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    Portes ouvertes aux étudiants étrangers

    Au Québec, un étudiant postsecondaire sur dix est étranger

    3 septembre 2011 |Lisa-Marie Gervais | Éducation
    Brillant Indien de 22 ans, Vinayak Vadlamani est venu cet été suivre un stage en milieu universitaire à l’École de technologie supérieure de Montréal. Il fait partie de ces «cerveaux» parmi les plus prometteurs de sa génération que s’arrachent les pays industrialisés partout dans le monde. Quoique saine, cette féroce compétition n’est pas sans soulever des enjeux éthiques concernant le recrutement des étudiants étrangers. Notre texte fait le point en page A 8.<br />
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Brillant Indien de 22 ans, Vinayak Vadlamani est venu cet été suivre un stage en milieu universitaire à l’École de technologie supérieure de Montréal. Il fait partie de ces «cerveaux» parmi les plus prometteurs de sa génération que s’arrachent les pays industrialisés partout dans le monde. Quoique saine, cette féroce compétition n’est pas sans soulever des enjeux éthiques concernant le recrutement des étudiants étrangers. Notre texte fait le point en page A 8.
    Imaginez cinquante-six immenses avions Airbus 380 alignés côte à côte sur le tarmac à l'aéroport Pierre-Elliott-Trudeau. Et imaginez qu'ils soient tous remplis à craquer d'étudiants, surtout au baccalauréat, pour la plupart en génie et en administration, provenant de Chine, de France, des États-Unis et même du Burkina Faso. Vous aurez là le portrait brossé à grands traits des quelque 29 400 étudiants étrangers qui sont venus faire des études postsecondaires l'an dernier au Québec. C'est le double d'il y a cinq ans.

    Et cela ne s'arrête pas là. Les données préliminaires transmises par les différents établissements témoignent d'une forte augmentation de cette clientèle d'étudiants (non résidents) cette année, tant au cégep qu'à l'université. À telle enseigne que l'objectif de l'Initiative gouvernement-réseaux de l'éducation en matière de recrutement d'étudiants étrangers, établi en 2008, a été dépassé. Il est de 16 % alors qu'il était de 10 % sur trois ans. «C'est satisfaisant», estime Daniel Zizian, directeur général de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ), en ne niant pas qu'il y aurait plus à faire encore.

    C'est dire qu'il est loin le temps où les établissements d'études postsecondaires québécois, qui s'enorgueillissaient de recevoir une poignée de Français, osaient parler de grand brassage culturel. À son arrivée au Québec, Gustavo Gonçalves, étudiant brésilien au postdoctorat en sciences de l'éducation, s'est étonné du nombre d'étudiants qui, comme lui, venaient d'ailleurs. «J'ai été surpris de voir autant d'étudiants étrangers. Il y avait des latinos, des Belges, des Coréens, des Chinois...», a confié l'étudiant qui a choisi le Québec, attiré par la perspective de travailler dans une province bilingue.

    Cette hausse du nombre d'étudiants étrangers est en partie le fruit des efforts des cégeps et des universités, plus intenses depuis dix ans, et des stratégies gouvernementales et missions de recrutement pour maintenir l'économie à flot et empêcher la province de prendre du retard en innovation dans certains domaines de pointe. On n'a qu'à penser à la mission économique en Chine que viennent d'effectuer le premier ministre Jean Charest et une délégation québécoise comprenant des gens du milieu de l'éducation.

    La preuve de la «corrélation positive» entre l'éducation internationale et la performance économique n'est plus à faire. «C'est une vérité de La Palice que le Québec évolue dans un monde de plus en plus mondialisé et qu'il ne peut pas se permettre de s'isoler et de ne pas réseauter», soutient Jean-Pierre Ouellet, vice-recteur de l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), dont l'université vient de signer une entente avec l'Ocean University of China.

    Une mine d'or

    L'étudiant étranger, avec tout ce qu'il trimballe de nouvelles idées, de nouveaux savoir-faire et même de folklore, est certes un gain net pour le Québec. Et ce, même s'il ne demeure pas au Québec après ses études, souligne Daniel Zizian. «L'internationalisation des campus, ça met nos étudiants en contact avec les étudiants étrangers, qui ont une autre culture et une autre approche des problèmes de la vie. À la fin de leurs études, soit ces étudiants restent et s'attaquent au défi démographique que le Québec doit relever, soit ils retournent chez eux et deviennent nos ambassadeurs, concluant des partenariats avec des établissements de recherche ou des entreprises d'ici», a-t-il expliqué.

