Aide financière aux études - « Les étudiants vont devoir payer de leur poche les bonifications annoncées »
La FEUQ dénonce les dernières mesures budgétaires déposées par Québec
À la veille de la rentrée des classes, la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) vient de déposer un mémoire au Comité consultatif sur l'accessibilité financière aux études portant sur les mesures budgétaires 2011-2012 du gouvernement du Québec. Malgré les bonifications annoncées au programme d'aide financière aux études, d'après la fédération, celui-ci comporte toujours d'importantes lacunes.
«La hausse des frais de scolarité, c'est le noeud du problème», lance d'emblée Martine Desjardins, présidente de la FEUQ. Représentant un montant total de 1625 $ réparti sur cinq ans, malgré les bonifications annoncées au programme d'aide financière aux études, la hausse des frais de scolarité qu'a annoncée le gouvernement du Québec en mars dernier risque, d'après la FEUQ, d'engendrer une utilisation du programme de prêts et bourses plus grande que ce que le système en place peut absorber.
«Actuellement, 25 % des sommes d'argent générées par les frais de scolarité sont réinvesties dans le programme d'aide financière aux études. Ce que le gouvernement a décidé de faire, c'est de hausser ce pourcentage et de récupérer plutôt 35 % des sommes d'argent que générera la hausse des frais de scolarité. Si le gouvernement avait conservé le taux de péréquation de 25 %, le montant qui aurait été transféré à l'aide financière n'aurait pas suffi à couvrir le maintien des plafonds actuels de prêts», explique Mme Desjardins.
Ainsi, 116 des 118,4 millions annoncés par le gouvernement proviendront du transfert des sommes payées par les étudiants en frais de scolarité vers le programme d'aide financière aux études. La somme manquante, soit 2,4 millions, sera assumée par le gouvernement.
Dans le contexte où, en février dernier, le gouvernement du Canada annonçait une augmentation de 70 millions du support financier accordé au Québec en vertu du Programme canadien des bourses d'études, la FEUQ déplore que le gouvernement québécois ait choisi de bonifier le programme d'aide financière aux études en s'appuyant sur une hausse des frais de scolarité plutôt qu'en utilisant une partie des sommes allouées par le fédéral.
«C'est frustrant, parce que les étudiants vont devoir payer de leur poche les bonifications annoncées et qu'ils ne verront probablement pas d'amélioration au programme d'aide financière aux études. Ce que nous souhaitons, c'est que les sommes allouées au Québec pour le Programme canadien de bourses aux étudiants servent à la bonification du programme d'aide financière aux études», commente Mme Desjardins.
Décalage
Dans le même esprit, la FEUQ dénonce l'absence de mesures assurant l'indexation des dépenses admises au programme d'aide financière aux études dans le budget 2011-2012 et réclame qu'un mécanisme de régulation soit mis en place.
«Ce qu'on constate, c'est qu'au cours des dix dernières années, on n'a procédé qu'à deux indexations. Ça fait donc huit années sans indexation, soit de 1995-1996 à 1998-1999 et de 2002-2003 à 2006-2007. De ce côté, on a beaucoup de rattrapage à faire, car il y a d'importantes différences entre les coûts pris en compte par le programme et les coûts réels encourus par les bénéficiaires. Ce qu'on demande, c'est une règle qui fixe l'indexation à chaque année et que cette indexation soit équivalente à l'indice des prix à la consommation», précise la présidente de la FEUQ.
À titre d'exemple, Mme Desjardins signale que les som-mes allouées aux frais de subsistance, lesquels comprennent le logement, la nourriture, les dépenses personnelles et le transport en commun, sont souvent insuffisantes pour répondre aux besoins réels des étudiants.
«Actuellement, on alloue 49 $ en nourriture aux étudiants par semaine. Ça fait sept dollars par jour, pour combler trois repas. C'est très peu! Une étude de l'Université de Montréal démontre que pour respecter les recommandations du guide alimentaire canadien, il faut en moyenne 89 $ par semaine. C'est 40 $ de plus que ce qui est calculé par l'aide financière aux études», note Mme Desjardins.
