme de ces quatre années d'études, le Diplôme national du brevet est remis, après examen, aux élèves ayant acquis les connaissances générales du collège.
Le collégien qui décide de poursuivre une scolarité généraliste entre au lycée pour y mener des études qui durent en général trois ans (classes de seconde, première et terminale). À la fin de ces années d'études, les élèves passent le baccalauréat, lequel couronne la scolarité secondaire.
Pendant ces sept années du secondaire, une attention particulière est portée à l'enseignement du français oral comme écrit. Au collège, les élèves reçoivent un minimum de quatre heures de cours de français par semaine, mais, en général, de cinq à six selon leur cycle. Plusieurs ont également droit à des cours de latin ou de grec, deux langues anciennes encore couramment enseignées en France, notamment parce qu'elles favorisent une meilleure maîtrise du français.
«Chez nous, les élèves reçoivent de cinq à six heures de cours de français par semaine. Cela varie selon les classes et les cycles», confirme M. Régis Raufast, directeur général du collège international Marie-de-France à Montréal, lequel est membre du réseau de l'AEFE.
Double cours
Au lycée, en seconde et en première générale, les élèves cumulent quatre heures de français par semaine, et ce, sans compter les cours de littérature. En terminale, l'attention des élèves qui choisissent le profil littéraire est particulièrement portée sur la littérature française et étrangère, et ce, à raison de quatre heures par semaine.
Au Québec, le temps consacré au français au secondaire varie selon les années. Le régime pédagogique prévoit que, en première, deuxième et troisième secondaires, 200 heures soient consacrées à l'apprentissage du français, ce qui correspond à environ 5 1/2 heures par semaine. Pendant ces trois premières années du secondaire, l'accent est essentiellement mis sur la lecture, l'écriture et la communication orale.
En quatrième et cinquième secondaires, on consacre plutôt 150 heures par année à l'apprentissage du français, soit environ quatre heures dix minutes par semaine. Au terme de ce cheminement, les élèves doivent avoir acquis une maîtrise de la langue ainsi qu'une capacité d'analyse, de synthèse et d'autocritique satisfaisantes pour s'intégrer au marché du travail ou poursuivre des études postsecondaires.
Le français et ses cloisons
Si le programme de formation de l'école québécoise octroie beaucoup d'importance à la langue de Molière, notamment en matière d'heures consacrées à l'enseignement, il ne traite pas le français de façon aussi globale que le programme du ministère français de l'Éducation nationale.
Conçus de manière décloisonnée, les programmes des diverses disciplines enseignées dans le système français permettent aisément de recouper les thèmes couverts par l'enseignement du français. «Pour nous, le français, c'est une compétence transversale. Sa maîtrise est importante dans toutes les disciplines. Lorsqu'on évalue les autres matières, on juge aussi la qualité de l'écriture», souligne M. Raufast.
Ainsi, que ce soit en mathématiques, en histoire ou en philosophie, les élèves fréquentant des écoles françaises sont notés pour la qualité de leur français. S'ils commettent des fautes d'orthographe ou de grammaire, cela aura des conséquences sur leur note.
Notation stricte
Au Québec, bien que le programme de formation de l'école secondaire reconnaisse l'importance de la maîtrise de la langue française dans les autres disciplines, peu d'écoles secondaires adoptent un système de notation du français aussi strict.
«Je crois que cette façon de faire a un impact important sur la qualité du français de nos élèves. Depuis leur enfance, on les a habitués à porter une attention particulière à ce qu'ils écrivent. En général, lorsqu'ils sont au lycée, ils maîtrisent bien la langue française», note M. Raufast.
Le Montréalais Michael Casol, qui a fréquenté au Québec des écoles faisant partie des deux systèmes, abonde dans le même sens que M. Raufast. «Ce qui m'a le plus marqué dans le système français, c'est la rigueur. Ici, on trouve de très bonnes écoles québécoises et le français y est bien enseigné, mais le système français est plus sévère. Si on ne veut pas voir ses notes de mathématiques ou de philosophie baisser parce qu'on a des lacunes en français, on a intérêt à porter attention à l'orthographe et à la grammaire. Forcément, on finit par maîtriser le français!»
Rien n'est parfait
Mais aucun système d'éducation n'est parfait. D'après la plus récente enquête du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA), de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui compare les performances scolaires des élèves âgés de 15 ans dans 65 pays, en matière de compréhension de l'écrit, les collégiens français se classent en 22e position, alors que les Québécois se situent au sixième rang, devant la France, la Belgique et la Suisse. De plus, d'après cette enquête, les collégiens français sont parmi les plus stressés au monde. Ils se classent deuxième sur 31 pays, tout juste derrière les Japonais.
«Je ne crois pas qu'il y ait de système parfait, concède Murielle, lorsqu'on lui dévoile ces statistiques. Seuls deux établissements proposent le système français au Québec. Il est donc difficile de dire si un programme est meilleur que l'autre. Nous avons fait un choix qui convient à nos enfants et nous sommes très satisfaits de la qualité de l'enseignement qu'ils reçoivent, mais ça ne signifie pas que ce choix convient à tous. À mon avis, c'est à chaque parent de décider!»
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Collaboratrice du Devoir