    Venu du Mexique faire ses études à l'Université Concordia, Rogelio Perez Buendia est du même avis. «Les avantages de la [mobilité] sont tant pour les pays d'accueil que pour nous et nos pays d'origine. C'est vrai qu'il se crée des liens avec nos collègues, et ça inclut des collaborations à long terme sur le plan universitaire. Moi, c'est ce que je vais chercher à faire», a dit ce doctorant en mathématiques.

    Il est vrai que les étudiants étrangers rapportent. Ils paient des droits de scolarité supérieurs — de 12 084 à 14 978 $ au total pour les universitaires étrangers et de 8000 à 15 000 $ pour les cégépiens, selon les programmes —, mais surtout, ils consomment. Selon une récente étude de la firme Roslyn Kunin and Associates, les étudiants étrangers génèrent 6,5 milliards de retombées économiques, dont environ un milliard au Québec.

    Ceux venus effectuer un deuxième ou troisième cycle d'études universitaires apportent également une expertise très précieuse. «Ça ajoute à la qualité de la formation et de l'environnement de recherche», a affirmé M. Ouellet. C'est d'ailleurs aux cycles supérieurs que se joue la compétition des cerveaux la plus féroce entre les pays fortement industrialisés. Et avec un voisin comme les États-Unis, qui a les moyens d'offrir des avantages et une rémunération inégalables, c'est carrément David contre Goliath.

    Le Québec peut faire mieux

    Si précieux soient tous ces étudiants étrangers pour le Québec, il reste beaucoup à faire pour les attirer et les intégrer au marché. Selon M. Zizian, le calcul est difficile à faire, mais on estime qu'environ 10 % des étudiants étrangers demeurent au Québec. Dans la grande chasse planétaire aux cerveaux, le Canada ne fait pas si bonne figure. Il ne récolte que 5,5 % du marché, indiquent des chiffres de l'étude Regard sur l'éducation 2010 de l'Organisation de coopération et de développement économiques, derrière les États-Unis (18,7 %), le Royaume-Uni (10 %), l'Allemagne (7,3 %), la France (7,3 %) et l'Australie (6,9 %). Parmi les autres provinces, le Québec arrive troisième pour son nombre d'étudiants étrangers, avec 16 % du lot.

    Pourquoi n'attire-t-on pas plus d'étudiants étrangers? Il y a d'abord le français, qui, bien qu'il ajoute un brin d'exotisme et constitue parfois un atout, n'est pas la langue parlée par la majorité. «Le bassin de recrutement est beaucoup plus petit, et il faut donc travailler un certain nombre de marchés pointus pour aller chercher de la clientèle. Des Chinois qui parlent français, il y en a. Mais c'est plus difficile à trouver», dit M. Zizian. Et la France, le concurrent direct du Québec sur le plan de la langue, a des moyens promotionnels considérables, rappelle-t-il.

    Très concurrentiels, le coût de la vie au Québec et les droits de scolarité somme toute moindres que ceux d'autres pays industrialisés ne semblent pas, de prime abord, constituer un obstacle au recrutement des étudiants. Toutefois, une déréglementation dans certains programmes de pointe, survenue en 2008, n'a pas aidé à les attirer.

    Au niveau collégial, certaines techniques dites lourdes, comme la maintenance industrielle, coûtent plus cher en droits de scolarité qu'une inscription à un programme universitaire. Ce qui en décourage plus d'un. «À notre avis, c'est injustifié», déplore Évelyne Foy, directrice de Cégep international. «On voudrait avoir un tarif unique pour les étudiants étrangers. Ça fait des années qu'on demande ça. Mais on n'a jamais pu ouvrir la porte à cette discussion avec le ministère. Comment pouvons-nous être plus accueillants?»

    Enfin, l'argent à dépenser en recrutement des étudiants étrangers n'est pas toujours au rendez-vous. Paradoxalement, Québec a annoncé au début de l'été qu'il mettait fin au Programme pour l'internationalisation de l'éducation québécoise, une enveloppe comprenant un montant de 300 000 $ pour les cégeps et de 400 000 pour les universités pour des missions de recrutement. «C'est très étonnant, dans un contexte où tout le monde voit l'importance d'aller à l'étranger», a déploré M. Zizian. «Une analyse faite à la CREPUQ montre clairement que lorsqu'on travaille en synergie, c'est plus rentable. Malheureusement, on vient de perdre l'enveloppe.»












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