La FEUQ estime également que l'actuel programme d'aide financière aux études ne prend pas suffisamment en compte les changements technologiques et sociaux qui ont eu lieu dans la société au cours des dernières décennies. Notamment, elle souligne le fait que l'accès à Internet soit toujours considéré comme un luxe.
«Aujourd'hui, Internet, c'est un outil indispensable pour les étudiants universitaires. La majorité des étudiants communiquent avec leurs enseignants par courriel et beaucoup doivent consulter l'Internet pour effectuer leurs travaux, mais c'est encore considéré comme un bien de luxe. C'est donc l'étudiant qui doit défrayer la totalité de la facture», souligne Mme Desjardins.
Contribution parentale
D'après la FEUQ, le gouvernement québécois doit également réviser ses calculs en matière de contribution parentale. Actuellement, le programme d'aide financière aux études s'appuie largement sur les contributions parentales, puisqu'en vertu du Code civil du Québec, les parents ont le devoir de contribuer au financement des études de leurs enfants. Ainsi, les ressources financières des deux parents sont prises en compte dans le calcul de la contribution parentale aux études, sauf si les parents ne vivent plus ensemble. Alors, seuls les revenus du parent avec lequel l'étudiant habite sont pris en considération.
D'après la FEUQ, le gouvernement québécois surestime la capacité de payer des parents. «La contribution parentale est ciblée à 35 000 $ à terme. Ce que ça signifie, c'est que des parents qui ont un revenu brut annuel de 35 000 $ en couple devraient être en mesure de contribuer aux études de leurs enfants. C'est irréaliste. Le résultat, c'est que beaucoup d'étudiants doivent se débrouiller avec une contribution parentale moindre que ce que le gouvernement calcule, tout simplement parce que leurs parents n'ont pas la capacité d'en faire plus. D'après nous, il faut rehausser le niveau de contribution parentale à 45 000 $. C'est plus réaliste», commente Mme Desjardins.
Suite à son analyse des mesures budgétaires 2011-2012, la FEUQ a formulé une série de recommandations à l'intention du gouvernement québécois. De nature publique, le mémoire de la FEUQ peut être obtenu auprès du Comité consultatif sur l'accessibilité financière aux études et sera disponible sous peu sur le site internet de la FEUQ.
***
Collaboratrice du Devoir
«La hausse des frais de scolarité, c'est le noeud du problème», lance d'emblée Martine Desjardins, présidente de la FEUQ. Représentant un montant total de 1625 $ réparti sur cinq ans, malgré les bonifications annoncées au programme d'aide financière aux études, la hausse des frais de scolarité qu'a annoncée le gouvernement du Québec en mars dernier risque, d'après la FEUQ, d'engendrer une utilisation du programme de prêts et bourses plus grande que ce que le système en place peut absorber.
«Actuellement, 25 % des sommes d'argent générées par les frais de scolarité sont réinvesties dans le programme d'aide financière aux études. Ce que le gouvernement a décidé de faire, c'est de hausser ce pourcentage et de récupérer plutôt 35 % des sommes d'argent que générera la hausse des frais de scolarité. Si le gouvernement avait conservé le taux de péréquation de 25 %, le montant qui aurait été transféré à l'aide financière n'aurait pas suffi à couvrir le maintien des plafonds actuels de prêts», explique Mme Desjardins.
Ainsi, 116 des 118,4 millions annoncés par le gouvernement proviendront du transfert des sommes payées par les étudiants en frais de scolarité vers le programme d'aide financière aux études. La somme manquante, soit 2,4 millions, sera assumée par le gouvernement.
Dans le contexte où, en février dernier, le gouvernement du Canada annonçait une augmentation de 70 millions du support financier accordé au Québec en vertu du Programme canadien des bourses d'études, la FEUQ déplore que le gouvernement québécois ait choisi de bonifier le programme d'aide financière aux études en s'appuyant sur une hausse des frais de scolarité plutôt qu'en utilisant une partie des sommes allouées par le fédéral.
