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    L'analphabétisme à l'école - «Les gens veulent apprendre, mais ils manquent de ressources»

    La pratique d'une langue ne s'acquiert pas en une seule année!

    3 septembre 2011 |Claude Lafleur | Éducation
    Pierre Saint-Germain, président de la Fédération autonome de l’enseignement<br />
    Photo: Source FAE Pierre Saint-Germain, président de la Fédération autonome de l’enseignement
    On imagine sans peine que les problèmes d'alphabétisation préoccupent les enseignants du secondaire, particulièrement ceux qui œuvrent dans les grands centres urbains. C'est ce que confirme Pierre Saint-Germain, président de la Fédération autonome de l'enseignement. Toutefois, fait-il remarquer, ces problèmes affectent plus particulièrement des clientèles auxquelles on ne pense pas toujours.

    «Beaucoup de nos membres, qui enseignent sur l'île de Montréal, dans la région de Laval et dans l'Outaouais, ont pour préoccupation quotidienne l'accueil des populations immigrantes», dit-il. Ainsi, Montréal est un «très important îlot d'accueil» pour nouveaux arrivants. «Nous recevons donc des gens qui ne maîtrisent pas la langue française — le volet francisation — ou qui sont sous-scolarisés ou analphabètes — le volet alphabétisation», poursuit M. Saint-Germain.

    La Fédération autonome de l'enseignement (FAE) rassemble le tiers du personnel enseignant au Québec qui oeuvre du préscolaire jusqu'au secondaire, ainsi qu'à l'éducation des adultes et à la formation professionnelle. «La Fédération existe depuis cinq ans, rappelle son président. Nous sommes un groupe issu d'une scission d'avec la CSQ, puisque nous étions en opposition importante, notamment concernant la réforme scolaire et les manières de négocier.»

    Belle réussite à la CSDM

    Pierre Saint-Germain n'est pas en mesure de dire si le nombre d'analphabètes à l'école a tendance à croître ou est stable, mais il constate que le nombre élevé de personnes — adultes comme jeunes — qui proviennent de différentes cultures nous oblige à les accueillir convenablement.

    «Lorsqu'on parle d'alphabétisation, dit-il, on pense généralement aux adultes. Toutefois, avec l'immigration, on reçoit souvent des jeunes de 12, 13 ou 14 ans qui n'ont jamais été scolarisés dans leur propre langue ou qui n'ont jamais mis les pieds dans une école.» Imaginons ces jeunes directement plongés dans une classe du secondaire!

    Pour contrer ce problème, la Commission scolaire de Montréal, de concert avec l'Alliance des professeurs de Montréal, a mis sur pied des classes d'accueil pour intégrer ces nouveaux élèves. «C'est dire qu'à Montréal, étant donné qu'on a une masse critique de jeunes à accueillir, on a pu créer à la CSDM des groupes homogènes d'élèves pour leur offrir des services particuliers. Donc, au lieu d'avoir 20 élèves dans une classe qui éprouvent toutes sortes de difficultés, on en regroupe une douzaine qui sont analphabètes ou sous-scolarisés afin de leur donner un service personnalisé.»

    Ces classes d'accueil sont un bel objet de fierté pour la CSDM et pour l'Alliance, rapporte M. Saint-Germain. «C'est un réseau qui fonctionne très bien.» Selon lui, ce modèle d'organisation est performant et pourrait être implanté dans d'autres commissions scolaires.

    Évidemment, enchaîne-t-il, la situation à Montréal diffère en bonne part de celle dans le reste du Québec où, souvent, on ne retrouve pas assez d'élèves à accueillir pour créer des classes spécialisées. «Dans des centres moins densément peuplés, dit-il, on est souvent moins en mesure de donner aux jeunes arrivants des services adaptés. Ils sont donc souvent intégrés dans des classes ordinaires avec plus ou moins de services — notamment des services de soutien linguistique. Cela peut faire en sorte qu'on a des jeunes qui sont difficilement capables de suivre les programmes réguliers parce que les écarts sont trop grands ou encore parce qu'ils ne savent ni lire ni écrire», déplore-t-il.

    Donnons-nous la chance

    L'autre clientèle dont se préoccupent les membres de la FAE — particulièrement les enseignants à l'éducation des adultes et à la formation professionnelle — est celle des adultes. Il peut s'agir d'adultes arrivant d'autres pays ou de Québécois de souche âgés de 16 ans ou plus.

    Le principal problème qu'on observe auprès de ceux qui fréquentent les Centres d'éducation des adultes vient de ce que plusieurs reçoivent une aide financière d'Emploi Québec. «Mais Emploi Québec ne les aide généralement que pour une durée d'un an, rapporte Pierre Saint-Germain, ce qui n'est vraiment pas suffisant. Il faut comprendre qu'apprendre une langue nécessite beaucoup plus qu'une année.» De fait, les enseignants constatent qu'il faut au moins deux ou trois ans pour se débrouiller en lecture, et davantage pour devenir «fonctionnel» avec l'écriture.

    Quant aux Québécois de souche, il s'agit entre autres de jeunes adultes qui sont sortis du réseau scolaire régulier sans avoir complété leur secondaire. Il y a même, rapporte M. Saint-Germain, ceux qui ont complété leur secondaire sans savoir vraiment lire ou écrire. Il relate au passage qu'il y en aurait même peut-être davantage qu'auparavant, étant donné que, «à une certaine époque, on a fait graduer des élèves qui ne remplissaient pas les exigences pour passer au niveau suivant... Ce sont ceux que j'appelle les "écorchés du système".»

    Pour le bien-être de ces adultes et pour l'intérêt de la société, le président de la FAE préconise que le gouvernement les soutienne financièrement pendant plus d'une année. «Il y a des élèves qui ont besoin d'être là plus d'une année, parfois deux ou trois ans», insiste-t-il.

    Sur le terrain, on constate qu'il s'agit souvent de gens très motivés, indique-t-il encore. «Lorsqu'on leur en donne la chance, ces élèves, qui peuvent être âgés de 16 jusqu'à 75 ans, finissent souvent par décrocher leur diplôme d'études secondaires. Il y en a même plusieurs — et certains âgés de 75 ans! — qui se rendent jusqu'à l'université. Il ne s'agit donc pas juste de chercher à les rendre "fonctionnels", puisque l'éducation aux adultes peut les amener à poursuivre des études supérieures. Les gens veulent apprendre, mais ils manquent de ressources.»

    ***

    Collaborateur du Devoir












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