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    Les arts à l'école - Si on jouait ?

    « Une heure d'enseignement par semaine au primaire... c'est peu »

    L’enseignement de la musique a connu un léger déclin dans les écoles du Québec depuis qu’il n’est plus obligatoire. <br />
    Photo: Jacques Grenier - Le Devoir L’enseignement de la musique a connu un léger déclin dans les écoles du Québec depuis qu’il n’est plus obligatoire.
    Au primaire, la musique a le pouvoir d'aider les plus jeunes à mieux lire et même à mieux compter. Pour les plus vieux, elle peut devenir une véritable motivation qui renforce le sentiment d'appartenance à son école.

    «Souvent, les gens demandent quelle est l'importance de la musique à l'école. En fait, elle est pleine de compétences transversales, elle est transdisciplinaire!», explique le professeur à l'Université d'Ottawa, Jonathan Bolduc. Il dirige le laboratoire Mus-Alpha, où il explore la contribution de la musique à l'apprentissage, principalement la lecture et l'écriture.

    Les connaissances musicales — rythme, sons, tonalités — aident le jeune enfant à apprendre à lire. «De 6 à 8 ans, un enfant devrait faire 20 minutes de musique par jour», estime M. Bolduc. En effet, c'est à cet âge que les compétences musicales se développent en concomitance avec les capacités langagières. «Meilleure est la conscience des sons, des rimes, meilleurs [les enfants] sont en lecture et en écriture.»

    Pour les plus vieux, la musique peut devenir un puissant motivateur. Le chercheur observe «qu'il y a deux types d'élèves qui vont continuer la musique: les plus forts et ceux qui voient dans la musique une façon de se rattacher à l'école.» On peut le constater dans le documentaire Les Petits Géants, d'Anais Barbeau-Lavalette et Émile Proulx-Cloutier. On assiste à l'épanouissement de jeunes de 5e et 6e années d'un quartier défavorisé à travers la production d'un opéra. Ce genre de projets spéciaux est de plus en plus favorisé par les commissions scolaires.

    Déclin scolaire


    Malheureusement, l'enseignement de la musique a connu un léger déclin dans les écoles du Québec, depuis qu'il n'est plus obligatoire.

    «En 1998, toutes les écoles primaires offraient des cours de musique», rappelle Jean-Sébastien Gascon, coordonnateur de la Fédération des associations de musiciens éducateurs du Québec (FAMEQ). Rares étaient donc les enfants qui, pendant leurs six années de primaire, n'avaient pas tâté du xylophone. Mais aujourd'hui, 86 % des écoles enseignent la musique aux 1re et 2e années, 82 % aux 3e et 4e et seulement 77 % aux 5e et 6e années, confirme le ministère de l'Éducation.

    Le virage a été amorcé en 2005, quand le nouveau régime pédagogique québécois a omis de préciser combien de temps devait être consacré à la musique à l'école. Libre à chaque établissement d'en décider. Désormais, une école peut choisir de ne jamais offrir la musique sur les six ans qu'un enfant passe entre ses murs.

    Entre arts plastiques, danse, art dramatique et musique, le régime pédagogique demande que deux disciplines artistiques soient enseignées chaque année, dont une seule pendant les six ans. Les enfants accèdent donc à deux ou trois arts différents pendant leur formation. Dans un mémoire déposé au ministère de l'Éducation en octobre 2009, la FAMEQ juge que «la liberté [pour les écoles] de choisir une discipline met en péril l'enseignement de la musique» et même «la relève musicale».

    Musique, anglais ou... éducation physique

    Les enseignants constatent que la musique entre désormais en compétition avec l'éducation physique et l'anglais pour l'espace alloué aux matières transmises par un spécialiste, soit quatre heures et demie au total chaque semaine. «La pression pour enseigner davantage l'anglais, à Montréal entre autres, fait en sorte qu'on manque de temps pour les autres spécialités», estime Jean-Sébastien Gascon. En Gaspésie, un problème différent se pose: la distance à parcourir entre les écoles pour un spécialiste qui souvent enseigne dans cinq ou six établissements. Les candidats ne se bousculent pas...

    «Une heure d'enseignement par semaine au primaire... c'est peu», déplore aussi Denyse Blondin, ancienne enseignante et chercheure au Département de musique de l'UQAM.

    La musique reste tout de même omniprésente chez les enfants, souligne-t-elle: selon un sondage qu'elle a mené auprès de 1400 enfants de 5e et 6e année, ils disent en écouter en moyenne 150 minutes... par jour! Avec une préférence par genre: rock pour les garçons, pop pour les filles.

    Par ailleurs, un enfant sur dix suivra des cours de musique en dehors de l'école au cours de son primaire, a constaté la chercheure.

    Mais comment les intéresser au classique s'ils ne jurent que par Rhianna ou Lady Gaga? «Si le prof s'éclate, ça marche», assure Daniel-Guy Germain, qui enseigne la musique dans une école du sud-ouest de Montréal. Pour les amadouer, l'enseignant n'hésitera pas à leur faire entendre une mélodie d'Eminem sur l'ordinateur. «Après, je pourrai me permettre de leur parler de Beethoven!»

    «Les jeunes sont des spécialistes de la musique qu'ils écoutent, selon Denyse Blondin. Elle constate qu'il peut être très exigeant d'enseigner à des pré-ados qui développent leurs goûts personnels. Dans son enquête, ils ont confié aimer le rock et le pop, mais la musique en français et la musique classique sont presque absentes du radar. Pour Mme Blondin, «on subit les conséquences du boom technologique: les enfants ont accès à la musique tôt. Ils développent un goût, mais pas un goût très éduqué.»

    D'où l'importance des profs de musique qui doivent trouver la passerelle pour développer leur esprit critique tout en les intéressant. Et même, arriver ainsi à raccrocher des élèves qui, par la musique, vivent enfin une réussite ou s'intègrent à un groupe là où ils étaient auparavant rejetés.












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