«C'est frustrant, parce que les étudiants vont devoir payer de leur poche les bonifications annoncées et qu'ils ne verront probablement pas d'amélioration au programme d'aide financière aux études. Ce que nous souhaitons, c'est que les sommes allouées au Québec pour le Programme canadien de bourses aux étudiants servent à la bonification du programme d'aide financière aux études», commente Mme Desjardins.
Décalage
Dans le même esprit, la FEUQ dénonce l'absence de mesures assurant l'indexation des dépenses admises au programme d'aide financière aux études dans le budget 2011-2012 et réclame qu'un mécanisme de régulation soit mis en place.
«Ce qu'on constate, c'est qu'au cours des dix dernières années, on n'a procédé qu'à deux indexations. Ça fait donc huit années sans indexation, soit de 1995-1996 à 1998-1999 et de 2002-2003 à 2006-2007. De ce côté, on a beaucoup de rattrapage à faire, car il y a d'importantes différences entre les coûts pris en compte par le programme et les coûts réels encourus par les bénéficiaires. Ce qu'on demande, c'est une règle qui fixe l'indexation à chaque année et que cette indexation soit équivalente à l'indice des prix à la consommation», précise la présidente de la FEUQ.
À titre d'exemple, Mme Desjardins signale que les som-mes allouées aux frais de subsistance, lesquels comprennent le logement, la nourriture, les dépenses personnelles et le transport en commun, sont souvent insuffisantes pour répondre aux besoins réels des étudiants.
«Actuellement, on alloue 49 $ en nourriture aux étudiants par semaine. Ça fait sept dollars par jour, pour combler trois repas. C'est très peu! Une étude de l'Université de Montréal démontre que pour respecter les recommandations du guide alimentaire canadien, il faut en moyenne 89 $ par semaine. C'est 40 $ de plus que ce qui est calculé par l'aide financière aux études», note Mme Desjardins.
La FEUQ estime également que l'actuel programme d'aide financière aux études ne prend pas suffisamment en compte les changements technologiques et sociaux qui ont eu lieu dans la société au cours des dernières décennies. Notamment, elle souligne le fait que l'accès à Internet soit toujours considéré comme un luxe.
«Aujourd'hui, Internet, c'est un outil indispensable pour les étudiants universitaires. La majorité des étudiants communiquent avec leurs enseignants par courriel et beaucoup doivent consulter l'Internet pour effectuer leurs travaux, mais c'est encore considéré comme un bien de luxe. C'est donc l'étudiant qui doit défrayer la totalité de la facture», souligne Mme Desjardins.
Contribution parentale
D'après la FEUQ, le gouvernement québécois doit également réviser ses calculs en matière de contribution parentale. Actuellement, le programme d'aide financière aux études s'appuie largement sur les contributions parentales, puisqu'en vertu du Code civil du Québec, les parents ont le devoir de contribuer au financement des études de leurs enfants. Ainsi, les ressources financières des deux parents sont prises en compte dans le calcul de la contribution parentale aux études, sauf si les parents ne vivent plus ensemble. Alors, seuls les revenus du parent avec lequel l'étudiant habite sont pris en considération.
D'après la FEUQ, le gouvernement québécois surestime la capacité de payer des parents. «La contribution parentale est ciblée à 35 000 $ à terme. Ce que ça signifie, c'est que des parents qui ont un revenu brut annuel de 35 000 $ en couple devraient être en mesure de contribuer aux études de leurs enfants. C'est irréaliste. Le résultat, c'est que beaucoup d'étudiants doivent se débrouiller avec une contribution parentale moindre que ce que le gouvernement calcule, tout simplement parce que leurs parents n'ont pas la capacité d'en faire plus. D'après nous, il faut rehausser le niveau de contribution parentale à 45 000 $. C'est plus réaliste», commente Mme Desjardins.
Suite à son analyse des mesures budgétaires 2011-2012, la FEUQ a formulé une série de recommandations à l'intention du gouvernement québécois. De nature publique, le mémoire de la FEUQ peut être obtenu auprès du Comité consultatif sur l'accessibilité financière aux études et sera disponible sous peu sur le site internet de la FEUQ.
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Collaboratrice du Devoir








