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    L'analphabétisme au Québec - Un fléau pour toute la société

    «Notre système scolaire produit des analphabètes et les abandonne»

    3 septembre 2011 |Hélène Roulot-Ganzmann | Éducation
    Maryse Perreault, p.-d.g. de la Fondation pour l’alphabétisation<br />
    Photo: Source Fondation pour l’alphabétisation Maryse Perreault, p.-d.g. de la Fondation pour l’alphabétisation
    Ce sont 49 % des Québécois qui ont des difficultés de lecture, qui cherchent à éviter les situations où ils ont à lire et, lorsqu'ils parviennent à décoder une phrase, qui n'en saisissent pas forcément le sens. Or, si l'on pouvait s'arranger de la situation à une époque où la majorité des emplois se situaient dans le secteur manufacturier, il n'en va pas de même aujourd'hui, alors que la plupart des postes à pourvoir résident dans le tertiaire. «Le monde a changé, les stratégies doivent changer», clame Maryse Perreault, p.-d.g. de la Fondation pour l'alphabétisation... sans être réellement entendue.

    Les enquêtes internationales instituent cinq niveaux d'alphabétisation, le niveau 3 étant établi comme le seuil «souhaité» pour naviguer aisément dans la vie de tous les jours en tant que travailleur, citoyen, parent, consommateur, et être capable de suivre le mouvement dans une société où les exigences sont croissantes et nécessitent une grande capacité d'adaptation.

    Or l'Enquête internationale sur l'alphabétisation et les compétences des adultes (EIACA, 2003) a révélé que, au Québec, près de la moitié de la population n'atteint pas ce niveau 3, que 16 % des 16-65 ans, soit 800 000 personnes, se classent au niveau 1 de l'échelle de compréhension des textes et qu'ils sont donc considérés comme analphabètes. Une situation en deçà des résultats obtenus pour l'ensemble du Canada, où 42 % de la population est de niveau 1 ou 2 et où seules les provinces maritimes affichent des statistiques plus inquiétantes que dans l'ensemble du pays.

    «Plus l'écart entre les riches et les pauvres est grand, plus il y a une concentration des richesses et plus le taux d'analphabétisme est élevé, relève Maryse Perreault. En comparaison, les États-Unis comptent 53 % de niveau 1 ou 2, alors que les champions de l'alphabétisation sont les pays scandinaves, avec 66 % de la population qui atteint au moins le niveau 3.»

    L'autre décrochage

    Alors, pourquoi ces résultats médiocres et, qui plus est, en relative stabilité depuis plusieurs décennies? «La valeur de l'éducation n'est pas très forte au Québec, estime Mme Perreault. C'est l'héritage d'une société basée sur l'extraction des matières premières. Mais l'économie est en profonde mutation et on ne peut pas parler d'analphabétisme comme on en parlait il y a 25 ans, lorsque j'ai commencé dans ce domaine. Prenez par exemple les salariés d'Electrolux... Ce sont des gens qui n'ont pas dépassé le secondaire 3... Quelque 40 % d'entre eux ont moins de 46 ans. Il s'agit de notre main-d'oeuvre pour encore 15 à 20 ans. Or leur niveau ne leur permet pas de suivre une formation continue pour s'adapter au marché du travail. Ils vont se retrouver au chômage ou accepter une voie de garage, à la moitié de leur salaire actuel. Des cas comme celui-là, il y en aura de plus en plus à l'avenir. Le problème est donc loin d'être marginal, mais il est traité comme tel dans les priorités gouvernementales.»

    Le Québec ferait donc trop peu et trop tard en se concentrant sur le décrochage scolaire. Selon la Fondation pour l'alphabétisation, il faudrait mettre plus de moyens dès la petite école pour l'apprentissage de la lecture. Et rapprocher les familles de l'école. Car l'analphabétisme engendre l'analphabétisme.

    «Dans un quartier ouvrier comme Hochelaga-Maisonneuve à Montréal, par exemple, illustre Maryse Perreault, il y a un héritage qui se transmet et qui dit que l'école, ce n'est pas pour nous. Et rien n'est fait de manière cohérente pour lutter contre cette perception. Il y a des enfants qui grandissent sans un livre à la maison. Or il y a tant de choses qu'on apprend en se faisant lire une histoire par ses parents le soir, en voyant ses parents lire le journal, sa mère lire un roman, son père aussi... Les parents décrocheurs scolaires ne vont pas pouvoir suivre les progrès de leur enfant, ils restent très loin de l'école. Notre système d'éducation est formaté pour la classe moyenne, or 25 % des Québécois sont proches du seuil de la pauvreté.»

    Pauvres quartiers


    Dans une société dominée par les emplois dans le secteur tertiaire et où l'on trouve de moins en moins d'emplois susceptibles d'être occupés par des niveaux 1 ou 2, le degré de scolarisation est de plus en plus étroitement

    corrélé au revenu familial. «Quand on parlait de quartiers ouvriers, les gens n'étaient pas riches mais ils avaient accès à l'emploi, ils n'étaient pas dans l'exclusion, note la p.-d.g. de la Fondation pour l'alphabétisation. Aujourd'hui, la

    population traditionnelle d'Hochelaga-Maisonneuve, c'est-à-dire les francophones pauvres sous-scolarisés, se retrouve sur le bord du chemin. Il va rester de la place pour des emplois manufacturiers, mais ce sont des emplois à forte valeur ajoutée et on ne peut pas faire de valeur ajoutée sans une base de formation solide... Un niveau 2 ne sera pas capable de faire un rapport de production ou de planifier son travail lui-même, par exemple, et il n'a pas non plus les compétences pour accéder à la formation continue qui lui permettrait d'évoluer vers ces nouvelles pratiques.»

    Au-delà du drame économique et social pour ces populations, c'est toute la société québécoise qui pâtit de ce fléau. «L'alphabétisation ou la maîtrise de la lecture est au coeur de tout, estime Maryse Perreault. Une personne mieux éduquée prend plus soin de sa santé, est plus sensible aux enjeux de l'environnement, prend des responsabilités plus gran-des, va être un meilleur parent d'une manière générale. Il n'y a pas de désavantages à avoir une population alphabétisée, alors que le contraire a des répercussions importantes sur le plan économique et social... Plus le temps passe et plus les compétences demandées dans les milieux de travail augmentent, poursuit-elle avant de conclure sur une note assez pessimiste: notre crainte, c'est que ce chiffre de 49 % d'analphabètes fonctionnels explose... Qu'est-ce qui dit que, dans dix ans, le niveau "souhaitable" pour naviguer aisément dans un milieu de travail ne sera pas le niveau 4?» Ce serait alors pas moins de 85 % de la population active qui se retrouverait marginalisée...

    Et, en décembre dernier, la multinationale suédoise a annoncé la fermeture en 2013 de son usine de cuisinières à L'Assomption.

    ***

    Collaboratrice du Devoir
     
     
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